Beyond the Veil

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Nom du groupe Tristania
Nom de l'album Beyond the Veil
Type Album
Date de parution 08 Septembre 1999
Enregistré à Sound Suite Studio
Style MusicalDoom Gothique
Membres possèdant cet album309

Tracklist

1. Beyond the Veil 06:37
2. Aphelion 07:50
3. A Sequel of Decay 06:33
4. Opus Relinque 06:08
5. Lethean River 05:56
6. ...Of Ruins and a Red Nightfall 06:22
7. Simbelmynë 01:00
8. Angina 04:39
9. Heretique 04:51
10. Dementia 02:21
Total playing time 52:17

Chronique @ Lunuy

17 Juin 2011

Progressif... et d'une indicible beauté ; la quintessence de Tristania

[Soupir] – Rien à faire... J’ai beau réécouter ce disque en boucle, impossible pour moi d’y trouver à redire. Le pire, c’est que c’est totalement l’inverse ! Je découvre encore d’autres atouts à cet album après la cinquantième écoute !
Bon, je ne vais pas m’étendre sur mes états d’âme mais plutôt essayer d’expliquer pourquoi j’ai failli (osé) mettre la note maximale à cet album.

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À l’heure actuelle, on pourrait considérer que "Beyond the Veil", sorti en 1999 sous le label Napalm Records, est à Tristania ce que "Velvet Darkness They Fear" (1996) est à Theatre of Tragedy : un deuxième album incroyablement abouti, un sommet de créativité... qui ne présageait pas de l’évolution qu’allait suivre le combo par la suite...
Mais ne parlons pas des sujets qui fâchent les puristes et retournons donc en cette fin du deuxième millénaire, en ce temps où l’illustre fondateur Morten Veland était encore le principal compositeur du groupe avant qu’il ne le quitte pour fonder Sirenia.

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« Par delà le voile », le désespoir…
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Ce deuxième opus est incontestablement différent du précédent : malgré quelques similitudes (le line-up n’ayant pas changé entre temps), le style général de "Beyond the Veil" se trouve à des années-lumière du Doom/Gothic minimaliste de "Widow’s Weeds". L’ensemble baigne dans un Extreme Progressif/Gothic Metal d’une sidérante maîtrise technique, avec des tempos plus rapides.
Les sonorités et les breaks sont légion. La multiplicité des arrangements donne le tournis sur certains titres. Le plus remarquable et étonnant, c’est que l’ensemble ne tourne jamais à la surenchère démonstrative et reste très intense sur le plan émotionnel.

Tout comme sur l’opus précédent, les deux-tiers des membres du sextet assurent les chœurs avec quelques choristes. Cependant, leur utilisation diffère en deux points essentiels :
- Le chant clair masculin est plus présent ; il est assuré par deux guest members : Østen Bergøy, qui avait déjà officié sur le premier album, assure des passages lyriques sur la plupart des premiers titres, tandis que Jan Kenneth Barkved scande violemment sur le titre "Heretique".
- Les chœurs féminins, jadis si nombreux, ont gagné en puissance (cf. "Aphelion" et l’onirique "Leather River") mais deviennent de plus en plus « secondaires » au fur à mesure que se poursuit le disque ; après le titre "Angina", leur absence est très marquante.

La seule lecture du titre éponyme donne un aperçu assez large de "Beyond the Veil" : la plupart des chansons alterne chaleur (vacillante)/froid (quasi-absolu). La première facette, qui tend à disparaître vers la fin du CD, est assurée par des arrangements vocaux lyriques – c’est-à-dire la suavité des chœurs et du chant soprano de Vibeke Stene – et de légers breaks acoustiques ou néo-classiques ; la seconde, par les percussions de la batterie, les accords « métalliques » des guitares, des samples et claviers brutaux et le redoutable chant Death/Black de Morten, qui sonnent tous comme de terribles claquements de martinet.

Ce brusque changement musical de la part de Tristania va de pair avec une certaine radicalisation des paroles de Morten Veland et Einar Moen. La notion chrétienne de péché est suggérée comme porteuse de tiraillements atroces pour le croyant, pris au piège entre le rigorisme et la tentation du « bonheur terrestre ». L’artwork, présentant des femmes effondrées (car foudroyées, telle Sémélé contemplant Zeus ?) et d’antiques statues aux bras brisés dans un paysage rocailleux où coule une rivière (le Styx ?), donne une idée de l’ambiance parfois désespérante de "Beyond the Veil".

