Feel the Misery

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Nom du groupe My Dying Bride
Nom de l'album Feel the Misery
Type Album
Date de parution 18 Septembre 2015
Produit par Robert Magoolagan
Style MusicalDoom Death
Membres possèdant cet album66

Tracklist

1. And My Father Left Forever 09:22
2. To Shiver in Empty Halls 09:47
3. A Cold New Curse 09:15
4. Feel the Misery 06:20
5. A Thorn of Wisdom 05:05
6. I Celebrate Your Skin 06:53
7. I Almost Loved You 05:26
8. Within a Sleeping Forest 10:43
Total playing time 1:02:51

Chronique @ Icare

05 Décembre 2015

Une excellente synthèse de la longue carrière des Britanniques, présentant au mieux les différentes facettes du combo

Comment parvenir à se renouveler après 25 ans de carrière lorsque l’on évolue dans un style figé dont l’on a contribué à fixer les codes ? C’est la question que peut se poser My Dying Bride, pilier fondateur du doom death au début des années 90 avec ses confrères britanniques de Paradise Lost et Anathema, qui nous gratifie de sa mélancolie doom depuis le début des années 90.

En plus de 20 ans, le groupe a eu le temps de proposer quelques albums intemporels qui marqueront à jamais l’histoire du genre (Turn Loose the Swans, The Angel and the Dark River, Songs of Darkness, Words of Light), d’expérimenter (34,788%... Complete), de développer une facette plus gothique et mélodique, s’éloignant de ses racines doom death pour un rendu plus éthéré qui ne plaira pas forcément aux fans de la première heure (For Lies I Sire), mais aussi et malheureusement, au goût de certains, de tourner un peu en rond et de s’enfermer dans un style qui, quoi qu’on en dise, ne se prête pas beaucoup à l’expérimentation.
Le dernier effort du combo britannique, A Map of All Our Failures, sorti en 2012, revenait à un doom plus noir et hermétique, mais distillait pour certains un amer goût de déjà entendu, offrant des morceaux certes bons mais trop classiques n’arrivant jamais au niveau des œuvres de légende du groupe.
Que nous réserve donc My Dying Bride en cette année 2015, avec ce Feel the Misery qui n’est pas moins que leur véritable douzième album studio?



D’emblée, c’est un énorme riff dans la plus pure tradition doom death qui nous surprend, lourd, puissant et tortueux, et appuyé par une double bien présente et une basse grondante, accroche particulièrement musclée pour le groupe anglais. Ce titre est un vrai exercice de style, enchainant riffs terrassants et plombés et ralentissements mélancoliques transcendés par les sanglots du violon, le tout sublimé par le chant clair et plaintif de Stainthorpe qui nous sert un couplet à l’émotion palpable, enveloppant ce And my Father Left Forever d’une note lancinante et romantique. Voilà un titre d’une rare intensité et d’une rare rapidité pour les Anglais (on a rarement entendu un jeu de batterie aussi varié et énergique chez MDB!), et cela fait sacrément plaisir à entendre!

A la suite, To Shiver in Empty Halls s’ouvre immédiatement sur un growl sec et désespéré, offrant des parties de guitares plus typiques du style des Britanniques, traînantes et moribondes, se fendant de quelques mélodies à la beauté désespérée sur un rythme certes lent, mais toujours admirablement marqué et saccadé. Quelques notes de piano viennent se mêler aux arpèges de six cordes en milieu de titre, introduisant une seconde moitié plus calme et contemplative, le titre s’achevant sur les chuchotements mystérieux du vocaliste et quelques cordes discrètes presque folk.

