Das Seelenbrechen

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16/20
Nom du groupe Ihsahn
Nom de l'album Das Seelenbrechen
Type Album
Date de parution 22 Octobre 2013
Style MusicalBlack Progressif
Membres possèdant cet album58

Tracklist

1. Hiber
2. Regen
3. NaCl
4. Pulse
5. Tacit 2
6. Tacit
7. Rec
8. M
9. Sub Ater
10. See
Bonustracks
11. Entropie
12. Hel

Chronique @ Eternalis

25 Octobre 2013

Ce cinquième album est une expérience sensorielle unique en son genre

« L’Homme doué sait se servir de son obscurité »
Jacques de Voragine


Obscurité. Torpeur. Emanations déliquescentes de la noirceur humaine. Il y a la violence crue et directe et la noirceur sournoise et vicieuse, qui s’infiltre et empoisonne l’âme jusque dans ses chairs. Ihsahn, compositeur émérite et majestueux placé au rang de précurseur pour son travail avec Emperor, est depuis toujours ce que l’on peut justement appeler un homme doué. Il ressent ce que les autres n’oseraient penser et confectionne ce que personne n’avait encore imaginé.
Depuis l’arrêt de son groupe en 2001, le norvégien n’a eu de cesse d’évoluer constamment, arpentant des voies très diverses et s’éloignant progressivement du black metal symphonique original pour s’orienter vers une musique plus technique, plus touffue et expérimentale, au grand dam des adorateurs de la première heure qui, depuis, n’attendent plus rien d’un homme étant clairement passé à autre chose.

L’aboutissement

L’aboutissement de ces explorations donna vie à "After" puis "Eremita", deux opus similaires dans la forme et le fond, création ultime dans un monde progressif où le norvégien ajoutait des tonalités de saxophone suffocantes et mortuaires ainsi qu’une dimension très technique par le biais de l’apparition des musiciens de Leprous, jeunes génies instrumentaux sortis des plus grandes écoles de musicologies norvégiennes. Malgré un accueil mitigé d’une frange espérant toujours un retour au réel black metal, les autres ne pouvaient que s’agenouiller devant un musicien qui rejetait sans cesse les barrières, ne s’imposant aucune limite et avançant constamment sans regarder en arrière ni proposer ce que l’on attend toujours et désespérément de lui. "Eremita" marquait d’ailleurs, dans l’esprit collectif, une rupture définitive et sans appel, qu’Ihsahn ne serait définitivement plus jamais le même.
C’est dans, sans surprise, que le norvégien annonce un nouvel opus que l’on attend dans la droite lignée de ses deux prédécesseurs, ayant de plus enregistrés de très bons résultats de vente. Mais une fois encore, la rupture serait là. Plus violente encore peut-être…

Improvisation

Pourtant, graphiquement, on retrouve des éléments très similaires entre le nouveau venu, "Das Seelenbrechen", et "Eremita". La typographie inversée, le livret avec les pages en noir et blanc, les espacements entre les lettres, les photographies très floues et étranges…on peut logiquement s’attendre à quelque chose de très similaire.
Néanmoins, on remarque dès la setlist que les titres sont spéciaux. Un seul mot, voir lettre ("M") ou encore des néologismes ("NaCl") imposent un mystère qui s’épaissit de plus en plus à la lecture du disque. Un disque tellement éloigné des autres opus d’Ihsahn en solo qu’il pourrait être un nouveau projet à lui seul. Une musicalité proche de l’improvisation, sans structure, complètement expérimentale, presque ambiante, sans refrain ni lignes de chant répétitive et encore moins des riffs accrocheurs qui se retiennent initialement. On croirait plutôt entendre une bande originale horrifique et dérangée ou encore l’œuvre d’un homme seul en proie à la folie et à l’isolement le plus pur. L’électronique et les samples entrent majoritairement dans le nouveau schéma de composition du norvégien (les bonus uniquement ambiants que sont "Entropie" et le très dérangeant "Hel" mais aussi "Pulse" ou encore la longue descente aux enfers que représente "See").

