Quelque dix années après sa sortie de terre, le temps serait-il venu pour le combo italien d'essaimer plus largement ses gammes et ses arpèges ? Déjà à la tête de deux EP («
Celestial Angels » (2008) ; «
Nova Vita » (
2012)), d'un single («
My Vampire » (2013) et d'un album full length «
Impressions », également investi lors d'événements majeurs (
Haggard European Tour en 2015, Metalhead Festival (aux côtés d'
Eluveitie et
Rotting Christ) en 2016, notamment), le groupe souhaite, dès lors, mais sans précipitation aucune, marquer au fer rouge son retour dans les studios. Et ce, à l'aune de son second et présent opus de longue durée «
Dischronia » ; une roborative rondelle d'une durée de 62 minutes, écoulée quelques trois années suite à sa complexe et luxuriante aînée, cette fois, via le prolifique label canadien Maple
Metal Records. Aussi, les 13 pistes composant ce message musical pourraient-elles dorénavant propulser le collectif turinois parmi les valeurs montantes du metal symphonique à chant féminin ?
Conformément à l'actuelle direction artistique de son projet, le groupe a, une fois de plus, procédé à un remaniement de son équipe. A bord du navire, nous accueillent désormais : la soprano Ilaria Lucille De Santis (dite ''Lucille
Nightshade''), en remplacement de Carol (dite ''
Evelyn Moon'') ; Denis Tucci (dit ''
Hydra'') (ex-
Daemusinem), aux growls ; Danilo Molatieri (dit ''
Lord of
Destruction''), à la guitare rythmique ; Richard, au piano, aux growls et aux choeurs ; Ivan Conti (dit ''
Ian''), aux claviers ; Mattia Rubino (dit ''Matt''), à la batterie ; Paolo Doleatti (dit ''Paul
Grey Hunter''), faisant suite à Irene Assenzi (dite ''Violet''), à la basse ; Emanuele Viglietti (dit ''
Emanuel la Croix'') (Genocya) aux guitares. Répondant à un souhait de densification de son corps oratoire, ont été sollicités quatre choristes chevronnés. Avec l'adjonction du sensible coup d'archet de la violoniste
Sara Viglietti. Indices révélateurs d'une sérieuse envie d'en découdre...
De cette nouvelle collaboration naît un propos metal symphonique opératique, gothique et progressif, aux délicates modulations mélodiques, un poil moins complexe que son aîné, dans la lignée de
Nightwish,
Therion,
Aesma Daeva,
Rhapsody Of Fire et
Haggard. Mixée et mastérisée au
Domination Studio (Fiorentino, Saint-Marin) par un certain Simone Mularoni (guitariste de
DGM,
Empyrios, Lione-Conti,
Lalu,
Sunstorm...), connu pour avoir oeuvré pour
Ancient Bards,
Deathless Legacy,
Elvenking,
Luca Turilli's Rhapsody,
Temperance, Trick Ot
Treat, parmi tant d'autres, la galette jouit d'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation tout en ne concédant que fort peu de notes parasites. Il semblerait que l'on soit entré dans une tout autre dimension...
Contrairement à son prédécesseur, plutôt que de faire la part belle aux plantureuses et tortueuses pièces en actes symphonico-progressives, ce mouvement nous offre un set de compositions plus sobres et efficaces, le plus souvent offensives et opératiques. Ainsi, relayant la brève, cinématique et dispensable entame instrumentale «
Sturm und
Drang », le ''therionien'' mid/up « Death of the
Virgin » ne tardera pas à relever le sauce. A l'image du théâtralisant et pimpant « Sleeping Venus Tarantella », l'éruptif propos réserve de sidérantes montées en puissance du corps orchestral doublées d'une graduelle et frissonnante couverture vocale, ne relâchant alors la pression qu'en de rares moments. Tout aussi vivifiants, le ''nightwishien'' mid/up tempo syncopé « Beltade » comme le mordant et ''haggardien'' «
Inferno Blu » glissent tous deux sur une sente mélodique des plus engageantes où se calent les magnétiques envolées lyriques de la sirène. Enfin, plus déroutant et tardant à démarrer, l'impulsif «
Lord of Dreams » nous octroie cependant une sidérante force de frappe et peu de moments de flottement.
