“Ce qui ne tue pas rend plus fort”
Friedrich Nietzsche
Citation éculée jusqu’à la moelle, elle convient néanmoins plus que parfaitement, et littéralement, à l’histoire de Francesco Paoli suite à la sortie de l’acclamé "
Veleno".
Un accident d’escalade qui tourne au drame, une chute, un sauvetage en hélicoptère et de très longues heures entre la vie et la mort. Sauvé, Francesco passe à un cheveu de l’amputation du bras gauche et perd 70% de l’utilisation de son membre. Autant dire qu’à cet instant, la musique est loin d’être la priorité. Mais le leitmotiv reste présent … l’homme se bat, lutte contre son corps et c’est aujourd’hui ce combat, cette lutte ultime et titanesque contre la douleur et la mort qui sert de contexte à "
Opera", le sixième opus des transalpins de
Fleshgod Apocalypse.
Loin de se tourner en martyr ou d’évoquer le sujet avec auto-suffisance ou égocentrisme, "
Opera" évoque la rédemption, la lutte et la force de l’art au centre du chaos et de la douleur. Il est un catharsis et un exutoire.
Entretemps, Paolo Rossi a également décidé de tourner la page, abandonnant son poste de bassiste/chanteur au timbre si particulier, si peu conventionnel et clivant. Francesco, ne désirant pas faire intervenir de membre extérieur, reprend la basse (il sera donc passé derrière presque tous les instruments) et laisse l’entièreté des guitares à Fabio Bartoletti pour désormais évoluer à cinq et ainsi laisser bien plus de place à Veronica Bordacchini qui a été intégré au line up officiel.
La composition de "
Opera" revient, comme ses prédécesseurs, aux Francesco (Ferrini, piano) qui ont chacun voulu emmener le groupe à un niveau supérieur.
Plus lyrique, plus symphonique, toujours avec brutalité mais avec une évidente ouverture, sans pour autant sacrifier son âme sur l’autel d’une accessibilité conventionnelle.
"
Ode to Art (De’ Sepolcri)" ouvre ainsi le disque sur du chant lyrique et une dimension opératique pour propulser "I Can
Never Die" qui place dès les premiers instants le constat que la musique des italiens est toujours aussi violente, rapide et sans concession. Le chant de Paoli saccage l’auditeur et le maltraite de sa rage viscérale mais il laisse la place à un refrain de Veronica qui n’avait encore jamais chanté ainsi. Puisque le refrain se veut … chantant ! Presque une première pour un groupe peu reconnu pour sa capacité à embarquer sur des refrains entêtants mais force est d’admettre que le résultat est surpuissant et s’imbrique parfaitement (d’autant plus qu’il s’agit d’un oasis dans l’album). Eugene Ryabehenko martèle toujours sa batterie avec une sauvagerie sans précédent et Fabio se permet même un solo pour calmer le tempo. Quatre minutes mais un certain renouveau tout en s’inscrivant avec fidélité dans l’héritage
Fleshgod Apocalypse.
"
Pendulum" et "Bloodclock", déjà connus avant la sortie (ces trois titres font d’ailleurs l’objet de clips absolument ahurissants visuellement parlant), suivent et dévoilent la facette plus sombre et théâtrale du groupe. "
Pendulum" se veut syncopé, violent et lourd, évoquant la souffrance de cette chute inéluctable vers la mort et de la façon dont on peut se débattre pour s’en sortir. Les vocaux de Francesco sont possédés et les mots semblent transcendés par le contexte, le vocaliste éructant, respirant et soufflant comme emporté par sa propre émotion. Le piano fou de Ferrini trace un dédale chaotique dans un titre suffocant et intense, utilisant Veronica dans son registre le plus lyrique. Cette dernière est d’ailleurs une représentation différente dans chaque titre (l’art, le destin, l’âme, la mère, l’espoir ou la résilience) tandis que Francesco est simplement lui-même. "Bloodclock" accélère le tempo et regorge de la violence exacerbée que nous connaissons depuis leurs débuts.
Relativement court (à peine 45 minutes), avec une intro et une outro, "
Opera" respire bien plus que n’importe quel autre album de
Fleshgod Apocalypse, parfois décrié par le caractère trop suffocant et jusqu’au-boutiste de leurs opus. Ici, tout semble plus naturel et vivant, bien plus digeste.
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At War with my Soul" est d’une ambition grandiloquente dans ses immenses chœurs et ses cuivres solennels. Un véritable échange vocal s’installe entre les deux protagonistes pour atteindre une dimension épique encore jamais entendue chez eux. Il en va de même sur l’intense "Per Aspera
Ad Astra" ou le plus intime "Till Death Do us Part".
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Matricide 8.21" évoque quant à lui la sensation d’avoir tué sa propre mère par son accident, et la douleur qu’on laisse aux autres.
Plus mélodique, le titre est un dialogue entre Francesco et sa propre mère et, s’il est musicalement plus “facile” et moins surprenant, la portée de la composition la rend d’autant plus intense à écouter et vivre. "Morphine Waltz" est une pièce plus baroque, évoquant le passé du groupe avec ses orchestrations à la
Agony et des lignes vocales de Veronica qui aurait très bien pu être hurlées par Paolo.
"
Opera" est-il le meilleur album de
Fleshgod Apocalypse ?
Si "
Veleno" résonnait comme un aboutissement et une forme d’achèvement dans la progression des italiens, "
Opera" tire énormément de force de son contexte et génère une aura particulière, inévitablement plus symbolique qu’un “simple” nouvel opus. Il s’ouvre également à des incursions plus mélodiques afin de rendre sa musique plus immédiate et, osons le dire, simple d’accès. Il n’en reste pas moins que la réussite est totale et la sensation de maîtrise impériale. Comme pour asseoir encore un peu plus son autorité sur une scène dans laquelle ils règnent sans partage.
merci pour la chro! J'ai très hâte d'écouter! Veleno était pour moi aussi un aboutissement beaucoup plus digeste et mature de la discographie du groupe, j'ai hâte de voir la maturité et l'influence du changement de line-up pour cet album!
Après des débuts brouillons et très linéaires ( des blasts tout le long sur l album Agony, et parfois une cacophonie incompréhensible sur Labyrinth) , Fleshgod n a cessé de s' améliorer depuis King et ce Opera est tout simplement une réussite en tout point.
Merci beaucoup pour la chronique Eternalis. J'avais beaucoup de mal avec l'univers du groupe justement à cause de son extrême grandiloquence pas vraiment canalisée (à mon sens) et tes mots m'ont donné envie de laisser une chance à ce nouveau-né. Seulement une écoute certes, mais une vraie claque ! Qui va me faire reprendre la discographie pour la considérer autrement.
Les nombreuses incursions de voix féminine apportent en effet quelque chose de plus accessible, mais c'est pour moi une très bonne chose et participe à l'équilibre de leur musique, que mes oreilles ne lui avaient pas encore trouvé à l'exception de certains titres de Veleno.
Un très bon album en effet, mieux équilibré et plus aéré que les précédents mais toujours sacrément riche. Il fait bien plaisir à entendre !
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