Parlons justement de "Pulse", qui, telle une ballade électronique, impose un nouveau genre que les fans de la première heure risquent de rejeter avec encore plus de véhémence qu’à l’habitude. Ihsahn y chante uniquement en clair, sur une sublime ligne de claviers et quelques boucles électroniques qui tournent inlassablement sur la lente complainte du norvégien qui se montre plus à fleur de peau que jamais, entièrement nu et sans artifices. Presque seul titre composé d’un réel refrain, celui-ci est d’une beauté paralysante. L’homme avoue d’ailleurs que cette composition, ainsi que les deux "Tacit", sont le résultat d’une totale improvisation en studio puisque les pistes de chant présente sur le disque sont les premières prises réalisées. Studio dans lequel Ihsahn s’est complètement reclus, entièrement seul pour la composition, l’interprétation et l’enregistrement à la seule exception de Tobias Andersen (Leprous) pour la batterie et les percussions. "Das Seelenbrechen" tient donc sa signification dans les entrailles de son compositeur, son for intérieur et sa vision très personnelle de la musique désormais. Il ne voulait rien d’autre que la représentation de ses émotions à ce moment précis de sa vie.

Il s’est donc laissé aller à des compositions noires et tordus, sans fil rouge mais avec une atmosphère fixe et dérangeante, l’intronisation des samples apportant énormément dans la dimension psychologique du disque. "Hiber" s’ouvre ainsi sur une ligne de chant et un riff très lourd (avec toujours cette production d’une puissance inouïe, comme sur les deux derniers opus) mais rapidement, une mélodie de claviers obscurcie le tableau. La technique de Tobias se montre très rapidement plus impressionnante que jamais (lui qui a pourtant joué, de l’aveu d’Ihsahn, sur un kit des plus minimalistes avec juste quatre ou cinq éléments dessus) car il apporte tout le déséquilibre attendu par la volonté du géniteur de la musique, n’étant plus un simple apport rythmique mais un élément indispensable du schéma musical de l’album. "Regen" poursuit et là encore, il ne faudra s’attendre à une quelconque vitesse d’exécution ou même un riff amené à sonner en live (l’album est tellement personnel et pensé en studio qu’il risque d’être presque injouable en live). Une mélodie de piano, très cinématographique, la voix très en retrait d’Ihsahn (toujours en clair), des textes d’une noirceur absolue, une mélancolie proche de la dépression mais enrobée d’une beauté saisissante. Un riff s’impose alors, dans une dimension plus symphonique cette fois-ci, avec l’introduction d’orchestrations subtiles mais essentielles, comme un rappel d’un passé révolu, ainsi que des chœurs majestueux ("Sum Quad Eris") pour filer vers l’un des seuls soli du disque.

Difficile de ne pas évoquer chaque titre puisque chacun est une pierre angulaire de l’album, chacun étant très différent mais se révélant dans une grande cohérence après plusieurs écoutes (les premières étant très difficiles il faut l’avouer). "NaCl" rappelle sensiblement "After" dans sa fluidité et son riff monolithique qui ne s’arrête plus d’obséder une fois incrusté dans l’esprit. On retiendra aussi un « Uh » à la Celtic Frost qui ramène peut-être à une influence de ce disque malgré le fait qu’Ihsahn ait vécu comme un ermite lors de la conception du disque. Mais là où Ihsahn chante surtout en clair et avec mélancolie, le démon ressort parfois sur notamment les deux "Tacit", le second intronisant le premier (logique dans l’esprit d’Ihsahn puisque le "Tacit II" a été composé dans l’esprit d’une introduction mais après le "Tacit I", il place donc le II avant le I en faisant fi de la logique chronologique). Le côté improvisation ressort plus que jamais puisque le titre n’est qu’une très longue succession de riffs aliénants et de pattern de batterie pour amener sur un titre tout aussi chaotique mais plus construit. On y retrouve d’ailleurs, sous formes d’arrangements, des sonorités de saxophone pendant quelques instants, comme si l'esprit du norvégien perdait définitivement la raison. Les hurlements résonnent dans l’espace, cruellement déchirant et plein d’un désespoir solitaire.

