Superunknown

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Nom du groupe Soundgarden
Nom de l'album Superunknown
Type Album
Date de parution 08 Mars 1994
Style MusicalGrunge
Membres possèdant cet album271

Tracklist

1. Let Me Drown 03:51
2. My Wave 05:12
3. Fell on Black Days 04:42
4. Mailman 04:25
5. Superunknown 05:06
6. Head Down 06:08
7. Black Hole Sun 05:18
8. Spoonman 04:06
9. Limo Wreck 05:47
10. The Day I Tried to Live 05:19
11. Kickstand 01:34
12. Fresh Tendrils 04:16
13. 4th of July 05:08
14. Half 02:14
15. Like Suicide 07:01
Bonustrack (LP / Tape Version)
16. She Likes Surprises 03:17
Total playing time 1:10:13

Chronique @ Silent_Flight

30 Janvier 2011

Un monolithe du mouvement alternatif

Premier trimestre 1994. La scène de Seattle, après quelques années d'un succès fulgurant, intrigue de plus en plus le monde entier: Cobain se fait porter pâle, Alice in Chains et Pearl Jam ont pris goût à ne plus saturer leur son et les Mudhoney enchaînent les concerts médiocres. La confusion est de mise, d'autant plus que l'espoir de revoir un jour Seattle revivre ne repose plus que sur les épaules du seul groupe qui n'a pas grand chose à se reprocher à l'époque, Soundgarden, dont la sortie de son quatrième album Superunknow est prévue pour mars.

Badmotorfinger fut applaudi de tout horizon par son côté sombre et vitaminé, et le quatuor pût enchaîner les tournées promos dont une en compagnie des Guns'N'Roses. Avec un succès déjà bien entamé, il ne manquait plus qu'à Cornell & Cie de sortir ce qui sera leur album charnière pour prendre les rênes de meneurs du rock alternatif avec plus de trente millions d'exemplaires vendus à travers le monde. Et contrairement à la vision contemporaine de la musique où les labels ont pris le dessus sur les « artistes » pour la composition d'albums, A&M laisse le libre cours à Soundgarden de pondre une machine à hits provenant donc de ses propres tripes, tout en ayant la conception d'adoucir le ton et ainsi d'atteindre davantage d'auditeurs.

Produite par Michael Beinhorn (Ozzy, Soul Asylum, RHCP) et co-produite par Chris Cornell, la bombe atomique Superunknow est pour commencer moins linéaire que son prédécesseur, et propose en soixante-dix minutes une mixture originale où les Beatles discutent des pires vices de l'Homme avec Black Sabbath.

Alors oui cher lecteur, tu as la permission de penser systématiquement au super tube «Black Hole Sun» avec sa mélodie inoubliable et le solo de Kim Thayil qui rendrait hystérique n'importe quel guitariste essayant de le reproduire à la note près, le tout porté par un clip déjanté diffusé à tour de bras sur les chaînes musicales jusqu'à la fin des 90's. Pas très loin derrière, la plus fun «Spoonman» («l'homme-cuillère»), «Fell on Black Days» et «The Day I Tried to Live» représentent à leur manière le potentiel énergique et surtout mélodieux de la formation. Un peu de doom avec les dix tonnes «Mailman» et «4th Of July», un petit clin d'oeil à Pearl Jam avec «Kickstand», voilà une galette incroyablement riche en inspiration et emplie d'émotions.

Peut-on dire que la mort de Cobain un mois après la sortie de Superunknow a fortement aidé le groupe à atteindre son apogée, c'est difficile à dire, mais en vue des sujets abordés par Cornell, qui correspondent à des faits vécus par des personnes comme l'ex-leader de Nirvana, le public bouleversé par cette tragédie a pu tenter de comprendre ce geste par le biais de «Like Suicide», mais en dehors de cette théorie personnellement fondée, il est indéniable que cette production au même titre que Nevermind et Ten aura influencé une multitude de groupes issus des vagues Nü-métal et post-grunge, et n'aura de plus pas vieillie pour un sou. Un des atouts majeurs du rock moderne, une référence pure et dure, un chef-d'oeuvre en fait. A connaître.

SF.

