Oyé Oyé, les voici, pourfendeurs du power metal et auréolés de la gloire des succès passés. Représentants de l’avenir et d’un art conquérant ne survivant en grande partie que grâce à ses souverains d’antan, ils sont là pour reprendre le flambeau.
Ils ?
Orden Ogan pardi !
Il faut dire que les jeunes groupes ayant rencontré un succès international et réellement creusé leur trou depuis les années 2010 pour s’imposer aux côtés des mastodontes ne sont pas légions, encore moins quand on ajoute le fait qu’ils soient presque autant respectés que leurs pairs.
Les allemands ont réussi ce tour de force grâce à un monumental "
Easton Hope" poursuivi par un très soigné
To the End. Une imagerie possédant une mascotte propre (comme Iron Maiden,
Megadeth,
Gamma Ray…ils ont su prendre les meilleures idées des grands), un son et une identité facilement identifiable, un capital sympathie du leader Seeb Levermann et le tour est joué.
Et si "
Ravenhead" n’avait pas convaincu tout le monde avec, en cause, une certaine linéarité et un manque de diversité vis-à-vis de ses prédécesseurs, cela n’a pas empêché le combo d’énormément tourner, de sortir un premier best-of avec un dvd live et de revenir avec un sixième opus juste deux ans après son grand frère. Fini les zombies, tour au western avec "
Gunmen" qui semble s’installer dans un univers que ne renierait pas les personnages de La Tour Sombre.
Que dire ?
Orden Ogan maitrise son art à la perfection, la production est dantesque, les compositions bien ficelées et les arrangements parfaitement en place. Alors quoi ? La surprise ? Cela fait un paquet d’années que
Gamma Ray,
Edguy ou
Helloween n’en font plus réellement et pourtant on aime non ? Peut-être que le niveau était tellement élevé dès le départ que nous en attendons toujours un peu trop …
Soyons clair, "
Gunmen" est une véritable œuvre d’orfèvre et la qualité des orchestrations ou des chœurs n’a presque rien à des groupes symphoniques comme
Nightwish ou
Epica, mise à part une certaine redondance. Mais peut-être que
Orden Ogan reste tellement cantonné à son univers musical que le temps commence sensiblement à faire son effet, malgré le fait que nous restons quand même sur une meilleure sensation qu’avec "
Ravenhead".
Le titre éponyme lance le bal sur une ligne orchestrale montrant d’entrée de jeu que l’album est ambitieux, bientôt rejoint par une batterie jouant réellement l’aspect percussion. Puis le riff et la double pédale fracasse l’auditeur avec une puissance bienvenue et la voix désormais reconnaissable entre mille de Seeb, désormais loin de ses comparaisons initiale avec Hansi Kursch. Le refrain arrive très rapidement, chanté par Seeb et une armée de chœurs que l’on entendra tout au long de l’album. C’est beau, solennel, enveloppant et on ressent encore une fois l’énorme travail qui a été réalisé sur ce point. Les soli me direz-vous ? Ils sont toujours aussi longs, techniques mais conservent cette mélodie si propre au power allemand, loin de sombrer dans la démonstration ou la technique stérile. Un futur hymne que ce morceau éponyme, clairement.
L’album est de cet acabit et ne souffrira que de rares essoufflements, qui se matérialiseront parfois non pas sous la forme de compositions en deçà des autres mais plutôt dans l’aspect répétitif, voir mécaniques, d’une forme d’écriture qui, si elle est redoutablement efficace, fini inexorablement à faire tourner
Orden Ogan en rond.
Riff, couplet, chœurs, couplet, solo, chœur. Les refrains se retrouvent trop souvent noyés dans les chœurs et manquent malheureusement d’une certaine immédiateté, d’une vigueur et d’une énergie qui les feraient chanter à plein poumons, constamment sous cette armée orchestrale. La voix de Seeb, si merveilleuse, semble avec le temps de plus en plus masquée car il chante en medium sur les couplets et ne montre que rarement l’étendue de son spectre comme il le faisait à ses débuts.
