Ylem

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Nom du groupe Dark Fortress (GER-1)
Nom de l'album Ylem
Type Album
Date de parution 25 Janvier 2010
Labels Century Media
Enregistré à Woodshed Studio
Style MusicalBlack Mélodique
Membres possèdant cet album155

Tracklist

1.
 Ylem
 06:33
2.
 As the World Keels Over
 06:36
3.
 Osiris
 07:36
4.
 Silence
 04:27
5.
 Evenfall
 05:36
6.
 Redivider
 07:08
7.
 Satan Bled
 04:35
8.
 Hirundineans
 04:56
9.
 Nemesis
 06:35
10.
 The Valley
 08:02
11.
 Wraith
 08:15

Bonus
12.
 Sycamore Trees (Angelo Badalamenti Cover)
 04:02

Durée totale : 01:14:21


Chronique @ Eternalis

04 Janvier 2010
Baser sa carrière sur le principe d’ipséité n’a jamais été le maitre mot de Dark Fortress. Trônant sur le siège noir et maléfique d’une scène black métal allemande qui semble divulguer avec de plus en plus de vigueur et de haine son message de noirceur musicale, l’entité fantomatique qu’est Dark Fortress continue, avec le temps, de s’évertuer à créer un paysage musical anticonformiste et dérangeant. L’appel de la rébellion de l’ombre, débutée il y a plus de quinze ans, poursuit sa marche occulte dans la profondeur d’un métal résolument noir et sombre, créant le sentier d’une vision cauchemardesque et misérablement humaine. Un sentier particulier et suicidaire, que l’on rapprocherait volontairement des âmes visionnaires de Mahyem, d’Abigor, de Shining ou de Secrets of the Moon pour cette envie ancrée de repousser les limites des atmosphères, pourfendre les émotions humaines afin de rendre l’air ambiant glauque et emplie de pourriture, irrespirable.

Un changement esthétique était apparu avec "Eidolon", voyant l’arrivée de Morean au poste de vocaliste, et inculqué une plus grande aura diabolique dans une musique certes originale mais encore emprunte de quelques conventions inhérentes au black métal. Des conventions qui désormais volent en éclats à l’aube d’une nouvelle décennie et d’un sixième opus proprement extraordinaire répondant au patronyme de "Ylem". Transfigurant son expression originelle, Dark Fortress, aidé de son nouveau joyau ténébreux en la présence d’un Morean aujourd’hui complètement intégré à la formation, délaissant son poste de simple exécutant, tapisse une vision nouvelle d’un art black métal que l’on n’avait pas entendu aussi inspiré depuis des années.
Rejetant toutes les bases préétablis en matière de composition, "Ylem" déploie une personnalité unique rédigée en onze actes, chaque composition déployant une âme propre et indépendante, formant le maillon d’une chaine indissociable des autres chapitres de cette œuvre dédiée à une nouvelle forme de noirceur.
Une forte dimension progressive, absente des épisodes précédents, prends l’auditeur à la gorge, des atmosphères aussi grandioses que mortuaires tissent une horreur de l’autre, une mélancolie scarificatrice s’entrechoque à une violence démoniaque, une lourdeur doom alimente une œuvre approchant parfois au domaine religieux. Incroyablement dissonants et hypnotiques, les riffs se veulent le reflet d’une âme en perdition, le chant vociféré de Morean l’incarnation de sa chute tandis que la grandeur des atmosphères devient paradoxalement l’image de l’intime de soi. Quand l’extravagant se fait introverti…

Ce sentiment est particulièrement perceptible lorsque l’on pénètre l’ambiance brumeuse d’"Osiris", lourde et poisseuse. Les riffs hypnotisent, des percussions presque subliminales apportent une sensation de contrôle, de propagande dédiée au malin. La base rythmique, martiale et aliénante, suit des vocaux uniques, écorchés mais parfaitement compréhensibles, bestiaux mais gardant une tranche d’humanité déchue, tel un démon ne reniant pas totalement son statut angélique.
Particulièrement développées et longues, les compositions se complaisent à s’écarter des thèmes récurrents, en résultant des morceaux souvent longs et tortueux. Le phénoménal titre d’ouverture éponyme le dévoile, égorgeant et tranchant les sens dès la première seconde de cette intro monstrueusement technique au tapping, précédent un blast furieux et brutal et des hurlements purement aliénants. La mélodie au tapping, nous plongeant dans un univers profondément torturé, schizophrénique et sophistiqué, sert de toile de fond à l’ensemble du titre où l’inspiration nous noie dans les méandres d’un univers fascinant de par sa noirceur et malsaine. Un énorme travail atmosphérique, rappelant parfois Opeth ou Katatonia laisse planer une dimension parfois incantatoire et spirituel, notre âme devenant esclave de Morean, dont la performance en tout point exceptionnelle résonnera probablement pour longtemps dans la discographie des allemands.
Car "Ylem" transforme un black métal en une créature hybride qui n’en est plus réellement, transcendant les étiquettes et les styles pour devenir une expérience de soixante dix minutes, qui attirera probablement les controverses de par son inspiration si rare et précieuse, et sa démarche réellement avant-gardiste.

"Evenfall", partant d’un riff doom pesant et écrasant, à l’instar d’un Candlemass, subjugue par son vocaliste simplement prodigieux. Sur cet atmosphère malsaine et pesante, se dresse un chant écorché, démoniaque et supérieur, quasi mystique lorsqu’il se fait chuchoter (les images de créatures difformes et malsaines se greffent à l’esprit et à l’imagination). Et lorsque les riffs se font dissonants et que les notes perdurent dans le temps, c’est pour accueillir un chant au bord du gouffre, proche de la folie avant ce refrain…clair, plaintif, rauque, liturgique et absolument magnifique de beauté noire, terrifiant de souffrance…avant une fin prenant la forme d’une boucle infinie, une chute sur soi-même (les nombreuses descentes de toms attestant ce sentiment).

Principal compositeur, Asvargr est parvenu à conférer une force incroyable à son propos. On citera le désespéré "Redivider", aux chœurs presque gothiques mais aux vocaux vomis, respirant toute la pourriture du monde, égale à une sensation de déchéance humaine complète, de rejet d’autrui et de solitude suicidaire. Une solitude prenant sa forme la plus ultime sur l’impressionnant "The Valley", à l’entame répétitive et hypnotique, se répétant inlassablement dans le temps et parfaitement mise en valeur par la production aussi claire que sale, puissante que tranchante. Puis cette voix, cette âme hurlant à la mort de manière si froide et inhumaine sur ce rythme lent et solennel. Une ambiance progressive et ambiante sur des vocaux torturés à l’extrême, arrachés à Morean dans la souffrance et le sang, déchirant et tétanisant.
Dark Fortress retrouve parfois, sporadiquement, des bribes d’un black métal plus rapide et vindicatif sur "Nemesis" et "Satan Bled", dont la rupture mélodique du refrain n’est pas sans évoquer leurs confrères de sang de Secrets of the Moon, aux vocaux prenant la forme métaphorique d’un enfer interne et invivable.
De nombreux arpèges acoustiques et solos parsèment l’album, comme autant de lueurs aussi inavouables et inestimables car trop spectrales, notamment sur "Hirundineans" et son feeling suicidaire proche de Shining aux rires évocateurs d’une bête riant de sa propre condition, et au solo emplie de négativisme pervers et cynique, tortueux et presque blues dans l’approche.

Puis la fin, la chute définitive, le couperet, le rideau…prenant la forme d’un aussi inattendu que chimérique "Wraith", laissant loin derrière, brulés par les flammes de la normalité, les autres acteurs du black métal actuel. "Wraith" sonne le glas d’un monde sans espoir, mais ôte également toute brutalité de son expression, se fait fascinant par sa complète interprétation en chant clair, façonnée par des riffs lents et doom et faisant planer un malaise palpable et poisseux. Le chant de Morean en devient hallucinant, morbide, laissant éclater sa technique extraordinaire, passant d’un clair vaporeux à des aigu insoupçonnées et excentriques, sentant la fin, sombrant de plus en plus profondément dans la mélancolie…irrésistiblement…