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Bon, malgré tout, est-ce que je ne surestimerais pas trop ce second album ?
Quelques réfutations préalables :

1 – Certains passages Indus ou Electro ne sont-ils pas de trop ?
RÉPONSE : Selon moi, ils renforcent la violence des pistes comme l’éponyme "Beyond the Veil" ou l’hallucinant et fantasmagorique "Opus Relique".

2 – Que penser de ces notes dissonantes, comme celles du piano de l’interlude "Simbelmynë" ou des passages les plus brutaux ?
RÉPONSE : Ces dissonances doivent sûrement être volontaires. Cela rend les instruments plus inquiétants dans les breaks ou les mid-tempos.

3 – Pourquoi cette austérité sur la dernière piste, "Dementia", qui laisse l’impression que rien n’est terminé, au point que l’auditeur peut éprouver une certaine frustration, comparée à l’émotion que peuvent donner les précédents titres ?
Un morceau comme "...Of Ruins and a Red Nightfall", avec sa splendide décélération finale, n’aurait-il pas mérité d’être mis en dernière position pour que l’album puisse se terminer en beauté ?
RÉPONSE : Justement, si "Dementia" a été placé à la fin, c’est sans doute pour NE PAS terminer en beauté ! Le peu de paroles, la discrétion des chœurs (simulés par les claviers de Moen ?) et la répétition des accords donnent une conclusion entêtante pour l’auditeur.

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Allez, si on veut vraiment tenir compte de ces « défauts », disons que ma note sera alors de 19,667/20... Ah, non, ce n’est pas le moment d’ironiser sur la notation, vu les thématiques des chansons !

[Nouveau soupir]
Enfin bon, essayons de garder le sourire malgré la dureté de notre monde. Au moins, le Gothic Metal de Tristania garde encore quelque trace de lumière malgré cette indicible plongée dans les ténèbres.


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Pomme - 27 Mai 2013: Je devais tout de même pencher sur ce groupe, étant friand de symphonique - quand je l'aime - et je me suis dit "Vu le nom, cela doit être hyper cliché".
Mais non, cet album est du théâtre. Et même la troisième écoute a un peu de mal, bon signe, je dois encore creuser !
Vrael - 29 Mai 2013: @Pomme : Widow's Weeds est, dans un style moins grandiloquent, tout aussi excellent (et peut-être plus direct d'accès aussi)
;D
Cependant il faut savoir qu'avec le départ de Morten Veland, le groupe a subi beaucoup de changements, donc ce n'est malheureusement pas la peine de chercher une continuité dans la discog du groupe...
Si tu finis par aimer Beyond the Veil, les deux premiers albums de Sirenia devraient te plaire puisque Veland a quitté Tristania pour le fonder.
Et oui, il aime les noms de groupes clichés.
choahardoc - 29 Août 2016: Avec un tel patronyme, ce groupe ne pouvait te laisser insensible... Sérieusement, chronique très juste qui me fait ressortir illico ce beau témoignage de ce que faisait Morten, Vibeke et les autres à leur maximum.
furaxyn - 31 Août 2016: Et oui Choa, ça ne pouvait me laisser insensible ;).

Sérieusement, je m'étonne encore de cet ancien texte d'amateur publié sous mon ancien pseudo. Je n'aurai plus la force morale ni l'inspiration d'écrire des chros comme ça.

EDIT : ... dans le sens où je ne pense pas avoir le courage à l'avenir de transmettre autant d'impressions personnelles.
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Chronique @ Vrael

24 Juin 2012

Tristania abandonne sa bure de doom atmosphérique et opte pour une robe gothique à dentelle black vampirique

2012. Ne reste chez Tristania que deux des six membres qui ont forgé Beyond the Veil, et le style global n’a plus grand chose à voir. Il faut dire que plus de dix ans ont passé et que le gothic metal lui-même n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il était.
Retournons en 99. C’était la fin d’un millénaire, et à cette époque comme à la nôtre les tensions spirituelles numérologiques régnaient. C’était un âge d’or pour le gothic metal, et Tristania assume parfaitement ses influences : The Sins of Thy Beloved, Trail of Tears, Lacrimosa et bien sûr Theatre of Tragedy, mais aussi Haggard, Solefald, Siebenbürgen... que des groupes de goth ou de black qui commençaient à percer ou qui, au contraire, atteignaient le paroxysme de leur art à cette période.

