Sabaton

Sabaton nous devait une interview, après la rencontre annulée lors du dernier Download festival, sur lequel nous reviendrons. Retranscription d'un dialogue d'une demi-heure avec le chanteur Joakim Brodén au rez-de-chaussée d'un hôtel parisien, le mercredi 22 juin 2016.

interview SabatonVous avez joué il y a dix jours à Paris au Download Festival, sous une pluie battante, quelles ont été tes impressions du concert ?
C'était fun ! En fait c'était un sentiment très étrange. La veille on a joué 1h45, au Sweden Rock Festival, en tête d'affiche. Et juste après, en route pour le Download, il y a eu une grève des pilotes, à la fois sur Air France et SAS. On n'était pas sûrs du coup d'être à l'heure pour le show, et on ne pouvait pas non plus avoir une introduction parce que la tête d'affiche (ndlr : Rammstein) ne voulait pas. Du coup, au lieu d'y aller directement, on est restés dormir deux heures et demi au Sweden Rock, pour rallier Copenhague, et voler jusqu'à Francfort. Là on a appris que la Suède allait jouer contre l'Irlande pour l'euro de foot. Dans notre avion, on avait une centaine d'irlandais, qui buvaient et qui criaient, alors qu'on essayait de dormir pour être prêt pour notre concert ! Ils étaient tellement bourrés, que l'avion a été retardé. Arrivés à Paris, le festival été sensé être à une demi-heure de route, mais c'était sans compter sur le trafic à cause du championnat de foot ! On est donc arrivés au festival, en ayant dormi deux heures et demi la veille, juste une heure et demi pour se préparer, on n'a eu le temps de penser à rien. Et là en arrivant sur la scène, quand j'ai vu la foule, je ne pouvais pas en croire mes yeux qu'ils s'en fichaient complètement de la pluie ! Il pleuvait comme pas possible, et tout le monde s'en fichait. Mais puisqu'ils étaient prêts à être trempés, je devais le faire aussi. À la place de jouer en retrait pour se protéger, comme le font la plupart des groupes et comme on aurait dû le faire, on a tout mis sur le devant de la scène, les lumières, les micros et tout ! J'ai cassé deux micros comme ça à cause de la pluie. J'avais voulu chanter Swedish Pagans au milieu de la foule, mais au moment de descendre dans le pit, le micro ne marchait plus, donc j'ai dû remonter la chanter sur scène. De l'eau tombait directement du toit sur les micros. Mais je me suis battu de toute façon. C'est vraiment la foule qui nous a poussé. On était tous trempés comme jamais. C'était un bon moment ! (rires)

Est-ce que les musiciens ont aussi eu des problèmes à cause de la pluie ?
Oui, la basse de Pär l'a lâché pendant Gott Mit Uns je crois, je ne me souviens plus si on l'a jouée (ndlr : en fait, non). Les pédales de guitare ont eu des problèmes aussi, elles ne voulaient plus changer le son, quelques trucs comme ça ! (rires)

C'est un peu dangereux pour le concert !
C'est vrai, mais on joue du heavy metal, c'est un rock show ! C'est probablement l'un des concerts dont je me souviendrai le plus longtemps. Avec toutes ces circonstances, selon les standards normaux, ça n'aurait pas été un bon concert. Pas dormis, arrivés en retard, pluie torrentielle, météo de merde. Mais quand on a vu la foule, ça nous a tous remonté. Ça a été un très bon moment finalement.

Vous allez sortir votre nouvel album, The Last Stand, en août, peux-tu nous en dire plus sur cet album ?
Comme son nom l'indique, c'est à propos de derniers combats. Ce n'est pas vraiment un concept album, mais en tout cas c'est un album à thèmes. Les chansons sont liées, puisqu'elles sont toutes à propos de derniers combats. D'habitude, on chante plus à propos de guerres modernes, on ne remonte pas trop loin dans le temps, à part un petit peu sur Carolus Rex. Cette fois on avait vraiment besoin de remonter plus loin dans l'histoire, on couvre plus de 2500 ans d'histoire. La première chanson qui s'appelle Sparta, et à propos de la batailles des Thermopyles, qui se passe 480 ans avant J-C.

Donc c'est plus de la légende que de l'histoire ?
Exactement ! On est à la limite de l'histoire, de la légende, et de la mythologie ! Pour les autres morceaux on bouge dans le monde entier et à travers toute l'histoire, en Afrique, au Japon, en Europe … On parle même de l'Afghanistan, avec la guerre soviétique de 1988. C'est historiquement la chanson qui parle de l'histoire la plus récente.

