Eremita

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Nom du groupe Ihsahn
Nom de l'album Eremita
Type Album
Date de parution 18 Juin 2012
Style MusicalBlack Progressif
Membres possèdant cet album108

Tracklist

1. Arrival
2. The Paranoid
3. Introspection
4. The Eagle and the Snake
5. Catharsis
6. Something Out There
7. Grief
8. The Grave
9. Departure
Bonustrack (Limited Edition)
10. Recollection

Chronique @ Eternalis

23 Mai 2012

"Eremita" est l’œuvre absolue.

Il fut un temps où Ihsahn était le black metal. Il incarnait l’image d’un metal noir mais classieux, à jamais gravé dans l’esthétisme d’un mouvement pourtant résolument occulte et incantatoire. Il était le symbole de l’évolution d’un art blasphématoire et diabolique, l’investigateur d’une nouvelle vision. Les temps changèrent…l’empereur n’est plus, enterré dans les décombres du passé, et le maitre est devenu ermite, travaillant seul dans les recoins lointains de son esprit créatif. Cependant, plus que jamais, l’esthétisme et le génie s’emparent du norvégien…

Jamais épuisé, constamment créatif, le chanteur/guitariste/compositeur n’en finit plus de repousser ses propres limites et c’est en cette année damnée qu’il s’apprête à proposer l’œuvre la plus traumatisante, remarquable et époustouflante qu’il ait jamais composé sous son propre nom. Si "AngL" avait rassemblé les anciens fans d’Emperor et "After" enfoncé le clou dans une dimension plus personnelle, expérimentale et progressive, "Eremita" détruit toutes les barrières.
Œuvre complexe, schizophrène et noire, la plus sombre de sa carrière en solo, "Eremita" est en soi l’expression de l’art dans sa forme la plus libre et conceptuelle. Il représente la seconde face d’un même prisme avec "After", tout en étant bien plus progressif, émotionnel et déchirant. Extrêmement technique, l’album est comme le coulis maudit d’un homme en véritable état de grâce, l’épine dorsale d’une carrière exemplaire et respectable, où il démontre que l’inspiration peut se muer en créature vivante et livide.

Difficile d’évoquer l’œuvre dans son entièreté sans oser nommer chaque pièce constitutive de ce puzzle harmonique hors-du-commun. La voix du norvégien, plus mature, déchirante et hurlante que jamais, arrache le voile dès l’introduction d’"Arrival", presque nostalgique mais au riff très progressif et technique, laissant vivre une guitare huit-cordes toujours plus alambiquée. Ihsahn, en maitre d’orchestre, impressionne tant son chant se veut à la fois audible, articulé mais toujours aussi froid et tranchant. Le black metal est loin…très loin…puisque Einar Solberg (Leprous) y pose un refrain magnifique d’émotion, sensationnel de poésie et de beauté, avant qu’Ihsahn ne recrache son venin avec toujours plus de véhémence. L’harmonie des deux voix est exceptionnelle de lyrisme, les deux jouant de leurs capacités presque infinis, usant de leurs cordes vocales comme bon leur semble. Un solo très progressif dans l’âme surgit, avant un break écrasant et magistral, laissant filtrer une certaine démesure épique mégalomane. Einar, très en avant dans le mix, comme un hommage à ces musiciens se dévouant pour Ihsahn sur scène, fait de ce morceau une introduction parfaite.

Loin du black… ? "The Paranoid" parait vouloir affirmer le contraire avec un retour à une agression primaire bien plus marquée. Un blast rapide et sans concession accompagne les hurlements rageurs et inhumains du norvégien qui est clairement décidé à repousser toutes les limites des genres qu’il a pu aborder au cours de son parcours musical. De couplets très violents et sombres, dépeignant les ravages de la destruction, surgit un refrain en clair magistral et impérial comme seul Ihsahn peut en composer aujourd’hui, de son timbre si particulier. Le résultat s’éloigne tellement des carcans utilisant la dualité vocale hurlé/claire que, même lorsqu’il utilise ce procédé, il semble réinventé une manière de composer. La tonalité de la composition, sombre et dogmatique (ces claviers martiaux à la fin du morceau), tout comme sa place dans la tracklist, rappellera indubitablement "A Grave Inversed" de l’opus précédent, au détail près qu’aucun saxophone n’intervient. Pas encore…

Dès que "The Eagle & the Snake" débute, l’on sent de suite que quelque chose a changé. Le saxophone de Jorgen Munkuby (Shining) introduit le morceau, le ton est plus expérimental, le chant se fait déchirant, empli de souffrance, de haine…mais, dans un moment de plénitude, un refrain se pose, tel un ange sur un océan de ruines et de désolation. Presque léger, mais annonciateur du désordre, le titre laisse entrevoir le chaos à venir, matérialisé par un riff mutant doucement au long des huit minutes. Le saxophone, entité folle et schizophrène emprisonnée dans sa propre camisole de force, se fait élément centrale de la composition et base du travail rythmique. Une sensation de douleur infinie, de profond désespoir émane de la seconde partie du morceau, Ihsahn se faisant poignant comme rarement. Le saxophone devient le symbole de la mort rodant, plein de deuil. Tout aussi mortuaire, sa suite Catharsis aurait très bien pu figurer sur le prochain album des alchimistes fous de Shining. A l’instar d’une nouvelle forme du black metal, "Catharsis" construit un nouveau dédale sonore, une étape encore précoce et chevrotante de ce que sera l’art sombre de demain. En laissant de côté la violence brute, Ihsahn se montre plus désespéré et noir qu’il ne l’a probablement jamais été, laissant au profit de la rage une mélancolie, une blessure béante hurlant sa peine.