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Lamikawet - 26 Mars 2011: Je pense qu'il faut arrêter avec les étiquettes. A l'époque, ce terme grunge était appliqué à quasiment tous les groupes venant de Seattle alors que leurs styles musicaux étaient très éloignés.
Nirvana faisait de la pop énervée (et pas du punk-rock, contrairement à ce qui était dit à ce moment - pour du punk, écouter GBH et Discharge par exemple, vous entendrez la différence), Soundgarden et Alice In Chains incluaient des sonorités plus métalliques dans leur musique.
Et si tout ce qui vient de Seattle est grunge, alors son inventeur se nomme Jimi Hendrix (je plaisante bien sûr)
samolice - 05 Juin 2013:

Merci pour cette chronique, concise mais complète.
J'aime bien ce disque, comme le précédent d'ailleurs. En revanche, il semble que Cornell "regrette" un peu le contenu de cet album. Des infos là dessus les spécialistes?

rikkit - 26 Juillet 2013: @Lamikawet:GBH et Discharge font du Punk Hardcore, Nirvana puise clairement sont influence dans le Punk Rock.
Game_system - 18 Décembre 2016: J'adore cet album, une incroyable variété dans les compositions et une recherche de la mélodie très inspirée. Cet album semble être un best of tellement il regorge de chansons solides. Un album représentatif de la grande richesse créatif qu'a connu le rock en général dans les 90's.

La chronique est superbement rédigé et donne à cet album tout ce qu'il mérite. Superunknown est riche en émotions, très inspiré et constitu peut-être le meilleur album du groupe.
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Chronique @ Hacktivist

07 Juillet 2014

« Superunknown » est une oeuvre passionnante, riche, parmi les plus variés des 90's, raffinée aussi et expérimentale.

Décryptage sur l'état actuel de la scène crasseuse de Seattle. Tout avait pourtant si bien commencé avec « Louder Than Love » à partir duquel la montée en puissance des Soundgarden s'était effectuée de manière remarquable avec les services du major label A&M Records en 1989, en passant du culte et (accessoirement) plus metal « Badmotorfinger » en 1991 jusqu'au chef-d'oeuvre intemporel « Superunknown ». Mais après cette sortie signée en 1994, nous pourrions d'ores et déjà nous permettre d'écrire une première ébauche des mémoires du mouvement grunge et de l'influence qu'il est voué à exercer dans les années à venir. Déjà pieds à terre, le Seattle Sound, prêt à se retirer, signera son coup de grâce lors du probable suicide de Kurt Cobain qui interviendra à moins d'un mois après la sortie de ce quatrième volet. Le pire est que tous (médias comme labels) profiteront du défunt Nirvana pour s'enrichir quitte à mettre à mal le nom de Kurt Cobain même si cela donnera quand même lieu à un merveilleux objet live du nom de « MTV Unplugged in New York ». Mais passons, Alice In Chains profite de ses derniers instants de gloire avec « Jar of Flies » - Pearl Jam sombre lentement mais sûrement dans l'underground, Nirvana donc, quittera irrémédiablement le Big Four et Soundgarden est évidemment prêt à prendre sa revanche avec ce monstrueux « Superunknown ».

Seize tubes accrocheurs ont donc été façonnées durant ces quatre longues années d'attente à l'image de l'évolution musicale de nos quatre virtuoses passés d'un heavy metal assez lourd à un metal hybride à la fois puissant, original et créatif enregistré au Bad Animals Studio (foyer d'accueil de « Vitalogy » entre autres). Cette nouvelle galette bénéficie ainsi d'une production solide, bien plus accessible que « Badmotorfinger » qui laisse davantage de place aux mélodies et à l'expression artistique de Soundgarden. Appelés à l'oeuvre, le fameux producteur Michael Beinhorn (Red Hot Chili Peppers, Soul Asylum) ainsi que le mixeur Brendan O'Brien rendu célèbre pour ses travaux sur les deux et troisième opus de Pearl Jam : « Versus » et « Vitalogy ».

Faute d'avoir, d'un album sur l'autre, presque entièrement revu son style ainsi que les moindres détails de sa musique, certains éléments refont régulièrement surface, comme c'est généralement le cas sur les trois précédents opus. Les parties doom proposées sur « Mailman » ou « Limo Wreck » sont évidemment plus accessibles et moins lourdes que sur « Louder Than Love » il n'y a aucun doute là-dessus mais cela permet toutefois aux auditeurs de se souvenir d'où viennent les Soundgarden et la base commune qu'ils exploitent depuis maintenant dix ans qui n'est nulle autre que la mythique bande à Ozzy Osbourne. « 4th of July » aurait pu, au même titre que « Like Suicide » dont le public pensera même qu'il véhicule un message d'adieu après le décès de Kurt Cobain, faire office d'une sorte d'hommage sachant également que ces deux morceaux sont sans aucun doute les plus sombres et mélancoliques créés sur cet opus (la date est exactement celle de l'indépendance des Etats-Unis, coïncidence ?). Quoi qu'il en soit, le doom presque glauque et glacial que l'on nous sert ici s'insère parfaitement bien dans l'univers et dans l'imagerie lugubre & mystérieuse de Black Sabbath.