Comme le laisse présager sa pochette, "Ylem" est un voyage, une entrée dans un labyrinthe, un dédale de noirceur, de violence, d’inhumanité parfois humaine, de poisse et de mélancolie dont l’approche religieuse n’en est que plus dérangeante. Une œuvre complète, rare, passionnée et majeure, réalisée par des musiciens au sommet de leur art et au-delà de toutes appellations…un voyage occulte dans lequel on entre tous égaux…mais dont on ne sait jamais si l’on ressortira…ni comment…

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Eternalis - 27 Mars 2010: Tu as raison...c'est une des premières choses que j'ai regardé lorsque j'ai eu le vrai disque en main et pas uniquement la promo mp3...mais comme tu dis, il y a plusieurs chanteurs sur ce morceau, et je ne sais pas (comme souvent chez eux qui ont pas mal de chanteurs additionnels, sur Seance par ex), on ne sait pas qui chante quoi...et est-ce que la voix claire vient de ce Mortal inconnu au bataillon, mystère.
sebmorgul - 28 Juillet 2010: etant fan des autres albums surtout les 3 premier jai vraiment eu du mal a accrocher.on commence a s'eloigner dangeureusement du black mais bon faut quand meme avouer quil savent jouee de leur instruments!mais bonne chronique quand meme!
bojart - 23 Juin 2011: Magnifique chronique, Joffrey.

Tu as su capter toutes les émotions ressenties, les sentiments provoqués par ce "Ylem" pour nous offrir un récit convainquant et passionné!

Tu m'as donné l'envie de me plonger dans ce nouvel album de Dark Fortress avec l'enthousiasme du novice et la curiosité de l'amateur...

Merci

orionzeden - 03 Mars 2014: J'avoue être aussi de ceux qui survolent parfois les chroniques.... cela dis j'ai moi aussi remarqué pour Wraith, mais bon quelqu'un l'a déjà souligné c'est Mortal qui chante. (comme dans le livret c'est pas marqué "additionnal-" je serais bien tenté de dire que c'est le seul à chanter du coup) Et si quelqu'un trouve des infos sur ce Mortal je voudrais bien en savoir plus, si quelqu'un le connais... d'ou peut-il bien provenir? ^^ Et j'ai beau ne pas toutes les lire entièrement, loin de là même, faut admettre que le travail littéraire d'une telle chronique est admirable. Je suis certain de ne jamais être capable d'une telle prouesse en tout cas, et je pense que c'est surement pour cette même raison que je ne suis pas le mieux placé pour apprécier pleinement ce genre de chronique. Et petit détail: DarkO, dans ton deuxième commentaire à la fin ce serait pas au pluriel qu'il faudrait conjuguer "se donner" ? (je veux dire le sujet c'est bien "ceux qui se donne du mal") Venant de toi ça me surprendrais que j'ai juste mais j'ai un doute quoi ^^'
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Chronique @ thedeath666

07 Mars 2012

Puissant.

Puissant. C'est le mot à retenir concernant cet Ylem. Puissant et sombre, aussi. Le groupe teuton a bien réussi son coup en sortant son sixième album. Je dirais même qu'il a frappé fort. Très fort.

Histoire de faire les présentations, cher lecteur, Dark Fortress progresse depuis maintenant 15 ans dans la scène Black allemande. Après avoir maintes fois changé son orientation musicale – tout en restant du côté obscur de la force -, les Allemands sortent Ylem chez le label de renom Century Media (Finntroll, Dark Tranquillity… ) le groupe évolue dans un Black Metal très suédois avec un sacré penchant pour le Progressif et possédant un côté mélodique poussé, mais je reviendrai sur ce point plus tard.

