Rainier Fog

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17/20
Nom du groupe Alice In Chains
Nom de l'album Rainier Fog
Type Album
Date de parution 24 Août 2018
Labels BMG Records
Style MusicalGrunge
Membres possèdant cet album55

Tracklist

1.
 The One You Know
 
2.
 Rainier Fog
 
3.
 Red Giant
 
4.
 Fly
 
5.
 Drone
 
6.
 Deaf Ears Blind Eyes
 
7.
 Maybe
 
8.
 So Far Under
 
9.
 Never Fade
 
10.
 All I Am
 

Chronique @ JeanEdernDesecrator

03 Septembre 2018

Retour apaisé à Seattle

Parmi les fleurons du grunge des 90's, difficile de trouver un canon stylistique entre Nirvana, Soundgarden, Pearl Jam et Alice In Chains. Ni rock, ni metal, ni punk mais un peu tout cela à la fois, ils avaient en commun de venir de Seattle, des influences seventies, des textes plongeant la plume dans des états dépressifs, et le refus des étiquettes. En particulier celle qu'on essayait de leur coller sur le front.

Alice In Chains était un poil plus metal que ses petits camarades, comme on a pu l'entendre sur son premier effort, "Facelift". Un album de riffs de plomb, d'où émergeait le duo formé par un chanteur habité jusqu'au 36ème dessous, Layne Staley, et un guitariste surinspiré, Jerry Cantrell. Les deux compères faisaient en outre de nombreuses harmonies vocales, signature immédiatement reconnaissable du groupe.
Le deuxième lp, "Dirt" plus rock, varié et ciselé dans une poussière âpre et chaude, est devenu un des albums metal marquants des années 90, avec des classiques comme "Rooster" ou "Would?". Après quelques expériences acoustiques, un troisième album sobrement intitulé "Alice In Chains" fut le digne successeur de "Dirt", tout en étant incroyablement sombre. Mais le chanteur Layne Staley s'enfonçait de manière irrémédiable dans la drogue, et succomba d'une overdose en 2002.


L'autre point commun des groupes dits grunge est malheureusement les décès de leurs frontmen, depuis Kurt Cobain en 1994, Layne Staley et récemment Chris Cornell, et ce serait chou de remonter le moral d'Eddie Vedder, avant qu'il ne fasse une bêtise, on ne sait jamais...


Jerry Cantrell a poursuivi en solo, accompagné des rescapés, le bassiste Mike Inez et du batteur Sean Kinney, sur deux albums hantés par le souvenir de Layne. Alice In Chains renait de ses cendres en 2005, et a surmonté cette perte a priori insurmontable avec l'arrivée du sémillant William Duvall. Si ses performances vocales font parfaitement illusion, surtout dans les harmonies avec Jerry Cantrell, il n'était pas évident que la mayonnaise prenne.

Le groupe avait fait le choix de faire des concerts avant de se lancer plus avant.
Je me rappelle avoir découvert en live le fantôme Alice In Chains de retour avec William au Hellfest en 2008, si je ne m'abuse, et j'avais été un peu déstabilisé d'entendre une bonne imitation de Layne Staley, mais avec une attitude de sa part un peu... rock star à la cool qui détonnait un peu.

Cependant, le bouillonnant William a su trouver sa place, et former un vrai duo créatif avec Jerry. Il est aussi guitariste et a participé avec un rôle croissant depuis le très bon album du retour "Black Gives Way to Blue", en 2009, puis "The Devil Puts Dinosaurs Here", sorti en 2013... jusqu'au sixième Lp qui nous intéresse ici, "Rainier Fog". L'album tire son nom du Mont Rainier, emblématique de Seattle (et non de la famille royale de Monaco).

On constate que le groupe est toujours aussi efficace avec sa lourdescence, comme sur le titre d'ouverture "The One You Know", qui martèle son accord plombé pour vous faire rentrer son refrain addictif dans la tête. Ou encore le serpent "Drone"qui rampe à la croisée de Black Sabbath et Led Zeppelin, ou "So Far Under" tiré vers le bas par des bends hypnotiques. On pourra citer aussi "Deaf Blind Eyes", très réussi dans le même esprit Led Sabbath Beatlesien.

