Rescue & Restore

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Nom du groupe August Burns Red
Nom de l'album Rescue & Restore
Type Album
Date de parution 25 Juin 2013
Produit par Carson Slovak
Style MusicalMetalcore
Membres possèdant cet album71

Tracklist

1. Provision
2. Treatment
3. Spirit Breaker
4. Count It All As Lost
5. Sincerity
6. Creative Captivity
7. Fault Line
8. Beauty in Tragedy
9. Animals
10. Echoes
11. The First Step

Chronique @ Mr4444

18 Juillet 2013

Pour écraser, album après album, une concurrence de moins en moins nombreuse et surtout de plus en plus faible

Le Metalcore est une planète torturée. Surfant sur la vague de réussite des grosses écuries, nombre de groupes s’évertuent année après année à nous ressortir la même soupasse infect de mélodies sucrées faussement brutales. Loin de moi l’envie de m’attirer les foudres des coreux, je ne citerais aucun nom, libre à vous de nommer, ou non, ce qui représente à aujourd’hui ce que nous appellerons vulgairement le « Metalcore 2.0 ».

Les gloires d’hier ont du mal à tenir la cadence. Entre les Sonic Syndicate ou Bullet For My Valentine coulant album après album, ou bien Parkway Drive et As I Lay Dying se contentant bien trop souvent de garder tant bien que mal la cadence pour continuer à sortir des albums bons, au-dessus de la moyenne, mais s’extirpant difficilement du grand manque d’originalité d’une scène passant le plus clair de son temps à se saborder d’ersatz. Alors au même titre que Trivium, Lamb Of God (différemment, certes) et Killswitch Engage (pour ne citer qu'eux), August Burns Red dispose d’un immense boulevard pour continuer d’établir sa suprématie sur le monde du Metalcore.

Il aurait été vraiment cocasse que la naissance du nom du groupe soit réellement liée à la mise à feu du chien de John Hersey, Redd, par son ex petite amie, August. En dix ans de vie, August Burns Red aura imposé son Metalcore Technique pour écraser, album après album, une concurrence de moins en moins nombreuse et surtout de plus en plus faible. Affirmant sans sourciller son style d'année en année, le groupe n’aura vu émailler son existence que par deux changements de chanteurs consécutifs, peu après le premier brûlot, « Thrill Seeker ».

Une poignée de mois après le petit plaisir instrumental « Sleddin’ Hill : A Holiday Album » (à base de chants de Noël Metalcorisé et rafraichissant), le groupe revient sur le devant de la scène avec ce cinquième album, « Rescue & Restore », continuant peu à peu le chemin de ce Metalcore, à la fois technique, mélodique et puissant.

« Provision » est un titre introducteur qui sied parfaitement à l’esprit d’August Burns Red. Véritable fer de lance de la volonté du groupe de faire de cet album le plus ambitieux de leur discographie, ce titre condense en quatre minutes le meilleur du savoir-faire du groupe : un chant variant intelligemment entre growls furieux et cris strident, deux guitares se complétant aisément, l’une dans la brutalité et la lourdeur, la seconde dans sa suite de soli mélodiques, un batteur claquant une vitesse de frappe de virtuose et une basse n’hésitant pas à apposer sa mécanique sur les multiples breaks.

L’album se construira sur ce modèle, des chansons bruts et directs, relayés avec talent par un sens mélodique et atmosphérique prenant. Le single de l’album, « Fault Line », l’illustre plutôt parfaitement. Jake Luhrs crachant sa haine avec une émotion toute particulière, une suite musicale impitoyable dans sa mélancolie brutale, ces chœurs furieux… Parfaite introduction d’un « Beauty in Tragedy » plus « posé », mais en gardant cette patte rapide et technique, rythmée par un Matt Greiner des grands jours, véritables pieuvres humaines, frappant sur ces fûts avec une technique aussi déstructurée que parfaitement en ordre. Le break sera d’ailleurs l’occasion de profiter des rares incursions de Jake en chant clair. Bien que son timbre de voix soit « commun » dans le milieu du Metalcore, ces passages étant extrêmement rares dans la musique du groupe n’en dénaturent en aucun cas la performance et permettent de souffler agréablement.

Sous le coude d’une musique technique, le groupe garde en réserve des morceaux plus courts, directs, violents, comme un « Sincerity » jouant sur des bifurcations vocales complètement folle, entre grave et suraiguë (en vous situant en exemple les échanges vocaux des vieux Black Bomb A, la comparaison s’arrêtera là), ou bien un « Count It All as Lost » gardant une veine Metalcore plus évidente, en conservant toujours l’irréprochable technique musicale des Américains, bifurquant de passages massifs en blast à des moments plus mélodiques, apportant du cœur et du corps aux compositions, aussi bien sur les échanges vocaux, Jake n’hésitant pas à vomir ses tripes sur des growls de génie.

