Avec "
Remagine",
After Forever nous tend un miroir. Mais cette fois, ce n’est plus pour y voir les fractures de l’enfance ou les fantômes du passé : c’est pour réapprendre à s’y reconnaître, à s’y reconstruire. Après l’introspection crue et dramatique de "
Invisible Circles", le groupe opère une mue sensible, sans renier sa profondeur.
Remagine n’est pas un virage opportuniste — c’est un recentrage, une respiration nouvelle, une affirmation lumineuse née de la nuit.
Dès "Come", on sent le changement. Le morceau est tendu, direct, libérateur. Il appelle à l’éveil, comme une secousse douce mais déterminée. Ici, pas de longues introductions orchestrales, pas de fioritures symphoniques superflues. Le groupe a choisi la substance émotionnelle avant la forme théâtrale. Et ça fonctionne.
Car "
Remagine" est avant tout un album de reprise de contrôle. Il parle de choix, de responsabilités, d’identité, de résilience. Il dit que l’on peut être brisé mais debout, que l’on peut porter mille visages sans perdre son âme. Le morceau "
Being Everyone" incarne parfaitement cela : un hymne identitaire qui revendique la multiplicité de l’être, sans contradiction. La mélodie est limpide, presque pop, mais jamais plate.
Floor Jansen y est souveraine : plus que jamais, elle chante avec le corps entier, pas seulement la voix.
Ce qui frappe dans cet album, c’est sa lucidité bienveillante. Il y a encore de la rage — "Face Your Demons" en est le cri le plus frontal — mais elle est canalisée, orientée, transformée en énergie d’action. Ce n’est plus la rage du chaos, c’est celle de la libération, de la confrontation saine à ce qui nous hante. Les growls de Sander Gommans y trouvent une utilité précise, en dialogue avec la clarté émotionnelle de
Floor.
Dans un registre plus intime, "Strong" est un sommet de sobriété et de puissance émotionnelle. C’est une ballade sans pathos, qui parle de cicatrisation, de confiance retrouvée. L’orchestration est discrète, le propos universel. Ce morceau aurait pu être banal dans d’autres mains — ici, il devient un point de bascule, un centre de gravité.
Musicalement, le groupe adopte une approche plus resserrée : des structures plus directes, des guitares plus franches, des claviers plus modernes, parfois même électroniques. Ce n’est pas un appauvrissement, c’est une clarification stylistique. Chaque élément est là pour servir l’émotion, rien n’est là pour faire joli.
After Forever devient plus adulte, moins démonstratif, plus incarné.
Et
Floor, dans tout cela ? Elle est au sommet de son métier d’interprète. Elle ne cherche plus à impressionner : elle habite. Elle murmure, elle exulte, elle console, elle affronte. Elle est cette voix qui nous dit : “Tu peux tout réécrire. Tu peux
Remaginer.”
En conclusion : "
Remagine" est un album de maturité, de reconquête et de lumière contenue. Il ne renie rien du passé, mais refuse d’en être prisonnier. C’est un disque qui parle de choix, de volonté, d’imagination comme force de guérison. Moins baroque, plus synthétique, mais toujours profond, il incarne cette étape rare où un groupe ne cherche plus à convaincre — il dit ce qu’il a à dire, avec justesse, avec cœur, avec courage.
Un disque à la fois doux et fort, introspectif mais déterminé. Une étape essentielle.
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