Alien

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Nom du groupe Strapping Young Lad
Nom de l'album Alien
Type Album
Date de parution 2005
Labels Century Media
Style MusicalThrash Technique
Membres possèdant cet album236

Tracklist

1. Imperial 02:17
2. Skeksis 06:42
3. Shitstorm 04:21
4. Love? 05:43
5. Shine 05:13
6. We Ride 02:37
7. Possessions 04:12
8. Two Weeks 03:28
9. Thalamus 03:58
10. Zen 05:02
11. Info Dump 11:56
Total playing time 54:45

Chronique @ Eternalis

28 Novembre 2008
"Sois le maître et le sculpteur de toi-même" disait Nietzsche.
Devin Townsend semble avoir totalement assimilé cette doctrine dès le plus jeune âge. Car force est d’admettre qu’il sera resté tout au long de sa carrière (aujourd’hui en sursis) intègre et fidèle à son éthique : toujours innover et présenter une musique en totale adéquation avec son état d’esprit.

C’est ainsi que naîtra sous le nom de Strapping Young Lad deux albums cultes : "Heavy as a Really Heavy Thing" et surtout le démentiel et inhumain "City", sorti voilà dix ans et résonnant dans la tête de beaucoup de metalleux comme LE symbole d’extrémisme musical ; une musique à la fois extrêmement brutale (le mot en devient presque faible), expérimentale ou atmosphérique dans un enrobage industriel pour un résultat simplement unique et jusque là inaccessible. Qui pouvait se targuer de produire une telle sauvagerie en incorporant des mélodies pourtant si limpides, et ce Devin hurlant comme personne ne l’avait fait avant lui, ne véhiculant non pas la haine mais la folie. Oui, de la folie pure, simple et totalement barge.

Alors, comment entretenir le mythe et accueillir objectivement un nouvel album lorsque l’on dispose d’un passé aussi glorieux et ne disposant que de trois œuvres (il n’est même plus question de nommer ça simplement par le terme d’album) ?
Personnellement, je croyais avoir entendu beaucoup de choses, et j’avoue que je m’attendais à beaucoup encore une fois mais sans doute pas de cette façon. Car que de changements chez ces canadiens fous.

Si "City" et l’éponyme "S.Y.L" représentent l’adolescence, la rébellion et le rejet des normes, "Alien" se traduit comme étant l’âge adulte, la dissolution des utopies, la compréhension d’une société ne pouvant de toute façon plus changer, d’une destruction déjà programmée.
La musique si folle et bordélique des débuts a laissé place à une expression bien plus humaine, plus pachydermique et artistique, créant le premier disque capable de déloger "City" de son fauteuil d'album culte.

Le titre d’ouverture est simplement extraordinaire. "Imperial" martèle de son rythme saccadé et lourd, avant de nous emporter dans une spirale de voix très agressives et grognées d’une manière presque Black. Difficile de comparer une telle musique à un groupe déjà existant tant elle est unique. Mais il ne s’agit là que de l’introduction avant que ne déboule le monstrueux "Skelkis", habile mélange entre la brutalité des débuts et une nouvelle maturité mélangée dans des couches de bruits et d’effets tous plus pervers les uns que les autres. Considéré comme le morceau préféré de son créateur, il s’agit d’une longue aliénation de sept minutes très progressive dans sa construction, montant en puissance et explosant aux alentours de deux minutes pour laisser la place à un chant bien plus émotionnel que par le passé, c'est-à-dire à la fois très violent mais dans le même temps complètement désabusé, comme s'il crachait sa haine envers ce monde mercantile. Le son est également bien plus clair que par le passé, et beaucoup plus tranchant, tout en gardant une richesse sans pareille.

Puis arrive "Shitstorm", que l’on ne pourra éviter de comparer à "Oh my Fucking God" de "City". Une agression sonore incroyable, démarrant sur un riff ultra rapide de Jed Simon, où Gene Hoglan montre qu’il est probablement l’un des plus grands batteurs du monde. A l’écoute de cette merveilleuse et jouissive furie, on se dit simplement que l’on vient de toucher de très (vraiment très) près l’essence la plus pure de la schizophrénie et de la folie (quel chanteur ! à en rester sans voix !). De plus, Devin expérimente dans la production en proposant le phénomène de l’aspiration-explosion du son, conférant à cet opus l’impression qu’il vit, qu’il respire et… explose en un véritable dédale de sonorités où l’on croirait qu’il y a plusieurs morceaux en superposition.
Mais outre cette démence et cette rapidité, le quatuor a pris le temps de considérablement alourdir ses atmosphères, comme le témoigne le jubilatoire "Love ?", très moderne dans ses riffs (rappelant quelques peu l’univers de "Ocean Machine"). Une introduction certes directe mais laissant place à quelques chœurs angéliques, avant que ne déboule le hurlement tétanisant de Devin, réalisant sur ce titre une de ses plus grandes performances vocales à mon humble avis (du moins dans la diversité des registres, passant du hurlé au clair d’une beauté sans nom). Un break de fou vient parachever ce chef d’œuvre de cinq minutes (son clip est d’ailleurs très intéressant et dérangeant, je ne vous en dis pas plus…).