Il m’est déjà arrivé d’entendre parler de « Metalcore Progressif » en lisant divers articles sur ce groupe. Loin de la véritable veine du Metal Progressif, un titre comme « Spirit Breaker » peut y être, un peu, assimilé. Mettant davantage en avant une atmosphère épique, les solos sont nombreux en arrière-plan des cris de dément de Jake, alors que les coupures et les rythmes changeants y sont nombreux, notamment ces passages de basse et l’introduction tout en douceur et en violon, ou encore ce court break ambiant accompagné de ce chant calme, parlé. Il en va de même pour « Treatment », bien plus complexe que son introduction Metalcore-basique ne le laisse supposer. Les riffs varies très rapidement afin d’apposer une atmosphère malsaine et lourde, entrecoupé à de nombreuses reprises de courts solos atmosphériques ou encore d’un break à la guitare acoustique et au violon, apposant une ambiance extraordinaire quand il s’agit de redémarrer.

La curieuse « Animals » pourrait même faire un peu penser au monde oriental sur l’orientation des riffs mélodique, presque arabisant, solennel, contrastant encore parfaitement avec la brutalité ambiante des growls et de la première guitare. Le break de solo de basse est aussi excellent que le petit passage presque dansant complètement en chœur avec les cris extrêmement graves de Jake. Toujours dans la curiosité, « Echoes » appose une atmosphère différente, très intéressante. Une introduction acoustique-électrique, des riffs électriques sur un modèle faussement calme. Le jeu extraordinaire du batteur prolongera cet effet de chanson fourre-tout, mais toujours avec du sens. Le final presque en forme de chorale pourra également surprendre par son efficacité.

Un titre comme « Creative Captivity » n’aura jamais aussi bien porté son nom. Dans une atmosphère en grande partie instrumentale, le groupe propulse un mélange particulièrement adroit et émouvant de Metalcore et de Post-Rock. Un titre extrêmement mélancolique et magnifique, qui m’aura donné des frissons de nombreuses fois, bien aidé par les cris de Jack en arrière-plan tout d’abord puis bien plus puissant ensuite. L’apport de différents instruments, tel que ce violon, ou encore d’une trompette (ou clarinette ?) révélera une démarche extrêmement intéressante du groupe.

Et pour conclure un album comme celui-ci en beauté, rien ne vaut le bordel auditif de « The First Step ». Plus Heavy sur sa musicalité, le groupe organise un massacre auditif parfaitement organisé, violent, haineux… Chacun des musiciens s’applique à la perfection pour faire ressortir le meilleur de leurs instruments. Autant bordélique que carré, les guitaristes imposent de nombreux solos tous plus intéressants les uns que les autres, pendant que Jack expérimente le chant hurlé en « haut-parleur » pour continuer à faire monter la pression jusqu’à un final sec et s’arrêtant brusquement.

Au milieu de ce paysage musical, la présence d'August Burns Red rassure. Au travers d’un Metalcore toujours plus technique et exigeant, les Américains prouvent continuellement album après album qu’ils ont encore de nombreuses idées à exploiter. Avec ce cinquième album abouti du début à la fin, ABR prouve à qui en doute encore que ce groupe mérite sa place parmi l’élite du Metalcore, ne serait-ce que pour la constance de la qualité d’écriture et de compositions.

20 Commentaires

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AkerfeldtOpeth - 21 Juillet 2013: Je ne sais pas s'ils ecrasent la concurrence, mais on peut dire qu'ils ont bien bossé sur cet opus
kiss33 - 28 Octobre 2013: merci pour la chro je suis entièrement d'accord avec toi ! j'adore Messengers et Constellations (j'ai pas Leveler par contre) mais un seul "point noir" j'adore AILD désolé leur dernier est juste énorme certes c'est pas tout à fait le même metalcore mais AILD fait partie des groupes de ce genre qui ne déçoivent pas avec ABR ! et y a Threat Signal aussi dans les bons ;)
TheWhiteCrow - 29 Juillet 2014: C'est vrai l'histoire du chien ? x)
Mr4444 - 01 Août 2014: Il ne me semble pas, JB l'avait déclaré dans une interview il y a 3-4 ans, je crois. Mais pour la petite histoire, il paraitrait que le groupe s'amuse à créer pas mal de scénario différent par rapport à la création du nom, et cette histoire de chien est, je pense, qu'une des multiples inventions ^^ mais c'est celle qui revient le plus souvent, puis rien que de l'imaginer ... *esprit sadique niark*
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Chronique @ Paillou

22 Juillet 2013

La dimension artistique insufflée ici est minorée par une mécanique de composition frustrante.

Piliers centraux de la scène metalcore, les August Burns Red n'ont clairement plus à rendre compte de leur légitimité: du début de carrière tonitruant signalé par l'assassin “Thrill Seeker” au presque parfait “Constellations”, en passant par le non moins excellent “Messengers”, les Américains n'ont laissé aucune chance à la concurrence, s'imposant naturellement en tête de file, aux côtés des Australiens de Parkway Drive. Une césure considérable est engagée avec la sortie du mystérieux et expérimental “Leveler”, difficile d'accès, mais se révélant être un nouveau coup de génie, combinant à la fois cette violence sèche et un versant plus mélodique et peaufinée. Après la bonne blague héritée du dispensable “Sleddin' Hill: a Holiday Album”, les coreux reviennent avec “Rescue and Restore”, qui suscite une interrogation de taille: quelle orientation musicale suite au surprenant “Leveler”?