Le côté visuel du groupe n'est pas bien surprenant, Paint-Corpses, cuir, clous, etc mais l'on notera bien volontiers une pochette de toute beauté nous aspirant directement là où DF veut nous emmener, à savoir des abîmes sans doute sans fin.
Mais passons plutôt à la bête.
Premièrement, il n'y a pas doutes à avoir sur le fait que le groupe, mené d'une main de fer par V.Santura (Triptykon), ait pondu un excellent album, peut-être le meilleur, le plus inventif de sa carrière sans exagération aucune. Sa noirceur est indescriptible. Sa mélancolie, profonde. Ylem va chercher la flamme au fond de nous, dans les recoins les plus obscurs de notre âme… et l'éteint à jamais. Et là est sûrement la plus grande force de ce disque: nous remplir d'une profonde tristesse (je pense à la magnifique piste "Evenfall", entre autres. Entre tellement d'autres), nous faire vibrer à chaque écoute, aussi nombreuses soient-elles. Ce disque allie le laid au beau, transforme le tout, et nous transforme aussi à nous, auditeurs, quelque part. Ylem est transcendant, sans pitié, contradictoire au point que les mots manquent. Mais si de si belles compositions sont présentes dans un tel disque, c'est avant tout pour l'aérer. Car il en a besoin, "il" est suffoquant et violent au possible, l'impérial Redivider par exemple, est sans merci, absolument parfait pour la plus glauque des messes noires.

Dark Fortress sait proposer une musique saturée, lourde et groovy, car Dark Fortress sait que le petit métalleux lambda a besoin de sa dose headbang (Satan Bled). Mais à quoi bon s'étendre, puisque Dark Fortress sait absolument tout faire. Passant d'une puissance monstrueuse (Ylem), à des chorus impeccables (As the World Keels Over) en passant par une colère implacable (Nemesis) ou lorgnant vers une folie des plus destructrices (The Valley, piste dédiée à Quorthon) et vers une douceur que je qualifierai de post-traumatique (Wraith), Ylem s'offre à nous comme un voyage. Un voyage terrible où l'on se retrouve coincé, pris au piège, entre guitares saturées et malsaines, clavier étouffant, chant torturé et batterie titanesque, faisant de notre tourment un bonheur incompréhensible, presque fou.

Techniquement parlant, cet album est une perle rare. Les guitares possèdent une force harmonique et mélodique hallucinante, saupoudrée de Blasts aux petits-oignons et de nappes de clavier s'alliant parfaitement au tout, l'album étant doté d'une production presque parfaite, imaginez un peu le résultat.

Au final, la comparaison qui décrirait le mieux Ylem serait sûrement un genre d'Opeth qui se serait mis au Black, même si les structures de certains titres restent relativement simples par rapport à celles des Suédois. L'album, malgré ses 70 minutes, ne semble pas s'étirer et l'on en sort avec une impression de durée juste parfaite. À noter aussi, les efforts faits par Morean, présent dans le groupe depuis peu, pour ne pas trop tomber dans les clichés du genre; un bon point de plus, parmi lesquels on peut compter les atmosphères très travaillées, nous plongeant directement dans les ténèbres de l'album, à écouter en entier donc, et sans en perdre une miette. Par contre, si vous n'êtes pas friands d'albums à écouter plusieurs fois, passez votre chemin, et c'est bien là le côté prog' du combo. Pour ma part, j'y adhère encore plus, car on redécouvre l'album à chaque sortie du boîtier. Inutile de préciser qu'elles sont fréquentes.
Comme dit plus haut, Ylem est un excellent album. Peut-être le meilleur que Dark Fortress ait sorti. Et si je prends le risque de me répèter, c'est que le disque en vaut la peine. Simplement. Une sortie aussi obscure qu'incroyable, qui entama avec brio l'année 2010.
Fin mot.

TheDeath.

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ChainsawMassacre - 08 Mars 2012: Merci pour ta chronique, bien écrite qui me donne envie de découvrir cet album, et ce groupe d'ailleurs.
Par contre, dans ta conclusion, tu as fait une petite faute de frappe, " Comme dt plus haut" ;)
Baal666 - 08 Mars 2012: Evenfall et pour moi, le morceau le plus aboutit, il degeage un désespoir etune tristesse incroyable.
Je pense aussi au morceau As the World Keels Over,qui s'apparente à la meme chose je trouve.
Tyrcrash - 08 Juin 2012: Bonne chronique, Dark Fortress à fait ce que peu de groupes (du moins parmi ceux qui bornent mon horizon limité) ont réussi à faire: ralentir le tempo et devenir, pour autant, meilleur.

Mon titre préféré est sans doute "Osiris", il flotte une merveilleuse fragrance de tombeau égyptien poussièreux sur ce dernier... "As the World Keels Over" et un très bon choix aussi.
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