Phalènes et Pestilence - Salvatrice Averse

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Nom du groupe Peste Noire
Nom de l'album Phalènes et Pestilence - Salvatrice Averse
Type Demo
Date de parution Mai 2003
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album44

Tracklist

Limited to 100 copies.
1. Intro / Untitled 02:55
2. Untitled 09:03
3. Outro / Untitled 04:00
Total playing time 15:58

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Peste Noire


Chronique @ Ephemere

23 Fevrier 2009
« Phalènes et Pestilence – Salvatrice Averse » sortie en Mai 2003, est la quatrième démo du Kommando Peste Noire, parue un an seulement après l’excellentissime « Macabre Transcendance… ».

A cette époque, Peste Noire jouissait d’une assez bonne réputation suite à ces deux démos d’une très grande qualité pour un si jeune groupe, moins mitigée qu’aujourd’hui certes, mais peu nous importe, nous ne jugeons pas une œuvre et un groupe aux regards des autres.

Il s’agit d’une autoproduction limitée à 100 exemplaires, dont les 40 premières furent numérotées dans une encre de chine rouge. Cette démo compte trois morceaux sur le papier, non intitulés (« Untitled »), qui n’en forme en réalité qu’un seul sur le plan musical (le premier et le dernier morceau étant qualifiés d’« Untitled (Intro) » et « Untitled (Outro) », nous pouvons donc considérer qu’ils ne forment qu’un.
Ajoutons que ce morceau sera réédité sur la compilation « Mors Orbis Terrarum » format tape et vinyle, mais qu’il fut aussi précédemment retravaillé et réenregistré pour le premier album : « La Sanie des Siècles – Panégyrique de la Dégénérescence ».

Ajoutons toujours qu’il existe une version alternative du morceau de 2005 de plus de vingt minutes ! Disponible sur l’EP « Lorraine Rehearsal » et également sur la compilation « Mors Orbis Terrarum », dans son format tape uniquement, cette fois-ci. Nous avons donc, en tout et pour tout, trois versions différentes du même morceau. C’est vous en dire toutes les possibilités exploitables que sa richesse nous offre ! Il serait donc intéressant pour l’auditeur d’écouter ces trois versions différentes et de les comparer, afin de se forger un avis personnel sur la question.

A cette époque, rappelons que le groupe n’était encore composé que de deux membres : Famine, le « Verbe » et le « Sale-Esprit » (textes, compositions, guitares), et Neige (Alcest, Amesoeurs entre autres…) qui s’occupait alors des lignes de basse et de batterie.

La qualité sonore de la démo ? – Caverneuse à souhait ! Que nous sommes bien loin des productions si limpides, si informatisées, si studios que les groupes peuvent produire dès leurs débuts. Non, ici Peste Noire renoue avec l’ancien temps, un vieux son raw, celui des Légions Noires où la production était faite dans une cave bien sombre, bien humide et bien crade par leurs propres moyens. Réalisée avec qualité (le son est tout de même plus audible que celui des LN), cette démo possède une vraie aura intègre et mystique.

Notons une locution latine sur la démo ; « Mors Ultima Ratio » (La Mort est la Raison de toute chose), et la première apparition de ce joyeux crâne cadavérique au sourire mesquin comme blason, qui sera décrit plus tard plus en détail dans le livret du premier album, que je vous laisse bien-entendu le plaisir de lire, ou de relire.

Passons à présent au contenu de l’œuvre.
Il nous suffit d’étudier le titre, car tout, absolument tout se trouve là : « Phalènes et Pestilence – Salvatrice Averse ». Une belle métaphore dont je vous laisserais libre l’interprétation, et un oxymore, ou oserais-je même dire ici, une antithèse !

Oui, une antithèse qui se retrouvera tout au long de la démo et en tout point : antithèse entre cette beauté et cette saleté, ce Salut et cette Averse qui sont les prémices de la future orientation de Peste Noire, comme il le sera dit dans le premier album : « Au sublime par le putride, au spirituel par l’immondice ! ».

La visée de cette démo : la transcendance. Une Transcendance qui s’atteint par le Diable, mais je dirais aussi par la fièvre, la maladie, et la crasse en opposition à la subliminescence musicale que crée Peste Noire. Une Transcendance, au final, à travers et par la Mort seulement, mais rappelez-vous ce qui nous était annoncé, la mort est la raison de tout, elle est ici cause et effet.

Toute la démo n’est qu’enchevêtrement harmonieux de mélodies, explosions déchainées de solos, itérations frénétiques de rythmes à visée transcendantale ! Et que dire de l’exaltation finale de ces glas fiévreux mais si salvateurs !?! Une éternelle boucle d’accalmies et de tempêtes aux quelles l’auditeur doit se heurter dans un déferlement de forces incommensurables.
Nous partons des calmes rivages aux sons légers de l’écume caressant la roche, pour nous retrouver perdu en pleine mer, vagues claquantes d’une tempête cataclysmique tout droit descendu du courroux suprême des Dieux Anciens.

Je tiens à présent à me pencher sur la partie lyrique de cette œuvre. Pour une fois qu’un groupe français utilise sa langue maternelle, nous n’allons pas nous en priver ! Il s’agit de la première « vraie » création poétique de Peste Noire depuis sa formation.