Le morceau éponyme se voit quant à lui introduit par le chant désabusé d’Aaron, quelques notes de clavier diffuses, et des percussions imitant la cadence militaire et rigide d’un tambour, avant de se fendre d’un riff gras et terrassant, à la fois complexe et saccadé, qui nous inviterait presque à un headbang neurasthénique, et sur lequel agonise la voix larmoyante de l’Anglais. S’ensuit un passage atmosphérique exécuté au violon, et après la reprise metallique, c’est le piano qui se chargera de distiller une touche de mélancolie bien sentie, égrainant une nappe belle et fragile qui flotte comme un spectre sur ces percussions martiales qui donnent un côté tragique et inéluctable à la musique. La fin du titre est de toute beauté, avec ce refrain désespéré qui se répète, lente montée en puissance solennelle, presque angélique, portée par des guitares et des claviers en état de grâce et un orgue qui s’amplifie au fur et à mesure, jusqu’à ce que le tout vienne s’évanouir dans un éther intemporel et sacré. Un excellent titre, un de plus, qui nous montre qu’en seulement 6,30 minutes, on peut faire un grand morceau de doom.

Non, c’est un fait, My Dying Bride ne change pas, semblant même revenir consciemment à ses premières amours (le neurasthénique et superbe I Celebrate Your Skin, durant lequel on s’imagine errant fou et solitaire dans un monastère vide perdu au milieu des brumes, avec ce glas funèbre et cette fin de titre sur lequel l’écho de la batterie se répercute, surnageant sur ces plages d’orgue lugubre, avant de s’évanouir dans l’espace sonore vacant, aurait vraiment pu figurer sur Turn Loose the Swans ou The Angel and the Dark River), d’ailleurs, il est important de souligner que Feel the Misery marque le grand retour de Calvin Robertshaw aux guitares, et ça s’entend, le bougre se fendant de riffs particulièrement inspirés; histoire de boucler la boucle, il faut également préciser que ce nouveau full length a été enregistré aux fameux Academy Studios, là où les albums légendaires de la formation ont été capturés près de vingt ans auparavant, conférant aux Anglais ce grain de guitare si particulier que l’on reconnaît bien, assez rêche et granuleux, qui fait gagner au combo en humanité et en émotions ce qu’il lui fait perdre en puissance.

Alors certes, les Anglais n’apportent aucune révolution à leur musique, se contenant de revenir à une musique un peu plus death (même si, au rayon des nouveautés, on notera la fin symphonique surprenante et très réussie de A Cold New Curse), mais il semble avoir brillamment renoué avec une inspiration qui lui faisait défaut sur les précédents opus.



C’est indéniable, Feel the Misery est un album très réussi, à la fois varié, puissant et préservant parfaitement l’essence de My Dying Bride. En fait, on pourrait même avancer que ce nouvel opus n’est ni plus ni moins qu’une excellente synthèse de la longue carrière des Britanniques, présentant au mieux les différentes facettes du combo : titres puissants; parties plus calmes et atmosphériques (l’excellent I Almost Loved You, morceau acoustique tout en sensibilité rappelant Dark Sanctuary, où les notes lugubres d’un piano se mêlent aux soupirs langoureux des cordes, à l’aura mélancolique d’un clavier discret et à la mélancolie vocale de Stainthorpe); alternance de chant rageurs et de voix fantomatiques et désespérées, le tout porté par des riffs efficaces et quelques parties de violon et de piano judicieusement placées pour rehausser l’ambiance spectrale qui suinte immanquablement de ces 58 minutes.

A vrai dire, difficile de dire si cet album compte parmi les meilleurs du groupe, les préférences dépendant allègrement de la sensibilité de chacun, cependant une chose est sûre, Feel the Misery n’a pas à rougir devant les autres monuments qu’à érigés My Dying Bride au cours de sa longue et riche carrière. En tout état de cause, et en dépit de son patronyme, My Dying Bride a tout l'air de se porter à merveille pour une épouse agonisante, et semblerait même immortel, les années ne semblant pas avoir d’emprise sur son inspiration et sa sensibilité musicale. La marque des grands, assurément.

5 Commentaires

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Molick - 05 Décembre 2015: Merci pour la chronique.

Pour ma part, même si la disco de MDB ne compte pas de réel faux pas, celui là est assurément un des plus réussis depuis fort longtemps. Le titre éponyme en particulier s'est incrusté dans ma tête pendant un bon moment.
growler - 05 Décembre 2015: Putain de chronique, comme d'habitude!!
Evergrey69 - 05 Décembre 2015: Superbe chronique !
Icare - 05 Décembre 2015: Merci à vous!
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