Est-ce que vous avez prévu une fois de faire un album centré sur une seule histoire ou un seul concept ?
Oui ! En un sens, on l'a déjà fait avec Art of War, puisque c'était basé entièrement sur le script de The Art of War, mais les batailles évoquées venaient de différentes époque. Le livre parle à chaque chapitre d'une technique de guerre différente, et chaque chanson sur cet album se référait à chacune de ces techniques. Sur Carolus Rex, on se focalisait sur l'empire Suédois, sur une période de 100 ans à peu près, les rois et reines, et l'expansion de l'empire. C'est ce qu'on a fait de plus proche de l'album concept. Mais … On a tellement d'idées tout le temps ! Quand on a commencé à composer pour Heroes, on avait l'idée de faire une première chanson sur Napoléon en tant que héro de la révolution, puis la dernière sur lui comme empereur. Ça marche aussi pour Alexandre le Grand. Quand on parle de ces personnages, on ne peut pas faire qu'une seule chanson, ça doit être l'album entier. On a encore tellement d'histoires en tête pour des albums ! À la base, on avait une idée de sujet totalement différente pour cet album, The Last Stand, et on a tout changé un mois avant l'enregistrement, parce qu'on trouvait que les thèmes de derniers combats collaient mieux à la musique. On fait aussi en fonction de nos recherches et de ce qui nous intéresse le plus sur le moment. En 2009, on savait déjà qu'on allait faire Heroes, mais entre temps on a sorti Coat of Arms et Carolus Rex, parce qu'on avait pas encore assez de matière. Crois-moi, on a déjà quatre ou cinq albums qu'on est sûrs de faire dans le futur ! Mais on ne sait pas quel sera le prochain (rires).

Du coup sur quoi étiez-vous parti, juste avant de changer le thème pour
The Last Stand ?
Je peux pas te le dire, parce que c'est toujours sur notre liste pour le futur.

L'album est très court, comme Heroes ; il y a une volonté particulière d'avoir une durée réduite ?
Oui, plutôt. Carolus Rex était plus long, mais l'histoire elle-même devait être longue. Ça dépend vraiment des thèmes qu'on aborde. Avec The Last Stand on a un concept intense, et la musique doit être intense. Après, j'ai envie de dire … notre album fait 37-38 minutes, mais Reign in Blood de Slayer en fait 29, donc ! (rires) Mais aussi quand j'ai grandi, mes disques préférés faisaient tous entre 35 et 40 minutes. Puis si tu allonges la durée, il y aura des fillers, ce sera plus dur pour l'auditeur de se remémorer l'album. Parfois on écoute des albums de 15-18 chansons, mais c'est difficile de faire le lien entre toutes. Dans le futur, la plupart des albums de Sabaton devraient rester dans cette durée assez courte. Si on a une histoire qui nécessite d'être plus développée, sur 60 minutes ou sur un double album, on n'hésitera pas non plus, mais c'est une situation différente, et ce sera pour un vrai concept album alors.

Il y a cette chanson sur une bataille en Écosse, Blood of Bannockburn, où vous utilisez une cornemuse et un orgue hammond, c'est assez nouveau pour Sabaton …
C'est vrai … On a ajouté de la cornemuse à la fin, c'était un peu obligé pour l’Écosse tu vois. C'est un instrument assez sec et dissonant, mais finalement ça a bien marché grâce à Peter (ndlr : Tägtgren, le producteur). Mais l'orgue hammond … À la base je ne suis pas chanteur, j'ai intégré le groupe comme claviériste, quand j'étais jeune je jouais de l'orgue dans une église … Donc je voulais de l'orgue sur cette chanson, mais ça faisait trop longtemps que j'en n'avais pas joué, du coup j'ai appelé un ami pour le faire. Il est venu en studio, mais au milieu de l'enregistrement, sa Leslie (ndlr : sorte d'ampli pour ce type d'orgue) a commencé à prendre feu ! Donc on a vraiment sur l'album le son d'un orgue hammond avec une Leslie qui brûle ! (rires)

Et sur scène, est-ce que tu penses jouer l'orgue toi-même ?
Je n'ai pas encore décidé. J'aimerais bien, parce que c'est toujours fun d'en jouer, mais d'un autre côté, ça me bloquerait derrière l'orgue, et c'est une chanson dynamique donc je vais avoir envie de bouger ! Donc on ne sait pas encore si on va le jouer vraiment, ou si ce sera pré-enregistré avec le reste des claviers. Pour le solo en revanche, c'est plus probable que ce soit Chris qui le fasse à la guitare.

Ou avec une keytar ?
Non, non, non ! (rires) Pour l'orgue hammond en particulier on a besoin d'un ampli spécifique et de pédales. Si c'était un clavier normal pourquoi pas. Et puis le rythme entre le chant et l'orgue est différent (ndlr : il commence à chanter pour me montrer).