Fini la haine puérile des premiers écrits (assez simplistes je dois dire... Famine a mûri et il nous le montre). Place à présent à de la poésie dans un style fort, emprunt aux symbolistes, comme le laissait prévoir les précédentes mises en musique des poèmes « Spleen » et « Le Mort Joyeux » de Charles Baudelaire sur « Macabre Transcendance… ». Je tire le texte de l’album, mais les lyrics étant sensiblement les mêmes que la version démo, nous admettrons qu’il n’y a pas de différence.

A noter lors d’un passage, que des parties ne figurant pas dans le poème sont chantées, et que lors d’un passage suivant, l’apparition de parties latines figurant sur le futur « Laus Tibi Domine » sont présentes.

Le texte est composé en trois parties, respectivement nommées : - I. Feu : contenant un sizain d’alexandrins.- II. Cantique : contenant trois quatrains hétérométriques [décasyllabe (10)/ hexasyllabe (6)/ décasyllabe (10)/ hexasyllabe (6)] aux rimes croisées.] - FIN : contenant deux quatrains construit de manière semblable à « Cantique ».

Cette poésie ne possède guère de fond concret, et l’emploi de mots rares dans la quasi-totalité du poème reflète une assez grande lourdeur dans le style pour un homme de cet âge là, une maladroitesse, qui serait susceptible d'en lasser plus d’un.
Pourtant, c’est quelque part donner du sens, de la signification à ce poème qu’en jouant sur les sons, qu’en le rendant noble d’esprit, à la recherche constante d’une esthétique. C’est en quoi je pourrais qualifier ce poème de surréaliste d'une part (Maldoror, ta présence se fait sentir...), d'autre part et avec plus de prudence : mallarméen (dans la visée).
L’assonance des vers est d’un puissant délice, très imagés, très harmonieux, emplis de personnification, de métaphores et d’allégories, ceux-ci participent à cette Transcendance que Famine implore lui-même à ses Muses dans la première partie.


Vous l’aurez compris, ceux qui n’ont pas déjà porté leurs oreilles sur cette démo, précipitez-vous pour la trouver.

Ce qui sera succeptible de vous rebutez est ce coté dense qui, aux premières écoutes, perd l’auditeur. Plus généralement, il manque un brin de maturité à cette création, en contrepartie compensée par la fouge aveugle et fanatique de l'âge !

Après seulement deux ans d’existence Peste Noire livre une oeuvre à la sincérité et à la fouge vivace digne du : « respect des plus grands ».
Et pourtant, à cette époque K.P.N n’était encore qu’en
gestation.

Famine a-t-il encore à ce jour, en 2009, quelque chose de novateur à nous proposer comme le fut sa démo en 2003, dans la voie qu’avait ouverte, certes assez indéfiniment, mais ouverte tout de même, son dernier album ?Nous le serrons certainement bientôt, un peu de patience.

4 Commentaires

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enthwane - 09 Juillet 2010: Incroyable chronique sur une réalisation excellente, l'une des meilleures du kommando. Merci.
 
Ephemere - 10 Juillet 2010: Merci pour ton commentaire.
Friedrich_Bergstein - 03 Octobre 2010: Bravo pour ta chronique! J'ai vraiment pris plaisir à la lire et tu traites de manière exhaustive l'une des meilleures compositions de Black Metal. Tu sembles avoir de sérieux atouts en Littérature que tu exploites bien. Les images dans lesquelles tu entraînes le lecteur sont très bien choisies et retranscrivent à merveille les sensations éprouvées lors de l'écoute. Ton analyse des vers est vraiment judicieuse, et je pense sincèrement que l'on pourrait passer des heures comme tu l'as fait pour procéder à une étude approfondie du poème de Famine!
Par contre, comme moi, tu as fait plusieurs fautes que j'ai relevées :
_On parle en français de "salut" et non de "salvation" qui est l'équivalent anglais.
_Je ne sais plus où précisément dans le texte, mais tu as séparé "Aux quelles". (Auxquelles).
De toute façon, ce n’est pas grave du tout vu la qualité de cette analyse très intéressante. Je t’encourage à continuer de la même manière.
 
Ephemere - 03 Octobre 2010: Ah ! que d'éloges ! que d'éloges ! Je te remercie sincèrement de te faire un lecteur et correcteur attentif de mes écrits.

Tu dis ma critique exhaustive et pourtant, elle me semble très lacunaire à ce jour. En effet, je l'ai rédigé il y a plus d'une année et demie. L'esprit mûrit, et chaque nouvelle écoute m'apporte son cortège de mystères et d'intérrogations. J'ai pourtant choisi de ne plus apporter de retouches à cette critique, vestige d'une interprétation précise à instant précis de ma vie. Si l'envie d'écrire une nouvelle fois sur cette oeuvre me prenait, ce serait alors une toute autre interprétation qui serait publiée distinctement.
C'est pourquoi je n'ai, en ce jour, critiqué qu'une démo et aucun album.
Après presque trois années, je laisse toujours FFF infusé ces méloppés suaves à mon esprit.
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