Danger de Vie

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Nom du groupe Killers (FRA)
Nom de l'album Danger de Vie
Type Album
Date de parution 1986
Style MusicalHeavy Speed
Membres possèdant cet album122

Tracklist

1. Heavy Metal Kids 05:50
2. L'Assassin 06:00
3. Bouffon 04:45
4. Parabellum 04:17
5. Maître du Métal 03:05
6. Délire de Mort 06:14
7. Minorité 05:01
8. À la Santé de Bon 05:21
Total playing time 40:33

Chronique @ largod

24 Décembre 2013

A la vie, à la mort !

A l’automne 1985, les membres de Killers quittèrent leurs verts pâturages du Pays Basque pour « monter » sur la Capitale enregistrer au studio Campus puis mixer le fruit de leur second labeur au fameux studio Couleurs d’Auvers-sur-Oise sous la houlette de Laurent Thibault. L’ingénieur du son, encensé par le groupe sur l’envers de la pochette intérieure, parvint à donner à la production de cet album de Killers une certaine ampleur et une rondeur massive dès lors que la rythmique, surtout l’attelage basse-batterie, et le chant étaient concernés.
Mais bon sang, quelle mouche a bien pu le piquer pour le son de guitare sur les soli de Didier Deboffe ? Est-ce un choix délibéré ou bien une erreur grossière ? A vouloir trop gonfler à bloc et moderniser le son de Killers, les parties du soliste ressemblent à un croisement désastreux entre une corne de brume et une sirène de bateau ! La structure mélodique toujours aussi percutante des compositions de Bruno Dolheguy et Didier Deboffe perd aussi par moment son effet dévastateur suite à des périlleux choix de mixage. Imaginons l’instrumental « Parabellum », si énergique avec sa ligne de guitare digne d’un groupe de black metal, s’il avait été encore mieux traité à la console. On se serait retrouvé plaqués contre le mur, sonnés, comptés et sauvés par le gong.

Malgré tout, Killers conserve sur cette offrande de huit titres sa fameuse dose de vigueur et de fougue véhiculée par la paire de guitaristes, par Patrice Le Calvez au chant ainsi que par Michel Camiade à la batterie, assisté de son compère bassiste Pierre Paul. La pointe de naïveté de certains textes trahit encore la jeunesse du quintette mais à aucun moment l’auditeur ne pourra se dire que ces gars-là n’ont pas l’amour de leur musique chevillée au corps et une furieuse envie de réussir !

Pour y parvenir, rien de mieux que de nous offrir des hymnes à la trame lourde, moment de communion attendu avec les fans lorsqu’il sera venu le temps de les jouer live.
L’exemple du morceau ouvrant la face 1 est d’ailleurs représentatif de la couleur souhaitée par Killers sur ce nouvel opus. « Heavy-Metal Kids », porté par la frappe surpuissante de Camiade, va chercher au fonds de chaque individu le gène identitaire du rassemblement tribal, invectivé par la voix nasillarde de Patrice Le Calvez et ses paroles, simples au possible. La découverte du son horrible dont est gratifié le premier solo de Deboffe ne parviendra pas à nous écœurer de poursuivre l’écoute et contraste avec le grain corrosif du riff de Bruno et la dose de TNT qu’il envoie.
Killers récidive avec le pamphlet au refrain viril et communautaire « Minorité », heavy en diable et dont le pont fait penser immédiatement au « Metal Heart » d’Accept. La grenade est désormais dégoupillée. Au rayon du bon rock des familles que n’aurait pas renié Trust, citons « A la santé de Bon », qui, loin d’être une chanson imbuvable, ne parvient pas tout à fait à prendre son envol.