Mais brutalité sera-t-il le maître mot de cet opus ? Et bien non, et c’est bien là que les fans crient à l’injustice. Mais pourquoi ? Qui a dit que Strapping se devait d’être le gardien de la brutalité, qui à part les fans ?
C’est donc pour cela que Devin et Gene ont décidé d’évoluer et d’aérer "Alien", avec l’intégration du magnifique et planant "Two Weeks", qui pourrait sortir tout droit de "Terria". Unique, simplement quelques claviers (ayant pris beaucoup plus de place sur cet opus et encore plus sur le prochain The New Black), quelques accords acoustiques et la voix sainte et divinement belle d’un Devin touché par la grâce.
Le démentiel et cinglé "Zen" terminera d'anéantir ce qu’il vous reste d’oreilles dans un déchainement de décibels bien peu approprié au nom de la chanson. Un titre paradoxal car sans doute le plus violent (quelle partie de batterie ! Inimaginable de technique) mais possédant des lignes vocales une nouvelles fois très pures sur le refrain, et provoquant un contraste dérangeant prenant véritablement aux tripes.

Car c’est un disque ne s’écoutant pas aisément et cette chronique ne voit le jour qu’un an après l’acquisition de son œuvre. Une écoute épuisante car très émotionnelle et demandant une attention de tous les instants, et ne dévoilant ses nombreux secrets que si l’on désire les découvrir, comme la remarque concernant les lignes vocales de Zen", cela est très loin d’être immédiat. Il existe de nombreuses lectures possibles et, à l’instar d’une grande œuvre littéraire, il pourra se prendre tel quel, c'est-à-dire un album bourrin et jouissif de par cette brutalité ou alors comme une œuvre d’art sans doute inaccessible à certains à cause justement de cette immense complexité.

Mais n’est-ce pas la définition de l’art ?

6 Commentaires

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Eternalis - 20 Septembre 2009: Fais attention, ce n'est pas du tout le même genre. Ne t'attend pas à en prendre plein la tronche avec The New Black, il est bien plus mélodique mais aussi désespéré et noir, ou plutôt cynique car les titres paraissent marrant de primes abord.

En revanche, il est bien plus barré que Alien, moins musical et ultime mais plus barré et varié (Monument est un vrai petit bijou, et que dire de Hope).
Bref, c'est très différent, je ne les écoute jamais ensemble, mais c'est une vision tout aussi passionnante du mystère Townsend !
scrattt - 20 Septembre 2009: Un mélange de Infinity et de SYL (le groupe) en quelque sorte...mouais, j'attendrai déjà de compléter un peu les album solos de DT avant de le prendre, je n'ai toujours pas Ocean Machine ni Synchestra ou Zitloïd (qui a l'air bien barré lui aussi)
Eternalis - 20 Septembre 2009: Ziltoid c'est LE plus barré de Devin, dans la musique, le concept, le livret, les textes (ce petit alien voulant devenir le meilleur gratteux de l'univers et avide de café^^).
Musicalement, ça va de choses complètement débridées à des paysages mélancoliques magnifiques.