On ne saura que dire du très mystérieux "Rec", emplie de sonorités bizarroïdes sur la première partie, malsaines au possible, sur une mélodie silencieuse à la Meshuggah (période "Catch 33") avant que n’arrive un riff évoquant très largement Devin Townsend dans ses moments les plus farfelus ("Deconstruction" notamment). Le chant d’Ihsahn rappelle à ce moment énormément celle du canadien, pendant que d’autre sonorités aiguës envahissent un spectre sonore dont il faut clairement se défaire de tout esprit de normalisation. Car "Das Seelenbrechen" n’a rien de mélodique, de purement metal ou encore de black ou progressif. C’est de la musique dans son sens le plus large, le témoignage d’un instant présent, expérimental et ambiant comme Ulver aurait pu le penser. Le final avec "See", de plus de sept minutes, en est le meilleur exemple. Des sons qui durent dans le temps, qui prennent de plus en plus de place dans le vortex sonore, des percussions massives sur des râles humains glauques. On pourrait même penser, quelques instants, au titre "Why so Serious ?" d’Hans Zimmer lorsqu’il intronise des dizaines de samples les uns sur les autres pour provoquer une sensation d’étouffement et de claustrophobie.

Et ensuite ?

Difficile de savoir la voie que prendra Ihsahn après un tel album, prenant plus la forme d’un essai musical et ésotérique que d’un véritable nouvel opus. "Das Seelenbrechen" ne s’adresse pas à tout le monde. Ceux qui attendent des riffs, des lignes vocales ou même un disque de black progressif peuvent déjà oublier ce qu’ils aimaient sur les autres opus du norvégien en solo. Les fans d’Emperor peuvent une nouvelle fois abandonner tout espoir. Ce cinquième album est une expérience sensorielle unique en son genre, qui nous pénétrera intensément ou que l’on prendra plaisir à détester. Néanmoins, cet homme doué prouve une fois de plus qu’il ne cèdera jamais à la facilité et qu’il ne faudra jamais attendre de lui qu’il ne fasse ce que l’on attend.
En cela, il mérite un profond respect pour ses prises de risques et pour encore faire confiance à l’improvisation lorsque l’on possède un tel passif. Un profond respect pour l’homme et l’artiste…ensuite, ce que chacun pensera de "Das Seelenbrechen", c’est au final très personnel et le reflet de l’exigence que l’on souhaite avoir en découvrant un disque. Celui-ci en demande énormément…au risque même de laisser de côté certains autres pour plonger tranquillement dans les affres d’une des âmes les plus talentueuses du circuit depuis près de vingt ans.

10 Commentaires

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Molick - 28 Octobre 2013: Après quelques écoutes, j'en viens au même avis que Synesthesia, jusqu'à Pulse tout s'enchaîne super bien, mais après ça devient plus du dark ambiant psychédélique, et j'ai du mal à trouver un fil conducteur.

C'est dommage en fait au niveau de l'ordre. Je trouve ça moins bien de mettre tous les morceaux plus "accessibles" au début, puis tous les bizarres après (parce que niveau ambiance ils sont très réussis). Ils auraient fallu mieux alterner les morceaux.

Mais néanmoins ça reste du très haut niveau, pour moi bien au-dessus d'Eremita. Très heureux qu'Ihsahn ne se fixe plus de limite de composition.
Fenrisulfr - 07 Décembre 2013: Je suis en train de découvrir l'album. Pour moi du très bon et du moins bon, les 2 tacit sont excellents je trouve, après il m'énerve quand il imite Akerfeld avec sa voix claire et des traitements studio un peu poussifs. Aussi certains effets épiques sont trop surfait (les choeurs du premier morceau), tu évoquais Hans Zimmer, c'est bien ce que je reprocherai justement... Sinon les morceaux improvisé m'ont l'air prometteur et font lointainement pensé à Anthems par moment.
DevilDevil - 01 Juin 2014: Suis-je le seul à trouver cet album m*rdique ? Ce n'est que mon avis bien sur mais j'ai eu l'impression d'avoir un "eremita" (un bijou intemporel) mode dégonflé. Tout est mou (sauf "tacit II"). Le tout est trop surfait et je m'ennuie un peu...Dommage pour moi c'est un 9/20. Après ceci n'est que mon avis (complètement) personnel.
David_Bordg - 09 Juin 2015: moi je l ai trouve enorme et encore aujourd hui.
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