99, un an à peine la sortie de Widow’s Weeds. Ce dernier était un album plutôt calme dans l’ensemble, onirique, doom, comparable peut-être à un Estatic Fear. Mais Beyond the Veil (au delà du / par delà le voile) se veut plus sombre et orageux - dans l’ère du temps, en somme. C’est ce qu’annonce cette pochette mystique qui représente une femme nue sous un voile transparent, les yeux et les bras levés au ciel vers une épée de Damoclès (formée par le 2ème T du nom Tristania), des corps allongés, comme tombés d’une voûte, d’autres femmes nues tout autour d’elle. Le tout sur un fond de limbes fumantes d’un bleu sombre, évoquant vaguement un marais rocailleux - serait-ce la grêve rocheuse d’une plage nordique à marée basse ? Ou bien l’Erèbes, les enfers grecs ?


Le titre éponyme nous confirme la couleur avec une intro au synthé de trente secondes brumeuse, accompagnée de la mélopée de la reine Stene. Et sans crier gare nous tombent dessus batterie, guitare et choeurs qui nous martèlent avant l’hécatombe.
On retrouvera cette ambiance épique et sanguinaire, teintée de black, sur Heretique, mais elle atteindra son paroxysme sur le tempétueux Opus Relinque, l’un des morceaux les plus progressifs de l’album où se succèdent violence grandiloquente puis mélodies touchantes au piano.
Même si sieur Veland a composé la majeur partie de l’album, c’est Hidle qui s’est chargé des pistes les plus violentes et Moen, en tant que claviériste, a composé bien sûr Simbelmynë et la plupart des parties au synthé mais aussi des choeurs, sauf sur Aphelion (assuré par Veland). Opus Relinque est née de leur tandem et c’est la seule où Veland n’a touché à rien, aussi surprenant soit-il étant donné la teneur en mélodique du morceau.

La production est très personnalisée, autrement dit hétérogène, dans la veine d’un album black de l’époque : la batterie et le synthé sont mis en arrière-plan pour servir de fond, la guitare est saturée à en devenir grasse et épaisse, l’accent est en fait placé sur les vocaux et la guitare mélodique. Ainsi sont sublimés les growls de Morten Veland mais surtout ses vocaux masculins, profonds, qui répondent au chant fantomatique et suave de Vibeke Stene.
Sur Lethean River, Aphelion ou ...Of Ruins and a Red Nightfall surtout, on obtient alors une acoustique naturelle, en écho, à tel point qu’on dirait par moments qu’ils ont été enregistrés dans une église. On a l’impression d’assister, assis sur un banc, assourdis, à un concert aux tons d’une messe ésotérique... impression renforcée par des textes d’une inspiration frappante : Tristania emprunte autant au romantisme de Shakespeare à Goethe qu’à la mythologie grecque et biblique - de quoi largement concurrencer Cradle of Filth, Therion ou Nightwish. Rien que le nom of Ruins and a Red Nightfall évoquerait un tableau du peintre romantique Caspar D. Friedrich, que confirme cette mélodie apocalyptique en ressac accompagnée lors de l’ending de cloches fatidiques.

Mais puisqu’il faut que je descende de mon nuage de subjectivité, il me faut dans ce cas préciser que ce chef d’oeuvre a comme tous les autres ses lacunes. Étant trop subjectif je n’en vois qu’une, la plus flagrante : le manque d’homogénéité, que crée évidemment le fait que tout l’album ne soit pas composé par les mêmes membres. Du coup, l’album perd en cohérence et donc en fluidité. Cela a au moins un avantage, les morceaux se suffisent à eux-mêmes, ils peuvent s’apprécier indépendamment mais ils ne s’imbriquent pas entre eux. Dommage, car cela Beyond the Veil avait visiblement, au regard de la durée et de la richesse des morceaux, une ambition progressive.


En conclusion, Beyond the Veil n’est pas aussi minimaliste que son prédécesseur, en revanche sa richesse en termes de mélodies superposées et imbriquées est double. Il garde la même atmosphère romantique et religieuse, mais y ajoute une dimension sombre et ésotérique qui n’est pas pour nous déplaire. Tristania abandonne sa bure de doom atmosphérique et opte pour une robe gothique à dentelle black vampirique. Au carrefour entre Trail of Tears et Siebenbürgen, Beyond the Veil se veut grandiloquent et profondément mélodique.

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Vrael - 24 Juin 2012: Plus court que prévu... trop de choses à dire et pas forcément pertinentes... mais ce n'est qu'un premier jet, je pense.

