S'ingéniant à nous surprendre par ses audaces stylistiques depuis quelques années maintenant, l'expérimenté combo turinois en poursuit l'entreprise. Ainsi, après un bien déstabilisant «
Glitch », son quatrième album full length, le collectif revient quelque trois années plus tard avec un effort de même acabit répondant au nom de «
Kaleidoscope » ; Ce faisant, les neuf pistes nourrissant ce cinquième élément se placeraient-elles dans la veine exclusive de son déconcertant aîné ? Les 34 minutes du ruban auditif de la rondelle permettraient-elles dès lors à la troupe transalpine de venir guerroyer plus sereinement dans une arène metal électro-gothique moderne déjà surinvestie en formations de tous poils ?
Aussi, emmené par la mezzo-soprano Ilaria Lucille De Santis (dite ''Lucille
Nightshade''), le pianiste et growler Richard et le guitariste Danilo Molatieri (dit ''
Lord of
Destruction''), le groupe nous octroie un propos à dominante metal électro gothique et industriel ; mais si sa fibre metal symphonique originelle apparait plus discrète aujourd'hui que naguère, elle n'est pas non plus aux abonnés absents. Ainsi, à l'instar de son devancier, cet élan se cale pour l'essentiel dans la mouvance coalisée de
The Birthday Massacre, Metalite,
Tristania,
Amaranthe,
Imperia et
Nightwish. Réputés pour leur minutieux travail en studio, nos acolytes ont particulièrement soigné leur production d'ensemble, à commencer par un mix bien ajusté et des arrangements instrumentaux de bon aloi. Il ne nous reste plus qu'à embarquer à bord du navire pour une croisière que l'on espère un zeste plus sécurisée que la précédente...
A l'aune de son synthétique prédécesseur, c'est dans une atmosphère électro-gothique que nous plonge volontiers cet effort, non sans essaimer de sémillantes séries de notes dans son sillage. Ce qu'attestent précisément certaines de ses pistes les plus abrasives, à commencer par « D20 », véritable torche incendiaire à mi-chemin entre Metalite et
Amaranthe ; recelant d'insoupçonnées montées en régime de son corps orchestral tout en n'ayant de cesse de nous asséner de virulents coups de boutoir, l'organique et frétillant méfait ne se quittera qu'à regret. Dans cette mouvance, on ne saurait davantage esquiver le tortueux « Fog of Fear », au regard de ses sémillants arpèges d'accords, de ses enchaînements intra piste ultra sécurisés et de son vibrant solo de guitare de clôture. Mais là n'est pas l'argument ultime de nos acolytes pour tenter de nous rallier à leur cause...
Un zeste moins incisifs, d'autres espaces d'expression pourront à leur tour trouver les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce que révèle, en premier lieu, «
Be a Lady », mid/up tempo aux riffs crochetés au carrefour entre
The Birthday Massacre et
Tristania ; instillé de variations rythmiques bien amenées et de fringants gimmicks guitaristiques, et mis en exergue par un trio féminin en voix de contraste en parfaite osmose – les claires inflexions de la belle faisant écho aux serpes oratoires de Kaitlin et Van du groupe de dark gothique italien Octo Crura –, le corrosif manifeste génère une énergie aisément communicative. Dans une onde metal symphonique, et non sans renvoyer à
Imperia, le solaire et polyrythmique «
The Inquisition », pour sa part, se voit encensé par les poignantes envolées lyriques de la diva tout en laissant entrevoir un fin legato à la lead guitare.
Quand ils nous mènent en d'intimistes espaces, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ainsi, sous-tendue par des arpèges pianistiques d'une confondante délicatesse, «
Nightshade » se pose telle une ballade romantique jusqu'au bout des ongles, que n'auraient sans doute reniée ni
Imperia ni
Tristania. Calé sur une mélodicité toute de fines nuances cousue sur laquelle évoluent les poignantes modulations de la maîtresse de cérémonie, investi d'un enivrant solo de guitare, et se chargeant graduellement en émotion au fil de sa progression, l'instant privilégié fera assurément plier l'échine à plus d'une âme rétive.
Mais plus qu'il ne l'a consenti jusqu'alors, le combo italien fait la part belle aux parties instrumentales. Bien lui en a pris... Ce à quoi nous sensibilise, tout d'abord, «
Dark Tunes », eu égard à ses arrangements finement esquissés et des plus grisants ; on pourra simplement regretter la brièveté de cette pièce symphonico-progressive inoculée d'ondoyantes et captatrices rampes synthétiques. Dans une veine électro-gothique, et disséminant de sémillantes sonorités organiques sur un rythme endiablé, «
Ashes to
Ashes » poussera le chaland à un pas de danse chaloupé et quasi ininterrompu. Les versions instrumentales de « D20 » et de « Fog of Fear », enfin, sans en changer d'un iota l'architecture percussive et mélodique originelle, sensibiliseraient davantage tant à la richesse des harmoniques égrainés qu'à la complexité de leurs arrangements orchestraux ; bref, deux seyantes alternatives qui auraient toute leur raison d'être.
A la lueur d'un pulsionnel et grisant méfait, jouissant d'une ingénierie du son bien huilée, le groupe parvient à aspirer le tympan plus sûrement que ne l'a démontré son précédent effort. Quelques prises de risques supplémen
Taires, peu de baisses de régime à déplorer, une technicité instrumentale et vocale affermie doublée de mélodies plus finement sculptées sont autant de qualités à mettre au crédit de nos acolytes. Harmonisant désormais plus judicieusement les tendances électro-gothique et metal symphonique tout en élargissant d'un cran sa palette en matière d'exercices de style, le collectif italien aurait alors les armes requises pour étoffer le champ de son auditorat. A condition de ne pas refuser l'actuel virage électro pris par la troupe et de ne pas chercher coûte que coûte une quelconque trace d'originalité dans ce set de compositions, cette œuvre pourrait bien s'inscrire durablement dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le pavillon. Bref, un cinquième élément aussi fringant qu'intrigant, apte à bousculer de tenaces certitudes...
Note :14,5/20
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