Par contre, lorsque le groupe revient à ses fondamentaux speed, le combat est gagné d’avance.
« Bouffon » contient les ingrédients essentiels pour partir à la castagne. Malgré un son de batterie moyennement mixé sur la caisse claire, cette ode anti-CRS bouillonne d’une énergie brouillonne attisée par une frénésie de guitare et d’un passage de basse thermonucléaire de l’ami Pierre Paul. Le déséquilibre entre instruments arrache finalement un sourire à tout speed-freak en attente de sa ration d’avoine quotidienne.
La délivrance intervient avec « Maîtres du Metal » qui fait l’effet de la foudre s’abattant sur la pinède des Landes. La double pédale bien présente s’accroche à un lead riff acéré et tranchant comme le fil d’un rasoir. Les couplets de Patrice Le Calvez rebondissent avec délice sur un rythme époumonant tracté par une basse hautaine et qui s’arrêterait presqu’avant d’avoir satisfait à toutes nos envies de conquête d’Empereur d’opérette.

La tuerie précédente laisse maintenant la place à deux perles de sensibilité et de feeling dont Killers aura su se revêtir sans pour autant perdre de sa hargne.
La batterie claque et la basse ronfle avec chaleur sur « L’assassin », titre troublant par le thème abordé et poignant pour sa touche de douceur et de rage contenue. Le riff de guitare colore avec beaucoup de justesse et d’âpreté cette chanson qui se hisse parmi les titres majeurs de Killers en matière d’intensité. Le solo parvient à sortir un peu son épingle du jeu alors que résonne toujours ce refrain entêtant « Tu es la mort, tu es le plus fort, tu es l’assassin. Un assassin, assassin à tuer ».
L’émotion monte d’un cran avec la deuxième perle « Délire de Mort » qui, plus de six minutes durant, nous transporte vers les rives de l’autre Monde sur un tempo lent sublimé par une frappe de plomb de Michel Camiade et un refrain d’anthologie pouvant tirer des larmes au plus obtus des bourreaux de l’Inquisition. Le traitement du son des guitares leur confère un cachet à la fois discret et stellaire pendant que le solo plus en toucher disparait derrière les vocaux abrasifs et singuliers de Patrice Le Calvez. « Je n’ai pas peur de mourir, je n’ai pas peur de souffrir, si telle est ta volonté, je veux bien me sacrifier », plus que des mots, une déchirante profession de foi.

La Fils de la Haine n’a pas disparu. Tapi dans l’ombre, on le sent prêt à tout instant à nous sauter à la gorge.
Le groupe puise son énergie dans une envie indéfectible de réussir malgré un show-business à la française qui ne leur fait guère de concession. Dans une sorte de jeu à la vie, à la mort, Killers se lance tête baissée et orgueil en avant dans la conquête de territoires inconnus, aidé par une base de fans qui n’aura de cesse de grandir. Style résolument heavy et approche détonante finiront par classer nos Basques bondissants dans la catégorie des sparring-partners dont il faudra se méfier dans le futur.


Didier – Décembre 2013
Dans un autre temps, je m'en allais errant
Cherchant mon chemin, je suivais mon instinct
Je fuyais la médiocrité, je voulais mon idéal
Détenir l'invincibilité
Je voulais être maître du métal

8 Commentaires

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largod - 26 Décembre 2013: merci à tous... je n'ai pas trop épilogué sur ce son de guitare même si j'avais lu l'explication de Bruno. Je me souviens encore de ma tête lorsque j'avais entendu le résultat à la première écoute début 86...
largod - 26 Décembre 2013: et la réflexion de Phil est judicieuse. Mise aux poings a été réenregistré et pourquoi pas ce Danger de Vie ?
ZazPanzer - 26 Décembre 2013: Personnellement je trouve complètement aberrant de réenregistrer un album même si celui-ci a un son merdique. On perd forcément l'esprit qui animait sa conception à la base. Avoir un gros son c'est bien mais avoir une âme c'est mieux. Le son cornemuse de Danger De Vie fait partie de ce disque pour l'éternité et tant mieux. Je n'ai pas écouté la nouvelle version de Mise Aux Poings et je ne le ferai pas.
samolice - 31 Décembre 2013: Merci Didier pour la chro. Ce disque, pour moi c'est "L'assassin". Je ne sais pas trop pourquoi mais j'ai toujours adoré ce titre, mon préféré peut être de toute leur discographie ou tout du moins de ce que j'en connais. J'attends maintenant avec impatience et curiosité de lire comment tu vas t'en sortir avec le suivant "Résistances", assez moyen à mon goût...
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Chronique @ dark_omens

23 Juin 2016

Killers grandit pas après pas...

