Dans un fugace instant de lucidité, et alors qu'ils s'étaient jusqu'alors contentés d'exprimer leur créativité dans un traditionalisme Heavy Speed
Metal mélodique,
Power Metal, saxon assez convenu, les Allemands de
Sacred Steel avaient su transcender leur imaginaire afin de nous proposer un
Bloodlust plutôt intéressant. Sans velléités aucunes d'entamer une quelconque révolution mais ayant tout de même le mérite de proposer une vision maîtrisée et acceptable de ce genre musical, ce disque avait, en effet, su nous convaincre. Rien ne laissait donc présager, en cette année 2002, que leur nouvel effort,
Slaughter Prophecy, allait déroger à ce classicisme artistique. Restait juste à savoir si le quintette allait parvenir à maintenir la bonne tenue de leur dernière livraison ou s'ils allaient replonger dans leurs travers d'antan.
Slaughter Prophecy, premier titre de ce manifeste, provoque d'emblée une surprenante et délicieuse stupéfaction qui ne pourra répondre à cette interrogation. Apre et sauvage, ce morceau, aux atours très particuliers pour ces adeptes deconservatisme, est, en effet, totalement déroutant. Sur des guitares promptes à se servir d'une agressivité qui n'est pas sans nous rappeler celle du Thrash
Metal, des voix, tantôt gutturales Death Black et tantôt Heavy suraigus, viennent nous bousculer pour un résultat étonnant. Superbement étonnant même. Ce titre, en un mélange que l'on pourrait grossièrement définir comme la rencontre improbable entre l'univers tourmenté des Autrichiens de
Belphegor et celui plus théâtral des Américains de
King Diamond, vaut, à lui seul, l'écoute de ce disque. La comparaison avec l'art des musiciens viennois pourrait paraître saugrenue s'il ne régnait pas dans cette chanson un aspect dérangeant, vicieux et pervers. Une piste remarquable donc.
Par la suite, malheureusement, même si cette obscure agressivité s'exprimera encore en de rare occasion (The
Rite of
Sacrifice,
Pagan Heart, Faces of the
Antichrist, Let the
Witches Burn), elle le fera de manière trop succincte et pas suffisamment assumé pour pleinement nous séduire.
Reste alors, outre ces moments de plaisir déjà évoqué, un fond connu qui nous donnera, certes, satisfaction mais qui sera bien moins intense que celui né de l'écoute de ces pistes audacieuses et véhémentes. En résulte une légère déception que les bons et vifs Sacred Bloody Steel et Crush The Holy
Save The Damned ou encore, par exemple, que le lancinant Lay Me To My Grave ne parviendront pas à enrayer.
Pas plus d'ailleurs que le sempiternel morceau progressif, aux longueurs péniblement infinies, venant clore cette fresque (Invocation Of The Nameless One).
Si l'œuvre précédente de ces Allemands constituait un moment crucial de la carrière de ces musiciens puisqu'ils parvenaient, enfin, à y produire un art un tant soit peu digne d'intérêt, ce
Slaughter Prophecy en constitue un autre puisqu'il s'affirme comme le premier pas de ce quintette sur le sentier d'une transition plaisante. La suite de cette mutation promet d'être séduisante pour peu qu'ils assument pleinement leurs envies en poursuivant leur route sur ce nouveau chemin. Néanmoins il n'est pas certain qu'ils consentent à le faire puisque ce faisant il leur faudrait alors, sans doute, abandonner une partie de ces caractéristiques définissant leur style autrefois. Renoncer à une partie de soi est toujours difficile. Renoncer pour mieux renaître serait pourtant, dans le cas présent, et eu égard à l'aspect convenu et désespérément conservateur de son identité artistique d'antan, une nécessité.
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