Il ne faut pas croire que cela gâche l’album, ce serait évidemment une exagération. "
Fields of Sorrow", second titre dévoilé, est une vraie pépite, de son riff d’ouverture claquant à son refrain majestueux en passant par son solo très mélodique et prenant le temps de se poser. Il comporte même quelques sonorités dont le groupe ne nous habitue que très peu, plus étranges et tordues par ci par là.
Le fait que les compositions soient souvent longues accentuent probablement la sensation partielle de « trop plein », notamment lorsque l’on arrive à "The Face of
Silence" (chaque titre ayant déjà fait entre 5 et 7 minutes) qui parait énormément ressembler aux précédentes. On ne peut s’empêcher de penser qu’un titre comme "
Vampire of the
Ghost Town" aurait énormément gagné en efficacité s’il avait été plus digeste, plus direct et agressif (voie sur laquelle il semble aller quand il débute) en faisant notamment sortir son refrain plutôt que le laisser dans son océan de chœurs. C’est dommage mais à cet instant, on en vient à penser qu’
Orden Ogan commence à développer le défaut de sa qualité, probablement en la surexploitant de façon systématique.
Deux titres courts s’enchainent vers la fin du disque, avec un "Ashen
Rain" qui, s’il s’ouvre encore sur des chœurs, propose ensuite un énorme riff très moderne mais rafraîchissant sur lequel on s’imagine déjà se tordre le cou. "
Down Here (
Wanted :
Dead or Alive)" dure à peine plus de trois minutes mais manque un peu de spontanéité, sa ligne vocale étant difficile à discerner clairement. A l’inverse, l’intervention de Liv Kristin sur "Come With Me to the Other Side" apporte une certaine fraicheur. Débutant comme une ballade, il s’intensifie sur les couplets avant de se calmer sur l’un des meilleurs refrains de l’album.
"Finis Coronat Opus" termine en revanche divinement l’album sur près de 9 minutes, paraissant paradoxalement plus courts que certains autres titres pour la simple raison que sa structure est moins attendue et qu’il sort des sentiers battus et rabattus de certaines compositions. Rythmique complexe, pré-refrain intense mais pas étouffant, beauté saisissante des envolées lyriques et véritable rugosité dans les transitions entre les refrains et les couplets avec des riffs secs et un Seeb grave et presque tragique parfois. L’émotion est présente et sincère.
Clairement, "
Gunmen" est un excellent album, l’un de ceux que bien des groupes du genre aimerait avoir dans leur discographie. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’
Orden Ogan tourne en rond et ne fait que réutiliser une recette qui fonctionne désormais depuis quatre albums. Quand
Freedom Call ou
Sabaton se font critiquer pour des pratiques similaires, il est logique que nous soyons également sur une légère déception concernant Seeb et sa bande.
Il est certain qu’ils vont devoir évoluer et apporter de nouveaux éléments dans leur recette car, aussi bien composé et interprété soit-il, leur art risque de s’époumoner s’il reste constamment identique et sans surprise. Ce n’est encore le cas mais le danger guette…la balle est dans leur camp. En attendant, vous pouvez toujours profitez de "
Gunmen" et de leur future tournée avec
Rhapsody of
Fire, le cocktail pourrait valoir le coup !
Les riffs deviennent souvent des reprises des refrains, et les ruptures de tons sont rares
Mais vu le niveau global de cet album, je chipote...mais chipoter avec un groupe comme Orden Ogan c'est plus que normal
Un album qui tourne très souvent en ce moment, et qui possède une ambiance bien à lui même si accentuer sur les arrangements typés western (comme le titre final le fait si bien d'ailleurs) aurait été une idée bienvenue.
Mais sinon, on reste sur une sortie Power de haut niveau. Merci beaucoup pour la chronique
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