Est-ce que tu as écris toutes les chansons tout seul, ou alors Thobbe et Chris t'ont aidé ?
On a écrit l'album ensemble. Blood of Bannockburn ça a été la première terminée pour l'album, et je l'ai écrite seul, c'était il y un an. Mais par exemple Shiroyama je l'ai écrite avec Thobbe, et l'éponyme avec Chris.

Est-ce que ça change quelque chose ?
Oui, certainement. Thobbe et Chris ont beaucoup de très bonnes idées, mais elles ne sonnent pas forcément Sabaton. Si je les fais composer ensemble, alors là ça sonne Sabaton, parce qu'ils sont des très bons compositeurs de toute façon. Et si j'écris tout seul, après tant d'albums, c'est difficile de faire quelque chose de bon et de nouveau, ça devient de plus en plus dur. Du coup c'est mieux d'écrire ensemble. Celle avec Chris ça a pris un peu de temps, avec tous les chœurs, mais avec Thobbe ça a été très rapide. Il avait l'idée du riff principal, on a fait quelques arrangements, et c'était bouclé.

Et dans le futur tu prévois d'écrire plus de morceaux de cette manière ?
Oui totalement. Toute bonne idée qui surgit dans le groupe pour faire une chanson de Sabaton fera une chanson de Sabaton. On s'en fiche de qui l'écrit, tant que c'est rapide, que c'est hard ou soft, tant que c'est bon. Si c'est entre du hard rock et du thrash metal, tout ce qu'il y a entre les deux, et qui sonne Sabaton, on va le faire.

Tu parles beaucoup du son Sabaton, vous avez sorti beaucoup d'albums sur le même thème de la guerre, est-ce que tu n'as pas peur de faire tout le temps la même chose ?
J'ai une vraie passion pour l'histoire en général, et comme on joue du heavy metal, l'histoire militaire colle plutôt bien. Tous les feelings qu'on ressent dans la guerre, on les retrouve dans notre musique. Et puis si on chante à propos d'histoire, c'est parce qu'il y a tellement d'histoires fantastiques dans notre passé qu'on oublie, alors pourquoi en créer des nouvelles ? Il y a assez de groupes qui parlent de tuer des dragons, baiser avec des femmes, et boire de la bière. Il y a bien sûr des groupes qui ont chanté sur des histoires militaires avant nous, mais c'était des morceaux par-ci par-là. On doit être l'un des seuls groupes à chanter seulement à propos de conflits militaires.

Et en ce qui concerne la musique, et le son Sabaton ?
C'est la partie délicate en fait ! La difficulté est de faire une chanson qui sonne Sabaton, mais sans faire ce qu'on a déjà fait dans le passé. C'est vraiment un sujet délicat. Parce que si on change, les gens vont crier que ce n'est plus Sabaton, mais si on continue, on va se dire qu'on fait tout le temps la même chose. C'est clairement un combat qu'on ne peut pas gagner. (rires) Cet album est déjà plus varié que ne l'était Heroes par exemple, que ce soit pour les paroles, ou pour la musique. C'est à la fois un pas vers l'arrière et un pas vers l'avant
. On n'a pas beaucoup de chansons qui sonnent comme Blood of Bannockburn ou comme Sparta, c'est un peu nouveau pour nous. D'un autre côté on a Rorke's Drift avec la double pédale, qui pourrait très bien venir de Primo Victoria ou The Art of War.

Sur un autre sujet : vous avez votre propre festival, le Sabaton Open Air, le jour de la sortie de l'album …
Oui quelle drôle de coïncidence ! Je me demande comment ça se fait. (rires)

Qu'est-ce que vous attendez alors du festival ?
Ça va déjà être très fun. On va jouer pour la première fois des morceaux de The Last Stand, puis on va replonger dans l'histoire du groupe, parce qu'on aime beaucoup l'histoire, mais aussi la notre ! À la base le festival s'appelait Rock City, et la première édition en 2008 on l'a faite comme un événement pour la sortie de notre album. Et puis pour nous c'est une ambiance différente. Si on joue dans un festival quelconque, on va avoir des gens qui ne nous connaissent pas forcément, donc on joue quasiment que nos tubes. Mais si on est notre propre tête d'affiche, on peut jouer à la fois du nouveau et de l'ancien pour tous les fans du groupe. Donc on peut faire des choix plus originaux. Mais il y a aussi des gens qui viennent au festival, pour voir Saxon par exemple, et ils s'en fichent de Sabaton, et c'est très bien aussi. Mais bien sûr, la majorité sont nos fans, et ils nous ont vu déjà plusieurs fois. Donc on peut jouer des choses qu'on n'a jamais jouées sur scène auparavant, ou des albums entiers. C'est pas mal pour une fois de montrer un show différent.

