Après deux albums sortis de façon plutôt discrète, les Américains de
Bleeding Through signent enfin chez une major, l'écurie Trustkill Records (
Throwdown, Walls of
Jericho,
It Dies Today). L’occasion pour le jeune groupe de percer enfin. Gagné ! Le groupe explose au grand jour, fait des tournées plus ou moins mouvementées (annulations, accident de la route…), tournent des clips et se fait saluer meilleur groupe metalcore de l’année. Ouf ! Un succès bien mérité au bout de trois albums.
Mais pour ma part, en ce qui concerne
This Is Love, This Is Murderous, je reste moyennement conquis. Les années passent et on réécoute ses vieux CDs de quand on était jeune (enfin, encore plus jeune). Et le disque possède aujourd’hui bon nombre de défauts. Grosse maison de disque oblige, le son est nickel, propre, soigné et tutti quanti. Enregistré par Ulrich
Wild, spécialiste des groupes jeunes et tendances comme
Static-X,
Deftones ou encore
Taproot, il donne l’occasion au groupe d’envoyer sec la purée. Mais hélas, l’album met en avant la voix plus qu’autre chose ; ainsi la basse et surtout les claviers sont très mis en retrait. Ces derniers, qui faisait alors la force du précédent album, sont ici assez discrets, effacés par des riffs monotones, répétés indéfiniment…
"Love
Lost In a
Hail of Gun
Fire" commence avec un sample d’un film culte aux États-Unis, presque inconnu en France, Les anges de
Boston. « For a few seconds, this place was
Armageddon.
And there was a firefight ! » Soudain, les riffs hachés types metalcore s’enchainent, suivis de près par une batterie effrénée et des chœurs, le timbre particulier de Brendan retentit à travers sa voix puissante, quelques breakdowns, la chanson est sombre, virulente, un peu longue mais néanmoins compacte, idéale pour commencer l’album. On remarquera que le chant clair est ici plus présent et mieux maitrisé, pareillement pour le blast de Youngsma et les soli de Scott Danough, gros problèmes évidents du précédent opus. On suit donc à travers des paroles labélisées
Parental Advisory Explicit Content des mésaventures sentimentales pleines de haine et d’injures envers une personne qui le méritait sûrement. De ce niveau-là, de l’émocore burné en somme, classique.
Hélas, si le reste de l’album pouvait être aussi percutant que ce single mémorable… Car le principal problème avec
This Is Love, This Is Murderous, c’est que ça tourne très vite en rond. Les riffs se ressemblent quasiment tous, les claviers sont (comme je l’ai dit) effacés ou alors extrêmement discrets, et au final le groupe ne se démarque absolument pas des autres nouveaux venus du genre. Ainsi, après une et une seule écoute, on est pleinement rassasié – alors que
Portrait of the Goddess proposait quand même une multitude mélodies et des riffs tranchants à tout va. La faute à la production ? Oui et non. À peine inscrits chez Trustkill, les
Bleeding Through ont été trop pressés de sortir un album sous leur nouvelle écurie et sortent, seulement un an après leur deuxième méfait, une nouvelle galette. Résultat : le tout sonne brouillon, peu cohérent, maquillé derrière une belle pochette, des clips sur MTV et un grand coup marketing.
Avec une durée extrêmement longue pour ce genre de production (45 minutes quand même), on ne retiendra donc que quelques chansons parmi ces 12 titres, des morceaux comme le mélo-single "On
Wings Of Lead", le bourrin "
Mutilation" ou encore le surprenant "City Of The Condemned" en duo avec le chanteur du groupe de psychobilly méconnu
Night Of The Scarecrow : Ryan Downey. Cette chanson est d’ailleurs un léger prémice de leur côté black metal assumé sur
The Truth. N’oublions pas également "
Revenge I Seek", le titre final coreux pour le moins sympathique, reprenant à nouveau un sample des Anges de
Boston. C’est tout ? Oui, c’est tout et c’est peu.
Bleeding Through auraient-ils des problèmes de gestion de morceaux ? Indéniablement, c’est presque un gimmick chez le groupe tant tous leurs albums possèdent un ou deux titres (ou trois ici) en trop.
This Is Love, This Is Murderous n’est donc pas un chef-d’œuvre mais n’est pas non plus inécoutable, juste très inégal et très long, un album qui rentre correctement dans le moule mais ne propose rien de neuf. On est en 2003 et le nombre de productions similaires commencent à arriver un peu partout, faisant par conséquent pâle figure à côté de
The Agony Scene,
The Black Dahlia Murder ou encore
As I Lay Dying qui sortaient alors leur monstrueux Frail Words
Collapse.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire