Origins

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Nom du groupe Shaman (BRA)
Nom de l'album Origins
Type Album
Date de parution Juin 2010
Labels AFM Records
Style MusicalPower Progressif
Membres possèdant cet album34

Tracklist

1. Origins (The Day I Died)
2. Lethal Awakening
3. Inferno Veil
4. Ego (Part I)
5. Ego (Part II)
6. Finally Home
7. Rising Up Your Life
8. No Mind
9. Blind Messiah
10. S.S.D. (Signed, Sealed & Delivered)
Bonustrack
11. Kurenai (X Japan Cover)

Chronique @ Eternalis

11 Fevrier 2011

C’est tout le paradoxe de ce disque, parfait objectivement mais qui, subjectivement, ne parvient pas à emporter [...]

« L’éternité c’est long, surtout vers la fin »
Woody Allen

Quoi de mieux après avoir visité les affres de l’Immortalité que de se pencher vers nos propres origines ? Never looking back ? Et pourtant…
C’est probablement lorsque l’on pense qu’un artiste est au plus profond du gouffre qu’il tentera le plus résolument possible à démontrer que son savoir est éternel et que, surtout, il est plus vivant que jamais. C’est en travaillant à une œuvre impérissable que l’on devient éternel, dit-on.
Shaman fait partie de ces groupes à la destinée extravagante, né sous les cendres encore fumantes d’Angra. Naissance provoquée d’un divorce commun et d’abord impensable, Shaman se compose d’une charnière alors solide comme un roc, entre André Matos, le taulier Ricardo Confessori et le plus discret mais indispensable Luis Mariutti, où viendra se greffer son frère à la six-cordes, Hugo.
Deux albums…deux légendes désormais, chef d’œuvre d’inventivité et de créativité pour l’un ("Ritual"), d’émotion, d’intelligence musicale et de poésie pour l’autre ("Reason")…puis le split, lui aussi inévitable mais plus incompréhensible.
Quelques années plus tard, personne n’a jamais réellement compris…

Reste que si André, aidé des deux frères, continua à voguer sous son propre nom avec un succès tout aussi relatif mais une importante désillusion musicale ("Mentalize" pour ne pas le citer), Ricardo Confessori décida courageusement de suivre la voie, non sans une certaine ironie de la part d’un Matos dont on ne sait aujourd’hui plus quoi penser.
Trois nouveaux membres…un album, "Immortal", pour symboliser une vie qui n’est pas près de s’arrêter, des concerts, deux dvd…Shaman désirait prouver qu’il était plus vivant que jamais. C’est aujourd’hui aux racines de cette vie qu’il désire revenir, en retraçant le périple véritable d’un jeune shaman, de la découverte de son don à l’apprentissage en passant par les cruelles épreuves de la vie.
"Origins" était né.

Dès le premier regard, c’est l’onirique et magnifique artwork qui attire l’attention, prenant toute sa dimension lorsque l’on prend la peine de le déplier, le livret prenant la forme d’un immense poster. Ce bleu intense, évoquant celui du livret de "Reason", tranche radicalement avec les couleurs agressives de son prédécesseur. Plus froid, plus profond. "Origins", sans représenter un nouveau départ, symbolise un line-up aujourd’hui soudé, n’ayant plus à supporter la pression sur ses épaules. Que de bonnes volontés…néanmoins, la magie des deux premiers opus reste bien loin.

Définitivement plus agressif et hargneux que jamais, "Lethal Awakening" prend à la gorge l’auditeur dès les premières secondes, et s’installe comme l’un des morceaux les plus brutaux ouvrant un disque de Shaman, à la technicité affolante, à l’image du riff d’ouverture monstrueux de rapidité, s’ouvrant rapidement sur une ligne mélodique typique d’Angra. Thiago Bianchi reste dans la même veine que sur l’opus précédent, agressif et haut perché, parfois en décalage avec l’instrumentation mais montrant une détermination et une volonté salutaire. La production, réalisée par le vocaliste, se veut encore une fois très progressive, métallique et claquante, pas assez encline aux atmosphères probablement, même si on retiendra ici un final splendide, où Thiago s’envole dans des aigus qui, même s’il les maîtrise imparfaitement, marque justement par cette humanité imparfaite représentant parfaitement le concept. "Inferno Veil" enfonce le clou avec un riff monstrueux, un beat de batterie proche du blast et une intensité que l’on n'avait encore jamais entendue chez les Brésiliens. Leo Mancini se régale en distillant des riffs tous plus épais les uns que les autres, tandis que Thiago, sûrement plus à l’aise sur ce genre de morceau hyper-agressif, se veut complètement à son aise, dévoilant le spectre plus que large de son organe vocal. Des lignes de piano viennent se balader entre les riffs, indépendantes et volontaires, à l’instar d’un "Distant Thunder" ou d’un "Tribal by Blood"…pour conserver l’héritage. Et ce solo…