Vous pensez jouer le nouvel album en entier cette fois ?
Alors on aimerait beaucoup, mais ça pose quelques problèmes. Déjà les gens ne l'auront écouté que depuis deux jours, donc ils ne connaîtront pas les paroles, certains seront obsédés par l'idée de filmer pour la première fois ces chansons et les poster sur internet, donc ça va créer de la confusion. On va plutôt jouer quelques nouveaux morceaux, en essayant de sortir des morceaux qu'on a très rarement joués, pour que les gens apprécient plus.

Vous allez donc jouer aux côtés de D-A-D, Saxon, Lordi, Dragonforce … ce sont des amis à vous ?
L'idée principale du festival, c'est d'amener des amis, dans groupes qu'on aime, mais aussi des groupes plus jeunes et qui ne reçoivent pas assez d'attention. On a tourné avec Therion, avec D-A-D, Dragonforce … On n'a jamais joué avec Saxon, mais on leur a demandé de venir parce qu'on les aime bien ! On ne fait pas ce festival pour vendre plein d'entrées, on le fait vraiment pour nous et nos fans. Il y a deux ans, on a fait venir Battle Beast. Parce que si tu aimes Sabaton, il y a de fortes chances que tu les aimes aussi. Donc on leur a donné un bon créneau dans notre festival, et les gens ont beaucoup aimé. Donc on s'en fiche carrément des ventes de tickets, qu'il y ait 3000 ou 7000 personnes, je m'en fiche.

Et cette année, est-ce qu'il y a des groupes que tu veux mettre en lumière ?
Cette année, je voudrais dire … Saxon. J'ai grandi avec eux, mais j'ai jamais eu l'occasion de les voir vraiment sur scène, cette fois j'en ai l'opportunité. Par exemple l'an dernier on avait eu le tout dernier concert en Europe de Falconer. Il y a chaque année un groupe ou deux que j'ai vraiment envie de voir.

Et des petits groupes à qui tu veux donner un coup de pouce ?
Oui, ils vont jouer au festival, ils vont sortir leur deuxième album bientôt, c'est Twilight Force ! Un très bon groupe, je les adore, et musicalement c'est génial. Ce que Rhapsody faisait il y a quinze ou vingt ans, ils le refont en poussant l'idée encore plus loin. C'est ce qu'il y a de plus fou en metal symphonique épique, je n'ai jamais rien entendu de tel ! Donc je recommande à tous ceux qui aiment le metal épique, rapide et symphonique d'écouter Twilight Force. Leur deuxième album va sortir la semaine après le notre, aussi chez Nuclear Blast, donc je recommande vraiment de les écouter aussi. Et d'ailleurs je chante en guest sur leur album.

Vous allez ensuite tourner dans toute l'Europe, sur The Last Tour, même si ce n'est pas votre dernière tournée …
C'est juste parce que l'album s'appelle The Last Stand, mais d'un autre côté on ne sait pas, on peut mourir n'importe quand (rires) ! Mais c'est aussi une blague pour nous, pour tous ces groupes qui font des tournées d'adieu pendant des années. L'exemple le plus extrême c'est Status Quo, ils ont fait leur première tournée d'adieu en 1984, il y a 32 ans ! Je ne dis pas que tous ces groupes devraient arrêter, mais quand tu le dis, tu le fais. Comme Mötley Crüe.

J'ai entendu quelque part que vous aviez créé The Last Beer, votre propre bière …
On ne sait pas encore ce qu'on va en faire, on est encore en train de travailler dessus. Celle qu'on a créée c'était une petite série pour un test, pour les médias et avec la marque Sabaton. Mais tout le monde l'a aimée. On l'a faite avec une petite brasserie suédoise, mais on n'aurait pas pensé qu'elle soit populaire ; la Suède n'a jamais été fameuse pour ses bières. Du coup on va continuer à l'améliorer, et voir ce qu'on va en faire !

Et pour finir : l'an dernier tu as sorti une vidéo où tu disais aller à pieds à ton prochain concert en Norvège. On n'a pas eu de nouvelles ensuite, est-ce que tu as réussi ?
(rires) Non, pas jusqu'au bout, j'ai dû annuler à un peu moins de 200 kilomètres, au total ça devait faire quelque chose comme 500 kilomètres. Il a plu énormément, il y a eu des débuts d'inondations, puis j'ai attrapé froid, j'ai eu la grippe et de la fièvre. Donc cinq jours avant le concert c'était pas sérieux, et je suis rentré me soigner. Mais puisque c'était un pari, je vais devoir le terminer !
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interview réalisée par LeLoupArctique

1 Commentaire

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tigrex_noir - 07 Juin 2017: Excellente interview vraiment amusante !
Merci pour le travail :)
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