Mais comme toujours, le groupe tente de s'extirper des ténèbres vers la lumière avec des morceaux portés avec entrain, comme avec "Never Fade", presque hard rock dans l'esprit, ou la ballade "Fly" trop sage à mon goût, enjolivée par des interventions de guitare et des soli très calibrés pour les oreilles radio-américaines. Ou "Maybe", tout en harmonies vocales, qui sont très réussies sur cet album. Il faut dire que les harmonies vocales, c'est comme le caramel beurre salé, à la première bouchée on trouve ça super bon, mais très vite ça peut écoeurer franchement. Elles sont ici savamment dosées pour ne pas envahir l'espace sonore.

Entre ces extrêmes de noirceur et de blancheur colombe, il y a des titres comme "Rainier Fog", "Red Giant" qui avancent lentement dans un entre deux eaux ondoyant, en mélangeant tous les ingrédients suaves et amers en même temps . "All I Am", qui clôt de belle manière ce sixième lp d'Alice In Chains, illustre bien cela, mélancolique et aérien, sur près de 7 minutes.

D'ailleurs, tout l'album est très mid-tempo, tantôt lourd, tantôt indolent, tantôt entraînant, et cet océan rythmique manque un peu de relief. Il vous berce sans jamais vous secouer, et j'aurais aimé trouver un Mont Rainier en termes d'intensité dans ce lp. C'est là que la section rythmique, plutôt discrète, aurait pu impulser vraiment une énergie au lieu de juste la souligner. La basse de Mike Inez n'est pas très présente, mais les guitares ne sont pas envahissantes pour autant. Tout semble mixé en équilibre, pour privilégier un rendu mélodique sophistiqué et cohérent sur l'ensemble de la musique -voix comprises.

Pour conclure, le groupe confirme que son retour avec le duo Cantrell-Duvall n'a rien d'opportuniste, et qu'il oeuvre dans la continuité de leur première période avec Layne, le chaos en moins. Alice In Chains a peut-être perdu son aura culte, mais se trouve apaisé pour poursuivre son chemin créatif.

17 Commentaires

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drrock - 23 Mai 2019:

Oui krashno, AIC n'est clairement pas une musique vite avalée/vite recrachée. J'ignore pourquoi, mais mon instintc me guide inexorablement vers ce fameux "Black Gives Way to Blue".

Mes oreilles étant restées totalement étrangères à la musique du groupe durant toutes ces années, j'avoue que découvrir à quel point leur univers était à ce point lourd et sombre fut une vraie surprise. Dans le bon sens du terme d'ailleurs car mes inclinaisons en matière de Metal se portent bien souvent en direction de ces tempos lourds et appuyés plutôt que de tout ce qui émane de la part de tous ces groupes pour qui Heavy Metal ne se conjugue qu'à grands coups de double grosses caisses, de pyrothechnie guitaristique ou de vitesse en tous genres. Mais il est tout aussi vrai que AIC n'est pas à ranger dans cette catégorie là. Ca musique a quelque chose de très introspectif. Et ça aussi je ne me l'imaginais pas.

Merci d'avoir, à votre tour, apporté votre éclairage averti. On n'est clairement pas sur Amazon ici laugh

krashno - 24 Mai 2019:

Drrock, première chose si tu veux, on peut se dire "tu". deuxième chose, tu as parfaitement résumé l'esprit  d' A.I.C, c'est un groupe envoutant et sombre, et ton choix de Black Gives Way... est pertinent après Rainier Fog. Tu vas vraiment aimer. (ps: LAst Of My Kind et Acide  Bubble ont longtemps été des plages qui m'ont rebuté, alternant le beau et le "tordu" et que j'aime beaucoup aujourd'hui).

Bonne plongée dans l'univers d'Alice; tu ne vas pas le regretter, leur discographie est vraiment de grande qualité. ALors, à plus, tu me diras ce que tu as pensé de Black Gives Way...

 

drrock - 24 Mai 2019:

Oui krashno, je n'hésiterai pas bien entendu. En revanche ce ne sera pas pour tout de suite car mes derniers achats ont été plutôt nombreux ces derniers temps. Et si mes oreilles se régalent, mon porte-feuille fait lui un peu la tronche.

  

David_Bordg - 25 Mai 2019:

Normal qu’il fasse la tranche, 2019 est une année absolument phénoménale avec que des sorties de folies et en pagaille. A devenir chèvre. Pour ALICE IN CHAINS ils sont tous terribles, même si DIRT et l'éponyme sont mes deux préférés.

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