Dans une trinité absolue et divine, "The Grief" débute la longue chute de l’empire humain. Introduction symphonique martiale, lourde et oppressante, évoquant un Dieu diabolique voulant écraser l’humanité, elle amène à un "The Grave" laissant exploser toute la haine et la démence d’un artiste démentiel. La noirceur et la froideur y atteint son paroxysme, Ihsahn semblant plus que jamais au bord du gouffre, près à détruire et consumer son existence. La batterie, incroyable et insaisissable, sert de métronome déréglé à un saxophone dément et hallucinogène. La plongée dans le terrier est profonde, longue, malsaine…Ambiante mais tellement technique, la musique perfore petit à petit l’esprit de l’auditeur jusqu’à le faire sombrer, le corrompre, annihiler la vie et la joie se terrant en lui.
"Départure" termine ce triAngLe émotionnel de manière plus latente, descriptive et technique. L’émotion laisse sa place à une expression plus organique, paradoxalement plus vivante et laissant entrevoir ici un symbole de renaissance et de nouvelle vie par la destruction. Très alambiqué, ce dernier morceau passe constamment des émotions les plus contradictoires en quelques instants, avec une maestria et un talent forçant l’admiration.

Ihsahn ne s’est fixé aucune limite, et rejette si loin les barrières stylistiques et étroites liées aux étiquettes qu’il apparait désormais au-dessus de toute la masse. Devin Townsend ne s’y est pas trompé puisqu’il intervient, en retour de l’apparition du norvégien sur le "Juular" de "Deconstruction", sur le non moins génial "Introspection". Moins expérimental, il permet de dévoiler une fois encore comme la complicité vocale de ces deux artistes de l’extrême musicalité est effarante. Le canadien, chantant de sa voix claire, répond au chant démoniaque de son homologue norvégien. Et si Devin ne transforme pas la composition comme son interprétation aurait pu le faire, il est amusant de noter que "Something Out There" porte en lui la touche excentrique et folle d’un The Devin Townsend Project, prouvant que les deux artistes vivent dans un monde résolument proche l’un de l’autre.

Loin de tout, Ihsahn signe son ultime chef d’œuvre avec "Eremita", et clairement l’un des plus grands opus de l’année en cours. Si "After", malgré quelques petits défauts, avait subjugué et laissé déjà une trace peu commune dans la carrière du norvégien, "Eremita" est l’œuvre absolue qui fera de sa carrière solo une seconde vie à part entière, où les influences extérieures ou la vie passée n’a désormais plus court. Cet album est une entité propre dont les groupes en mal d’inspiration pourront aller puiser dans les dix années à venir pour espérer toucher ne serais-ce qu’un cheveu de sa créativité.
L’album de ces six premiers mois…de très loin !

74 Commentaires

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thedeath666 - 21 Juin 2012: Bon, j'ai commandé l'album, mon ressenti arrivera bientôt je pense.
Hellsheimer - 04 Août 2012: T'es blazè ou bluffé? :-)
Molick - 28 Octobre 2013: Après un an demi, le nouveau vient de sortir.
Je me rends compte que je n'ai pas réécouté Eremita depuis, presque tout ce temps.

En fait, j'avais beaucoup aimé les morceaux en live, mais en studio ils perdent complètement leur intensité je trouve. La seule exception étant The Grave qui, hormis au niveau du son toujours trop clean, apporte une atmosphère très prenante.

Mais pour le reste, c'est très "froid", mais pas froid à la Nevermore, Meshuggah ou autre, c'est froid parce que je ne ressens aucune atmosphère, rien ne prend à la gorge. Les refrains sont biens jolis, la technique est bien là, mais c'est fade, fade comme un refrain de Periphery (et bam la critique gratuite ^^').

Bref, tout ça pour dire qu'au final, je trouve cet album comme le plus faible de la dicographie d'Ihsahn. Je l'ai trouvé sympathique aux premières écoutes, mais très lassant à force. Des morceaux comme The Paranoid n'apportent rien au fil des écoutes. Et c'est son seul album où je ressens ça. Puis niveau jazz et saxophone, bah autant écouter Shining ^^
LeMoustre - 09 Novembre 2013: Et avec du recul alors, comment estimez-vous cet album, notamment, par rapport au petit dernier qui vient de sortir ?
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