A l'image de Kurt Cobain et de son attirance particulière pour les Beatles ou bien du jeune groupe Bush en pleine émergence, la scène grunge a toujours fait preuve d'un grand respect pour les vieilles formations de pop anglaises des années 60/70 qui ont pu bercer leur plus tendre enfance ou les guider musicalement. Par le plus grand des hasards, les deux pièces influencées par les Beatles, à savoir « Head Down » et « Black Hole Sun » se trouvent figurer l'une à la suite de l'autre au sein de la tracklist, ce qui permet de repérer les nouveaux éléments musicaux entrés en jeu cette fois-ci. Il y a ce son très particulier qui pourrait laissait n'importe qui rêveur, sans toutefois retrouver l'aspect un peu enjoué des compositions des Beatles mais la finesse et la sensibilité des compositions y est et c'est bien le principal à vrai dire. Une mixture délicate de pop atmosphérique, d'harmonies vocales planantes et légèrement adaptées au registre de l'ex-quatuor britannique sur « Head Down » et les cinq minutes magiques et rêveuses de « Black Hole Sun » où Soundgarden fait la synthèse entre les envolées déchirées de Cornell puisant dans un registre typiquement grunge et ce travail simple et pourtant si raffiné... Même génération toujours, on retrouve l'empreinte très marquée des Rolling Stones sur la mélodie d'ouverture de « The Day I Tried to Live » qui s'inspire des plus grands hymnes tels que « Paint It Black » certifiant d'un unique travail de rock'n'roll sombre, poignant et mélancolique.

L'ingéniosité et la beauté de ce « Superunknown » passe aussi par un petit lot d'expérimentations qui trouvent grâce aux yeux de Soundgarden en plus des nombreux clins d'œil humoristiques et de la richesse des références proposées sur l'entière discographie du combo. Par exemple, le concept de « Spoonman » est tout aussi délirant que la musique à proprement parler : les chœurs de Ben Shepherd s'associant à un côté très décalé, Matt Cameron troquant ses grosses caisses pour des percussions au demeurant très rudimentaires (il frappe sur des pots et des casseroles...) et il faut dire ce qu'il en est, c'est tout de même autre chose que le « Bugs » de Pearl Jam qu'on voulait bien nous faire avaler non ? Car ici, l'équipe de Cornell donne véritablement de la valeur aux travaux d'un petit artiste de rue underground de la ville de Seattle (Artis the Spoonman) en le faisant profiter d'une collaboration dans un ton tribal et très rythmé (son instrument phare étant d'ailleurs une cuillère). Autre chose étonnante, « Kickstand » est la preuve que la majeure partie de la scène grunge de Seattle s'influence entre elle-même jusqu'à créer un punk noisy comparable à celui du nouveau Pearl Jam avoisinant les une minute trente (« Vitalogy » encore ? serait-ce une idée de Brendan O'Brien ?). Pour terminer, remarquons les touches et les orchestrations orientales glissées sur « Half » qui sont bien loin d'être une chose anodine pour un morceau de Soundgarden (même si le jeu de Kim Thayil peut parfois y faire vaguement penser).

« Superunknown » est une oeuvre passionnante, riche, parmi les plus variées du Seattle Sound des 90's, raffinée aussi, même un peu expérimentale par moments et bien plus accessible que « Badmotorfinger ». En fait, c'est comme lorsque l'on contemple un paysage qui nous illumine l'esprit ou un de ces merveilleux panoramas : à chaque écoute, on trouve quelque chose de nouveau, de fascinant et on explore constamment de nouvelles pistes, d'où ce mystérieux « Like Suicide » dont nous auront notamment l'occasion de reparler plus tard.

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Silent_Flight - 07 Juillet 2014: Merci LLA, et bravo à mon confrère!
LeLoupArctique - 07 Juillet 2014: De rien, c'est pas souvent qu'on a deux textes avec la même note qui sont utiles tous les deux.
Hacktivist - 08 Juillet 2014: Merci, c'est vrai qu'avec Silent_Flight, on a souvent le même avis, que ce soit par rapport à la note ou au contenu. Mais depuis un moment, je me suis mis en tête que pour pêcher le plus d'infos et chroniquer le plus justement possible, il fallait que j'écrive sur toute la disco' du groupe et ce, en remontant jusqu'au premier album d'où la présence de deux écrits sur pas mal d'albums. Et quand je vois qu'il a déjà superbement écrit sur un album comme c'est le cas ici, j'essaie d'ajouter quelque chose de nouveau, quelques éléments en plus pour accrocher un peu plus le lecteur.
Game_system - 18 Décembre 2016: Excellente chronique, le dernier paragraphe résume parfaitement tout ce qu'est Superunknown et ce l'on ressent lors de ces écoutes. Un vrai laboratoire du rock ce disque, tout les styles y passent (doom, heavy, pop, psyché,...) pour un résultat impressionnant.
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