Alors qu’est-ce qui cloche ? Peut-être ce sentiment global de ne pas toucher du doigt le divin, de ne pas respirer la créativité comme avant, de ne simplement plus être génial mais « juste » au-dessus du lot. Le fardeau d’un nom sûrement trop lourd à porter.

Néanmoins, on ne retiendra presque que du positif. La superbe suite "Ego pt I" / "Ego pt II", rappelant les auditeurs aux bons souvenirs d’Angra. Magnifique introduction aux percussions brésiliennes, ouvrant sur une mélodie superbe à la guitare et au clavier, montant rapidement en puissance (cette densité de jeu impressionnante de Ricardo, évoquant les meilleurs passages de "Holy Land") pour se révéler une nouvelle fois très intense et agressive. "No Mind" développe également la même gamme de sensations mais commence à essouffler le schéma…tout est bien fait, bien réalisé, bien produit…mais que ce soit un Thiago parfois poussif, c’est peut-être ce manque d’émotion pure qui manque parfois (ce refrain n’est-il pourtant pas, une fois de plus, très beau ?).

C’est tout le paradoxe de ce disque, parfait objectivement mais qui, subjectivement, ne parvient pas à emporter complètement l’auditeur avec lui. "Finally Home" retrouve les vertus du groupe, ses envolées lyriques, sa beauté naturelle, son ambiance dépaysante, étrange, « shamanique » dirons-nous, mystérieuse…Une mélodie, simple, pure, belle simplement…laissant cette sensation de légèreté, de bonheur et de poésie, particulièrement sur le plus beau solo de l’album, véritable merveille d’inspiration de Léo.
"S.S.D (Signed, Sealed & Delivered)" ferme l’épopée dans une sensation similaire à celle de "The Yellow Brick Road". De quiétude…d’une pureté infinie. Là où la mélodie finale de flute de pan déchirait les tripes sur le final d’"Immortal", ici ce sera, lorsque l’on pense que tout est fini, cette mélodie de claviers, sublime à pleurer, fermant ce morceau acoustique et très folklorique, prenant et beau, sur lequel Thiago s’y révèle complètement à ses aises, susurrant parfois ses mots, touché par la grâce.

Parfait ? Non.
Décevant ? En aucun cas.
Mauvais ? Il n’en est pas question…
Shaman vit simplement avec un patrimoine et une culture difficile à porter et pêche à concrétiser comme le fit Angra avec son majestueux et (presque ?) parfait "Temple of Shadows". Néanmoins, c’est encore un beau voyage que nous offrent les Brésiliens, et même si nous n’y retournerons pas forcément constamment, ça sera indéniablement une bouffée d’air frais bienvenue à chaque fois pour quiconque prend la musique comme un voyage, et un album comme une destination…

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Silent_Flight - 11 Fevrier 2011: Mais euh t'as pas le droit de me faire de l'ombre :(
Bonne chronique l'ami, je pense qu'avec le temps mon avis rejoint un plus le tiens, mais Origins est certainement ce que les brésiliens nous on offert de moins intéressant.
skull_revenge - 11 Fevrier 2011: Très bonne chronique.
J'ai bien aimé cet album, sans pour autant l'adorer. Après, je ne suis pas très connaisseuse du genre. Et oui, à la base, c'est surtout la pochette qui m'a tapé dans l'œil et qui m'a poussé à écouter ce disque. C'est plutôt rare que j'agisse de la sorte et Ô miracle, je ne suis pas mal tombée.
Donc voilà, un disque plutôt bon dans l'ensemble ... Qui fait effectivement voyager ...
La structure des compos m'a bien plu également.C'est bien fichu, faut dire ce qui est. Peut-être un peu trop répétitif à mon goût, pour ce genre de musique, mais ce n'est pas des plus dérangeants. Le chant se cale plutôt bien à l'instru, c'est très agréable ... Mais si je ne suis pas friande de ce type de voix.
AlonewithL - 11 Fevrier 2011: La pochette m'a aussi tapé dans l'oeil, mais dans l'autre sens (moins moche que les pochettes de Ritual et Immortal).
On comprend qu'ils poursuivent leur petit bonhomme de chemin sans vraiment percer. Mouais, j'attendrai un peu pour le coup.
Merci à toi Ether
Eternalis - 11 Fevrier 2011: Silent@ Je trouve Origins plus intéressant musicalement et conceptuellement que Immortal qui est plus une sorte d'album ou les compositions se suivent sans réelle trame directrice. Ici il y a une âme globale je trouve, et moins de creux (même si je les mets finalement sur un pied d'égalité).