Qu'on le dise d'emblée: August Burns Red ne reviendront pas à une musique aussi directe que celle assénée par le passé. Indéniablement, “Leveler” vient à l'esprit quand on évoque ce “Rescue and Restore”, avec un canevas sonore toujours très diversifié, aussi expérimental qu'en 2011 (voire plus) et orienté vers une certaine souplesse d'exécution. Pour autant, la quintette conserve une part non-négligeable de puissance: “Treatment” ou encore “Fault Line” confirment cette impression, sur un rythme soutenu où l'on parade à la vitesse imposée par des guitaristes en grande forme. Plus intermittents, les passages véloces sont encore de la partie, que ce soir sur l'intro speed mais néanmoins mélodique de “Beauty In Tragedy” ou celle totalement insaisissable de “The First Step”.

Il faut alors insister sur cette notion d'intermittence pour comprendre la logique qui dicte ce “Rescue and Restore”, August Burns Red consacrant une partie importante de son œuvre au potentiel dont recèle l'ambivalence de la puissance et de la mélodie, du rudimentaire et de l'expérimental. Dans cet exercice, les Américains s'en sortent convenablement, mais avec des contrastes. Pour ce qui est du bon, on le trouve du côté de la fluidité des transitions et des contrastes: tirant le meilleur de l'expérience “Leveler”, August Burns Red atteignent un niveau d'osmose que l'on n'aurait pas pu deviner par le passé; il s'agit d'agrémenter leur musique d'une subtilité maintenant maîtrisée et que l'on retrouve de manière constante sur cet opus, de l'intro aux violons de “Spirit Breaker” relayée par les lignes mélodiques des six cordes et la transition réussie à la basse, sur laquelle s'imprime le chant parlé de Jake Luhrs, jusqu'à la sublime “Echoes”, son interlude en tapping et ses chœurs savamment dosés.

Arrive, cependant, et presque fatalement, le moment où l'expérimentation trouve ses limites. En effet, August Burns Red, en persévérant dans cette voie alternative, qui vise à concilier le metalcore avec des aspirations plus artistiques, cèdent à des automatismes inquiétants. Ce “Rescue and Restore” pousse son avantage premier (la fluidité fusionnelle de ses compositions) trop loin, ce qui donne lieu à pas mal de répétitions, l'exemple le plus flagrant étant les césures récurrentes en plein milieu des morceaux: quasiment aucune piste n'échappe à ce découpage binaire qui, avouons-le, lasse sur le long terme. C'est là que “Leveler” surprenait d'avantage, car il intégrait ces éléments nouveaux dans une multitude de schèmes et de possibilités, faisant de l'imprévisibilité une caractéristique de choix, qui s'alliait avec le dosage strict mais nécessaire des influences, pour éviter une monotonie d'ensemble.

Corrélat du défaut précédemment cité, le rythme est trop souvent noyé, les interludes coupent une dynamique qui aurait eu besoin de se prolonger sur un morceau entier: quel dommage de sectionner un titre tel que “Count It All As Lost”, si puissant et rageur! Le suit heureusement l'intarissable “Sincerity”, sans compromis aucun, déferlante qui aurait trouver sa place sur “Constellations” et l'on aurait d'ailleurs apprécié plus de titres de la sorte, avec une ossature unique et longévive, qui sauraient intégrer cet armada d'influences originales sans forcément effectuer un marquage si inflexible lorsque ces mêmes influences refont surface.

Cette carence de composition (si on peut la nommer ainsi...) demeure camouflée en partie par l'insolente maîtrise des musiciens, au premier rang desquels Jake Luhrs, qui a atteint un niveau sans précédent au niveau du chant, intégrant une dose d'émotion qui sied au tournant mélodique pris par le groupe; en outre, Rambler et Brubaker, respectivement guitariste rythmique et soliste font preuve d'une cohésion remarquable et parviennent sans cesse à transcender les compositions (la géniale “Creative Captivity”, “Spirit Breaker”...).

Enfin, il reste tout de même difficile de blâmer la démarche d'August Burns Red, tant l'infusion artistiquement nouvelle est rare dans le milieu du metalcore, si bien qu'on retient le meilleur plutôt que le moins bon. Qui aurait cru que des symphonies composées de piano, de violons, de trompette se mélangeraient si aisément avec la musique térébrante des Américains? On croyait avoir atteint le summum de l'expérimentation avec le “Dark Days” de Parkway Drive, il n'en est rien. August Burns Red se positionnent en pionner d'un genre nouveau, que l'on serait bien incapable de nommer.
Évolution assumée mais structurellement imparfaite, “Rescue and Restore” met à profit l'expérience de la quintette de Mainhem, qui délivre une musique résolument différente de ses premiers méfaits, privilégiant l'aspect expérimental, déjà évoqué sur “Leveler”, mais à laquelle il manque une certaine diversité d'exécution. Il faudra veiller par la suite à ne pas sacrifier cette originalité rafraîchissante au profit d'une certaine mécanique de composition...

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