Le premier essai des Basques de Killers fut infructueux. Tentative bien trop perfectible, emplie de défauts passablement compréhensibles, elle fit naitre en moi une frustration légitime car laissant pressentir, au-delà de ces infirmités, quelques idées, mélodies, et talents, encourageants. L’apprentissage est une marche longue et laborieuse, mais nécessaire pour parvenir à affirmer toutes les nuances de son caractère, même artistique. Et avec ce deuxième effort, intitulé Danger de Vie et sorti en 1986, Killers va, à nouveau, essayer de s’affirmer.

D’abord il nous faut remarquer qu’au chapitre de la production, le problème le plus embarrassant de ce précédent manifeste, l’évolution est notoire. Désormais elle est bien plus claire et bien plus précise et évite ces empilements maladroits d’instruments dont l’expression, parfois, fut, autrefois, désordonnée. Elle demeure cependant encore insuffisante et ce même si, chaque acteur de cette nouvelle pièce occupe dorénavant une place plus adéquat pour un équilibre plus attrayant. On regrettera, tout de même, que la voix de Patrice Le Calvez soit, encore, un peu trop en retrait et qu'elle s’exprime au cœur d’une reverb inutile et gênante qui nuit, parfois, à la précision. C’est d’autant plus fâcheux que l’excellent chanteur de ce groupe fut loué, à l’écoute de ce timbre aigu et écorché, en une comparaison flatteuse avec rien moins qu’un certain Udo Dirkschnieder (Accept, UDO).

Il nous faut ensuite percevoir les progrès remarquables dans cette démarche, toujours encore dévouée, à un Heavy/Speed Metal hargneux. Notons aussi que Killers aura eu le discernement de s’exprimer davantage dans ce Heavy âpre qu’il maitrise bien mieux que les fébriles débauches promptes d’un Speed rageurs. Et ce même si, toutefois, il aura su formidablement s’y améliorer. Ainsi, sans en montrer la meilleure représentation, des titres tels que Boufon ou Parabelum en constitue des ébauches encore un peu maladroites mais intéressantes. Si ces titres évoqués demeurent des essais prometteurs, le rapide et furieux Maitre du Metal, constitue, quant à lui, le premier pas excellemment réussi, de la part des basques, au sein de cette scène dédié à la vitesse.

Il nous faut finalement parler du talent de Bruno Dolheguy et des siens dans ce Heavy dans lequel ils semblent s’exprimer avec une aisance grandissante. Ainsi ces titres sont efficaces, acerbes, incisifs et nuancé, à l’image de Heavy Metal Kids, le superbe Assassin et ses admirables variations où les guitares sèches et électriques se succèdent alternant passages intimistes et agressifs soulignant parfaitement le déroulement de la trame de l’histoire du morceau, ou encore par exemple à l’image de Minorité.

Bien évidemment l’œuvre a des défauts. En outre de cette production toujours encore, un peu, insuffisante déjà évoquée, parlons de ces solos de guitares dont le son particulier apparait aujourd’hui comme très curieux. Parlons aussi des limites de la voix de Patrice qui si elle excelle formidablement sur les morceaux belliqueux, démontre quelques faiblesses sur les titres plus intimistes. Ainsi sur une chanson comme le pourtant très bon Délire de Mort, ses aigus, dans les douceurs amères de ces passages mélancoliques, apparaissent comme inopportuns et ce malgré les talents manifestes et exceptionnels du chanteur.

Pour conclure, parlons encore du titre A La Santé de Bon, hommage éminemment respectable à Bon Scott, qui dans une sorte de Hard Rock festif et enjoué que, pour ma part, je trouve trop en décalage avec le reste de ce disque. Pas que ce morceau soit raté, mais sa légèreté ne sied, en effet, pas véritablement avec un ensemble dans lequel Killers se sera exprimé avec véhémence, sagesse et application.

Les progrès remarquables effectués par les basques de Killers ne suffissent pas encore à convaincre totalement l’auditeur exagérément critique dans mon genre, elle demeure cependant un mieux enthousiasmant laissant augurer, à l’avenir, du meilleur pour ce groupe.

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