Ça reste du bon et ça s'écoute avec agrément =)
Merci à vous!
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Chronique @ Silent_Flight

11 Novembre 2010
Le groupe brésilien, initialement composé d'ex-Angra, a failli passer à la trappe suite à des divergences de points de vue entre les musiciens. La formation aurait pu nous laisser tomber après un Immortal très intéressant, mais contre toute attente il a repris les armes il y a à peine un an à l'initiative du batteur Ricardo Confessori, avec un line-up tout frais.

Il était donc nécessaire de savoir ce que ce nouveau brûlot, auto-produit par le groupe, avait dans le ventre: le chanteur allait-il pouvoir remplacer un André Matos qui n'est plus à présenter aujourd'hui, et les structures allaient-elles nous offrir quelque chose de neuf?

La magnifique pochette pourrait justifier l'intérêt porté à Origins, cependant avec le temps le scepticisme est de mise quand on sait que beaucoup d'albums de metal n'ont pu cacher leur manque de personnalité malgré des présentations remarquables. Il suffit d'appuyer sur "lecture" et la réponse est donnée: on comprend de suite l'appellation de l'album en écoutant l'intro "Origins (The Day Id Died)", qui semble avoir été enregistrée en plein milieu de l'Amazonie, avec ses sonorités tribales qui sont quelque peu camouflées par une nappe de clavier ambient un peu trop imposante, dommage.

C'est alors qu'on préférera se concentrer sur ce qu'on attend de Shaman: un power-prog de qualité. Suite à cette introduction particulière, le groupe tente de nous en mettre plein la vue avec "Lethal awakening": ce morceau speed de 3:38 met en avant les qualités des nouveaux musiciens, des solos de guitare de Mancini à ceux du claviériste Di Sarno, qui reposent sur un duo basse-batterie un peu en retrait mais dont le groove est saisissable. Ne manque plus que le chanteur, Thiago Bianchi, peut-être un peu trop inspiré par un certain Dickinson. Il n'aura donc pas le charisme d'un Matos, mais suffira à accompagner la bande dans ses envolées progressives.

Finalement l'album s'écoutera jusqu'au bout, proposant des choses différentes qui éviteront l'ennui, mais qui ne seront pas toutes les bienvenues non plus. Le lourd "Inferno Veil" met en avant une guitare acérée avec un chant légèrement plus grave, que l'on appréciera d'autant plus.

Le duo "Ego pt.I - pt.II" aurait pu être l'occasion pour le groupe de mettre en avant ses "Origins". Seulement voilà, le nouveau chanteur n'est pas toujours à la hauteur d'une instrumentation, quant à elle, remarquable, abusant quelque peu de son vibrato.
"Finally Home" est à mi-chemin entre le hard ringard et le prog technique. Difficile de se faire un avis clair sur ce morceau biscornu. On retiendra juste les solos plutôt réussis, mais c'est bien peu quant aux attentes de l'auditeur. Et la semi-ballade "Rising Up to Life" est du plus mauvais goût: où diantre sont donc passées les ambiances tribales qui apportaient une touche particulière au début de l'album.

Heureusement, "No Mind" renoue avec le gros riff imposant, mais c'est surtout "Blind Messiah" qui va redorer le blason d'Origins: ce titre est certainement le plus représentatif des dix proposés, de sa jolie petite intro sucrée aux contre-rythmes typiques du prog, où les instruments se battent pour empêcher un Bianchi de s'éterniser sur ses vocalises parfois sur-aiguës.
C'est sur une ballade que Shaman a décidé de clore son rejeton, une ballade où la présence de la beauté acoustique est une nouvelle fois bafouée par un vocaliste qui en fait trop, comme si c'était difficile d'accompagner une guitare sèche et quelques percussions avec un chant posé; la fin du morceau tout droit issue des meilleures comptines de Noël est presque rassurante quant à la touche personnelle des Brésiliens.

