Le visage le plus notoirement festif et expansif, inhérent à la plupart des groupes de
Hard Rock, est un faciès qui trouve son achèvement le plus remarquable dans l'expression de cette communion exceptionnelle qui lie bon nombre de ces groupes à son public. Dans ce mouvement, père originel de nombres d'autres, a contrario de certains de ceux qu'il engendra, la qualité artistique d'œuvres gravées n'est pas nécessairement primordiales. Mais la cérémonie sacrée de la rencontre entre ses artistes et son public est, quant à elle, décisive. En effet, nul genre ne trouvera aussi formidablement son essence dans cette union heureuse. Nul style ne se nourrira plus que celui-ci de ce lien sacré. Et si le
Metal Symphonique doit se targuer d'une certaine exemplarité grandiloquente et orchestrale, si le Heavy doit ses titres de gloires à la noblesse de certains riffs et à son aspect ''épique'' parfois caricatural, si le Speed ne peut se départir de sa vélocité, le
Hard Rock ne peut, quant à lui, se définir sans cette notion de partage réjouissant qu'il engendre. Bien évidemment, nulle œuvre, nul art, n'a d'existence sans un public pour le contempler. Pourtant la rencontre entre l'artiste et son auditoire n'est pas indispensable, sauf si cet art est fondamentalement défini par le caractère de cette confrontation.
Ce
Liveline constitue le reflet d'une carrière réellement intéressante, à la créativité aux nuances suffisantes, et aux œuvres plutôt séduisantes, pour ne pas être que de vulgaires albums supplémentaires d'un groupe subsidiaire et négligeable de
Hard Rock aux accents US très prononcés ; mais aussi et parfois, défenseur d'une musique aux confins d'un Heavy subrepticement véloce, ou encore d'autrefois à la lisière de complaintes plus subtiles au feeling et au groove délicieux.
Victory, en cette année 1993, nous offre le témoignage vivant de cette ferveur qui le lie à son peuple. Passant en revue sa longue trajectoire artistique, il nous propose donc de restituer cette atmosphère particulière dans une œuvre qui, d'emblée, est séductrice. Le
Hard Rock classique de ces allemands est, en effet, instantanément enthousiasmant.
Elle se pare d'attraits immédiats très bien mis en exergue par les guitares énergiques d'
Herman Frank et de Tommy Newton, mais aussi par la voix de Fernando Garcia dont les intonations essentiellement aiguës manquent, quelques peu, de nuance et de chaleur. Une imperfection compensée par la sincérité, et une puissance, fascinante, mais aussi par la souveraineté de titres composés avec un talent indéniable. ainsi excepter un excellent no way tonight, quelque peu caricaturale et naïf, mais cependant éminemment communiant ;
Victory nous offre les délices de morceaux remarquables tels que les superbes Rock'n Roll Kids Forever, Standing Like A Rock,
Temple Of Gold,
Never Satisfied,
Rock-o-Matic ou encore, par exemple, Backseat Rider. Mais plus encore que l'efficacité intrinsèque de ces morceaux, l'intensité de leurs différentes interprétations révèle un talent captivant.
Bien évidemment on pourra, subjectivement, déplorer l'absence regrettable de certains titres tels que Mr
President, et, objectivement regretter l'absence déplorable d'autres tels que les sublimes Rebel Ready, ou encore As Time Go Passy By. Ce choix est fâcheux car il polit l'expression de ce groupe de certaines de ces aspérités les plus singulièrement attrayantes. Quoi qu'il en soit son propos demeure suffisamment intrigant pour nous charmer. Et outres Come
Together, reprise dispensable du célèbre morceau des Beatles, cette œuvre garde une intéressante homogénéité agréable.
Ce
Liveline constitue donc un regard plutôt complet, et plutôt passionnant, sur le cheminement artistique de ce groupe. S'il lui manquera, tout de même, certaines de ces particularités, tels que ces titres au feeling et au groove distincts, il permettra, aux néophytes, de se forger une juste opinion sur ce qui reste, selon votre humble serviteur, à ce jour le meilleur de
Victory.
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