En dessous du magique Ocean Machine (déchirant) mais largement au dessus de Synchestra.
Nile - 23 Fevrier 2010: Super chronique, je partage ton avis.
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Commentaire @ joKeR

28 Mars 2009
Il faut le voir pour le croire ; ou plutôt l'entendre pour le subir, cet album. Car oui, on parle bien de soumission devant le son de Strapping Young Lad. Ce dernier opus ne déroge pas aux règles établies par les précédents, à savoir un son monstrueux, taillé à même le roc du grand nord Canadien, une mise en place proprement hallucinante, l'intégration de samples, choeurs d'enfants ("Shitstorm"), des riffs ravageurs et un chant - si l'on peut encore l'appeler ainsi - hors normes. Devin Townsend au sommet de sa forme dans son side-project "Ul... Hardcore Metal" (comme il qualifie lui même sa musique) nous ouvre les portes d'un monde où tout est violence, démesure et chaos. Pour l'anecdote, essayez donc de classer SYL dans un genre précis, vous n'y parviendrez pas tant leur diversité musicale est impressionnante. Mais le chaos n'est pas vide chez les 5 Canadiens déchaînés ; bien au contraire, il a beau apparaître bordélique, il est structuré, très structuré... Au fil des écoutes, on percevra un nombre impressionnant de changements de plans sur "Love" (qui n'a rien de tendre), une structure hyper crédible et cohérente sur "Zen" après l'intro qui pose les bases, etc... Le carré dans le rond, la structure dans l'instructuré, le métal déchaîné de SYL procure un sentiment absolument unique, proche du bonheur naïf. On retrouve même dans la voix de Devin les accents de "Sex and Religion", album du monstre sacré Steve Vai sur le lineup duquel on retrouvait le jeune Townsend à la guitare et aux voix additionnelles. Et la conclusion tend irrémédiablement à prouver que, oui, Strapping Young Lad est un groupe démentiel, génial, et... Bref.

En résumé, un album indispensable, à posséder de toute urgence, et à ranger sur l'étagère "Monuments du Metal Extreme"...

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Commentaire @ Stench

11 Fevrier 2009
Chroniquer un album de SYL est toujours un moment unique qui mêle bonheur et douleur. Bonheur parce que putain, c’est quand même super jouissif de pouvoir écouter avant tout le monde le chef d’œuvre de ce génie de Devin qui nous a encore pondu une bombe. Douleur, parce que pour comprendre tout ce qu’il s’y passe, c’est assez galère, alors imaginez quand il s’agit de le décrire ! Une fois encore complètement barge, toujours dans cette démesure qui fait qu’on a l’impression d’écouter un assemblage de plusieurs éléments dans la plus parfaite anarchie (prenez « Skeksis » : j’ai eu un moment le sentiment d’écouter trois titres en même temps, superposés !!), et pourtant l’œuvre trouve sa cohérence dans un élément central : la brutalité ! Le travail de batterie est d’ailleurs assez colossal, les rythmes souvent décoiffants, et la maîtrise de la double est tout simplement ahurissante ! Une agression sonore monstrueuse, sur laquelle nage des nappes de clavier, des sampler en tout genre, des breaks de fous, des plans presque indus… Ce qui par contre me chagrine, c’est que le groupe semble avoir stoppé son évolution et nous ressort la même recette qu’il y a deux ans. Pour un combo comme SYL qui nous avait habitué à une progression constante, c’est un peu dommage. Mais bon, ne boudons pas notre joie, ce disque est une bombe, qui comblera les fans sans aucun doute ! Attention aux migraines !

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Commentaire @ Kivan

11 Fevrier 2009
Strapping your Lad… Que ce soit le nom du groupe ou de l’album de même nom, difficile de n’avoir jamais entendu parler d’eux car déjà leurs dernier opus avaient fait grand bruit, et les voiçi de retour avec ce « Alien », pur chef d’œuvre de metal… Alienique…
Ce mot ne veut rien dire, mais il qualifie cependant parfaitement la musique de ce géni de Devin Townsend, qui mélange allègrement black haineux, musique indus violente et que sais-je encore…
Et face à un album aussi disparate que surprenant, il parait presque impossible de le décrire avec des mots… La première impression qui en ressort est une violence sans pareil, avec des titres extrêmement rapides et incisifs, doublés par des refrains mélodiques souvent repris en chœur et le tout nappé d’une chape de bruit disparate pour une musique absolument démente tout en sachant rester cohérente…
Vous me suivez ? Pas trop, je comprends…
En même temps il n’y a pas grand chose à essayer de comprendre dans le géni créatif de Devin, il faudrait être au moins aussi malade que lui, car à travers ces riffs dévastateurs, ce martèlement de batterie incroyable et ces accélération dantesque ressort une atmosphère sombre et démente nettement mise en avant par l’ajout de cris et autres « petits plus guillerets » pour lesquels il faudrait au moins écouter l’album cents fois pour tous les remarquer…
Enorme, surprenant et dérangeant, vous allez redécouvrir ce que le terme « metal extrême » veut dire avec Strapping your Lad…

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