Quand ils retiennent un tantinet les chevaux, nos acolytes trouvent quelques clés, pas toutes, pour nous rallier à leur cause. Ce qu'atteste « The Vitruvian Condition », ''rhapsodien'' et enveloppant mid tempo aux riffs épais et aux soudaines accélérations, mis en exergue par un duo mixte en voix de contrastes bien habité, les claires inflexions de la belle faisant front aux growls ombrageux d'une bête rageuse. Dans cette dynamique s'inscrit « The
Elements », ''haggardien'' mid tempo à la pesante rythmique et doté d'ondulants gimmicks guitaristiques. Pourtant pourvu de séries d'accords finement échafaudées, mais accusant d'intrigantes et inopportunes sonorités synthétiques, des joutes oratoires peu loquaces ainsi qu'un répétitif et linéaire refrain, le méfait ne saurait prétendre à une inconditionnelle adhésion.
Lorsque les lumières s'adoucissent, la troupe nous plonge au cœur d'une mer à la profonde quiétude intérieure, et ce, de deux manières différentes. Tout d'abord, « Aremu Rindineddha » se pose telle une ballade atmosphérique sous-tendue par un guitare acoustique/voix romantique jusqu'au bout des ongles. Empreinte d'authenticité et voguant sur un infiltrant cheminement d'harmoniques, mise en habits de soie par les troublantes volutes de la maîtresse de cérémonie, se chargeant en émotion au fil de sa progression, l'aérienne aubade ne se quittera qu'à regret. Aussi inattendues qu'opportunément positionnées, de menues pièces, instrumentales et semi-oralisées, s'inscrivent également dans la trame, offrant alors autant d'instants d'apaisement. D'une part, instrumental a-rythmique enjolivé par un fin legato à la lead guitare, et bien que sujet à quelques linéarités mélodiques, « Winterreise » est un moment propice à la profonde zénitude. Sous-tendu par un d'intrigantes sonorités exhalant d'un improbable gong et sous-tendu par d'abyssales impulsions en voix de gorge, «
Memento Mori » nous mène, lui aussi et à sa manière, en d'oniriques contrées.
Comme pour nous signifier qu'ils n'ont pas totalement tourné le dos à leur passé, nos compères nous livrent une luxuriante et palpitante fresque symphonico-progressive. Ainsi, les quelque 10:32 minutes de l'épique « Inner
Fire » laissent entrevoir de saisissants effets de contraste rythmique et atmosphérique. A mi-chemin entre
Therion et
Aesma Daeva, mise en exergue par les puissantes et cristallines impulsions de la déesse et recelant de délicats arpèges échappés d'un violon mélancolique, cette opératique et tumultueuse pièce en actes se double d'un grisant face à face entre ses riffs acérés et de sensibles gammes au piano. Un exercice de style largement éprouvé par le groupe, qui, en dépit de l'un ou l'autre pont techniciste, est néanmoins rendu plus pénétrable et témoigne de finitions bien moins lacunaires qu'autrefois.
Résultat des courses : nous livrant un opus à la fois pulsionnel, varié quant à ses ambiances et joutes oratoires, moins sombre et complexe et un poil plus émouvant que son prédécesseur, le collectif italien semble avoir changé son fusil d'épaule. Jouissant d'une ingénierie du son plutôt soignée et de l'apport de ses choristes, d'une tracklist équilibrant désormais les forces en présence, le manifeste témoigne également de quelques prises de risques. L'opus accusant toutefois quelques bémols, la troupe ne s'avérant pas encore totalement libérée du joug de ses sources d'influence, le projet peine à gagner en épaisseur artistique. Cependant, susceptible de répondre plus adéquatement aux attentes actuelles de l'aficionado du genre, notamment celui déjà sensibilisé aux vibes de ses illustres inspirateurs, le combo transalpin aurait les atouts pour s'inscrire parmi les valeurs montantes de ce registre. Il ne lui reste plus qu'à fluidifier encore le trait mélodique et personnaliser son propos pour espérer gagner quelques galons supplémen
Taires. Wait and see...
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