Alors bon, il est clair qu'au bout de trois écoutes à tenter de comprendre si le groupe s'est vraiment laissé aller, la réponse est la suivante: une réconciliation avec André Matos et un batteur aussi présent qu'un Igor Cavalera époque Beneath The Remains auraient sûrement donné l'album de power-prog de l'année. Les arrangements n'ont pas été fignolés, comme si le groupe s'était empressé de dire qu'il était encore en vie. Les bons éléments sont peu présents, l'album est peut-être tout juste potable si l'on se réfère au côté progressif de la musique. Mais rien ne donnera envie de replonger un jour dans cet épisode bien fade du dieu guérisseur.

Silent Flight.

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belzaran - 11 Novembre 2010: Je ne savais même pas que Shaman était encore existant... Merci de ne l'avoir signalé !
Silent_Flight - 11 Novembre 2010: Et je me suis un peu contredis: "finalement l'album s'écoutera tout seul", je voulais dire qu'il peut s'écouter jusqu'au bout, même s'il n'y a pas grand chose d'intéressant. Toutes mes excuses pour cette lecture qui pourrait paraître brouillon.
Celldweller55 - 11 Novembre 2010: Tu peux éditer ta chronique S_F ! Très beau premier essai en tout cas, si j'aimais le genre je me jetterais sur l'album.
 
gaspard - 20 Janvier 2011: pour ma part si je doit faire une comparaison avec immortal. je dirait que origine et mieux niveau musical,plus travaillé plus posé que immortal. le hic c'est que tiago chante bien mais carrement pas dans le rythme autant dans immortal son chant collé a la musique la parfoit pas du tout il part alors que la musique pas du tout ca fait bizzare.
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Commentaire @ nioh

08 Octobre 2017

Shaman toujours autant insipide

Qui peut bien s'intéresser encore à Shaman aujourd'hui? Qui parierait quoi que ce soit sur le futur du quatuor brésilien après avoir vu trois de ses membres abandonner le projet en 2006? Réponse : votre serviteur, curieux de voir si le combo ayant accouché du particulièrement insipide Immortal en 2007 a su redresser le tir sur ce quatrième opus. A toutes fins utiles, précisons cependant que le seul membre à être resté à son poste chez Shaman depuis la création du projet n'est autre que le batteur, Ricardo Confessori, qui est revenu en 2010 avec Angra, sa formation d'origine.

Maintenant, au moment de découvrir ce fameux Origins, qui raconte l'histoire d'un homme à la recherche de son passé, je ne désespère pas de voir Shaman se ressaisir, s'éloigner de l'envahissante influence qu'a Symphony X sur sa musique, et retourner, ne serait-ce qu'un instant, au heavy brillamment inspiré et mâtiné de folklore brésilien qui faisait toute sa magie à l'époque du désormais culte Ritual (2002).

A défaut d'être brillant, le résultat, à la première écoute, paraît honnête. Seulement, comme chacun sait, n'est pas André Matos qui veut, et les vocalises de Thiago Bianchi ne sont pas particulièrement concluantes, même si l'on ne peut nier qu'il y a eu des progrès. Quant aux musiciens qui l'accompagnent, force est de constater qu'ils possèdent un niveau technique assez impressionnant (notamment le guitariste Léo Mancini), mais la personnalité et le feeling se font plutôt rares sur ce recueil de speed metal progressif commun et fort peu excitant (rien qu'avec "Lethal Awakening", tout est dit!). En revanche, la présence des percussions et de quelques instruments locaux rajoutent une petite touche d'exotisme qui a le don de rendre le tout plus aéré et digeste, mais, hélas, guère passionnant...

L'amélioration est réelle depuis 2007, car les compositions sont plus fouillées, mais la formation semble incapable de proposer un riff puissant ou une ligne de chant réellement accrocheuse. Bref, en un mot comme en cent, il faut se rendre à l'évidence : Shaman est définitivement mort après Reason (2005). Le sieur Confessori n'a pas su saisir cet esprit si particulier qui faisait la force de ses anciennes formations, et s'est contenté de s'enfoncer dans des plans communs, d'un classicisme terne. Un gros regret, d'autant que le dernier travail solo d'André Matos n'était pas des plus inspirés non plus.

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