Il existe parfois des événements inexplicables voire quasi-inattendus qui arrivent pourtant plus vite qu'on ne pourrait le penser... 1991, c'est l'explosion du grunge avec l'arrivée de deux opus légendaires («
Ten » et « Nevermind » entre autres) qui hissent la ville de Seattle au centre du monde, des préoccupations actuelles, ou du moins, en devient une sorte de capitale culturelle peu commune. Là où le Big Four est naît, là où chacun d'eux et pour les nommer à présent,
Alice in Chains,
Pearl Jam,
Nirvana et
Soundgarden (et ce, même si ce dernier eut plus de mal à se faire connaître) ont aussi bien contribué par leur génie et leur talent à élever le mouvement comme une nouvelle marque de la jeunesse, une mode adulée et saluée par le public. Ce que l'on sait aussi, c'est qu'il nous vient parfois, de manière inopinée, d'assister ou de faire des rêves inexplicables. Celui du batteur Sean Kinney s'est quant à lui réalisé puisqu'un second EP au nom étrange de « Sap » est publié suite à son vœu le plus cher, succédant alors à «
We Die Young » datant de 1990.
On les retrouve donc deux ans plus tard après le succès opéré par «
Facelift » avec une mini-production acoustique que l'on ne soupçonnait peut-être pas, du fait qu'
Alice in Chains a en fait dû retardé l'enregistrement de démos issues de son futur album au profit de ce « Sap ». Cinq titres à nouveau produit par Dave Jerden donc (
Red Hot Chili Peppers,
Jane's Addiction) en plus du soutien apporté par le célèbre producteur et fondateur du
London Bridge Studio, Rick Parashar (
Pearl Jam,
Temple Of The Dog...) et accessoirement, signé par le label Columbia Records.
Le rêve devenu enfin réalité, on retrouve une première piste du nom de « Brother » à l'image de la pochette, au demeurant assez sombre, mystérieuse à cause de ces vocaux quelque peu déformés (on ne reconnaît presque plus le chant de Layne Staley) mais aussi rythmée par les percussions et teintés de fonds-sonores bluesy. Disons-le franchement, une interprétation classique, mais riche. Par ailleurs, pour ce qui est de ces dernières influences, elles nous viennent de Ann
Wilson (
Heart) qui prête sa voix en tant que guest sur notamment deux des morceaux de cet EP (à savoir « Brother » et « Am I
Inside »). Aucune hésitation à avoir puisque « Am I
Inside » remporte de loin la comparaison. Cinq minutes pour s'exprimer certes, mais alors des ambiances très dark, limites dépressives, un Staley implorant sa propre mort et plus encore, de la tristesse, de l'émotion. Un sentiment qui d'ailleurs, est largement renforcé par la présence de ce piano dramatique qui semble apporter beaucoup à la scène. En bref, un invité dont les prestations restent toutefois raisonnables, sans non plus, faire sensation à chacune de ces interventions (sur « Am I
Inside » par exemple, elle apporte comme un message d'espoir qui contrebalance avec l'atmosphère sombre des couplets).
Qui n'a jamais osé s'imaginer toutes les stars du grunge réunies sous une même bannière, interpréter sous la lueur des projecteurs, un titre fusionnel, un titre qui rassemble ? De mémoire,
Temple Of The Dog l'avait fait lui sauf qu'il s'agissait néanmoins d'un album-éponyme hommage rendu à Andrew Wood qui non dénué d'une certaine émotion, venait d'autant plus fragiliser, affecter Cornell ainsi que tout le reste de la scène alternative. Tout ça pour en venir finalement à évoquer une rare perle du mouvement grunge nommée « Right Turn » (le virage à droite?). Interprétée par un supergroupe spécialement crée pour l'occasion, Alice Mudgarden, la combinaison d'artistes n'en reste pas moins des plus alléchantes :
Alice in Chains bien sûr, Chris Cornell (
Soundgarden, ex-
Temple Of The Dog) et Mark Arm (
Mudhoney, ex-
Green River). On y croise donc un Staley qui nous gratifie d'un chant plutôt doux, léger voire aérien, le timbre si particulier de Cornell qui s'impose tout naturellement et un Mark Arm démoniaque, au chant grave, sombre et fortement psychédélique que l'on aurait aimé entendre bien plus longtemps. Puis, lorsque tous partent en éclat et y vont de leur plein grès sur la dernière minute, le titre réussit à atteindre une forme d'osmose musicale, un équilibre des voix très agréable.
Mais c'est certain, rien à voir du tout avec le fameux «
Facelift ». On en a par ailleurs la preuve avec le free jazz bien barré conceptualisé par « Love Song ».
Pure coïncidence, cet ovni fantomatique semble se rapprocher de près du très bordélique mais amusant «
Circle of
Power » de
Soundgarden. C'est délirant d'ingéniosité bien entendu, mais là n'est pas forcément le seul point commun car tous nos musiciens (chanteur y compris) ont déposé leurs instruments d'origine pour les échanger entre-eux. Nous ne l'avions pas cité auparavant mais il se trouve aussi que dans le rôle de la chanteuse pseudo-opéra dramatique style la castafiore, Ann
Wilson n'est pas trop mal non plus. Décalé, ça l'est forcément puisqu'en plus de jouer sur un piano décidément maudit, Sean Kinney tente tant bien que mal de se faire entendre en hurlant des 'mots d'amour' à sa belle diva dans son mégaphone. Au-delà de ça, on a tout de même droit à des accélérations piano/batterie (Staley officiant désormais derrière les grosses caisses) fort étranges car mêlé à un capharnaüm indescriptible.
« Sap » est le produit d'un rêve. Une étape par laquelle les fanas de
Alice in Chains devront obligatoirement passer. Mystérieux, riche, original, sombre, passionnant voire complètement farfelu... Bref, plongez la tête dans le seau, vous verrez bien ce qu'il y a à dénicher.
Moi en tout cas, je me suis vraiment pris d'affection pour "Right Turn" (de Alice Mudgarden quand même) et l'expérimentale et délirante "Love Song". C'est certain, tu le trouveras sans doute plus original que celui que tu vient d'évoquer bien qu'on a rarement vu le combo composer des titres comme ça. Je dirais qu'à la limite, les morceaux les plus communs sont les deux premiers. Deux morceaux qui par ailleurs restent ceux qui sont les plus défendus dans leurs albums live parce qu'ils représentent peut-être plus l'esprit du groupe.
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