Par exemple, pour info, en astrologie, l'Aphelion est l'équivalent du point Nemo en océanologie : le point Nemo c'est en mer l'endroit le plus éloigné des terres (en plein coeur du triangle des Bermudes je crois, entre l'Australie et l'Amérique du Sud), l'Aphelion est dans l'espace le point le plus éloigné de deux étoiles, et donc le plus sombre et glacial.
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Commentaire @ metal25

25 Avril 2007
Tristania... Un mélange entre la subtilité d'une voix et l'ardeur et l'agressivité du metal, en bref, pour tout vous dire la formation nous apporte un Gothique pur, profond et on ne peut plus agréable à l'oreille !
Mais cela n'aurait sans doute pas été le cas sans ce musicien et compositeur d'exception qu'est Morten Veland (aujourd'hui séparé du groupe et appartenant au groupe de metal gothique Sirenia). En effet, on sent dans ces compositions une profondeur, une émotion particulière qui est propre à Tristania (du moins de ces deux premiers albums Widow's Weeds et Beyond the Veil) et qui sera celle de Sirenia. On sent également, malgré ces airs légers et purs, une pointe de perfection : tout est calculé, tout intervient quand il doit intervenir, en somme, la moindre note est indispensable à la structure même du morceau. Encore une signature du dieu Morten
Il ne faut pas non plus oublier la voix magnifique de Vibeke Stene sans laquelle une certaine facette de la magnificence des compositions du groupe serait altérée.

Passons maintenant à l'album proprement dit : Beyond the Veil, "Au delà du voile". Ce titre vous invite à découvrir ce que renferme cet artwork sombre et subtil, et on s'apercevra dès la première écoute que c'est du gros !

-Beyond the Veil : Titre éponyme nous emporte doucement dans le monde "Tristanesque" par son intro. Et au bout de 30sec c'est la claque !! Riffs et voix endiablés, batterie rapide et rythmique endiablée ! Une voix féminine lointaine soutenue de chœurs, ainsi que des parties acoustiques et plus calmes viennent de temps à autre étayer cette chanson.

-Aphelion : On continue sur notre lancée avec, là aussi, une chanson entrainante et assez violente bien que totalement envoûtante.

-A Sequel Of Decay : On change de registre ! l'intro nous plonge dans les ténèbres et est digne d'un film d'épouvante psychodramatique. Et ensuite s'en suit une ballade triste et émouvante, bien que certains passages soient plus agressifs.

-Opus Relinque : On se réveille ! Après le magnifique A Sequel Of Decay on se retrouve à nouveau devant une composition rapide mais en même temps un poil épique. Certainement une des meilleures réalisations de cet album.

-Lethean Rive : Une chanson qui est certainement un reste de l'album précédent car très gothique, bien que l'on reste dans le même état d'esprit que les précédentes pistes.

- ...Of Ruins And A Red Nightfall : On ressent dans les premières secondes une touche de heavy... Mais ne nous fions pas à notre première appréhension, la suite est dans le même esprit que la chanson précédente.

-Simbelmyne : une petite transition que s'offre Einar Moen au piano.

-Angina : On passe désormais à autre chose, après cette "pause". En effet, on ressent plus de profondeur et plus d'ombre à la musique mais en même temps plus de force et d'ardeur.

-Heretique : La première chose qui frappe lorsque l'on écoute ce morceau, c'est qu'il est totalement dénué de voix féminine. Mais la belle Vibeke est remplacée par une voix masculine faisant penser aux Vikings. Ce morceau est sans doute épique et sort un peu du contexte de l'album bien que ça ne soit en rien désagréable !

-Dementia : La dernière piste de l'album, qui est située là où elle doit être, ce qui montre une fois de plus que Tristania ne laisse rien au hasard. Ce morceau est, quant à lui, très sombre (le plus sombre de l'opus) mais également très symphonique et s'estompe doucement et nous laisse au milieu du chemin, on y attendrait une suite...

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steelhardos - 22 Fevrier 2009: Belle chronique d'un album et surtout d'un style pas si évident à évoquer et décrire tant il joue énormément sur les émotions.
C'est peut être aussi le mélange symphonique/gothique qui le rend si captivant et presque insaisisable.
choahardoc - 15 Décembre 2009: Il est vrai que Beyond The Veil est un pur régal auditif. La scène Norvégienne d'alors, Tristania, The Sins Of Thy Beloved et Theatre Of Tragedy en tête créait une musique profondément novatrice
Vrael - 06 Septembre 2010: Beyond the Veil c'est pour moi THE album de métal gothique. Il n'y absolument rien à jeter, tout est bon et parfaitement bien conçu. C'est sûrement pour ça que le groupe n'a rien fait de comparable depuis, et que très rares sont ceux qui ont plus ou moins réussi à l'égaler.
Rei_San - 13 Avril 2011: Très bonne chronique pour ce fameux Beyond The Veil. La plus belle perle de ma bibliothèque musicale. Jamais un album ne m'a occasionné autant de frissons. À chaque écoute, j'observe de nouveaux détails.
Chef-d'oeuvre indispensable à tous les amateurs du genre.
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