Psygnosis

Rémi Vanhove, maitre à penser du projet Psygnosis, vient avec « Neptune », plus que jamais, de démontrer que la musique est un voyage, que la musique est un art qui se ressent, se vit et que les différents artistiques doivent se marier afin de donner le meilleur de ce que l’être humain peut nous offrir.
C’est un long échange de près d’une heure que j’ai eu avec lui, et c’est avec plaisir que je vous dévoile les meilleurs passages de cet entretien riche et passionnant …

[Par Eternalis]

interview Psygnosis1 – Salut Rémi ! Comment vas-tu ? Que peux-tu dire de la période de promo que vous êtes en train de vivre pour la sortie de « Neptune » ?
Ecoutes pour le moment on est très contents. Les notes sont très bonnes, à part un petit 4/10 qui traine quelque part mais la plupart des critiques sont assez dithyrambiques donc c’est vraiment génial. On a juste une petite déception vis-à-vis de la promo Facebook car notre dernier clip a été partagé un nombre incalculable de fois et beaucoup de vus alors que sur Youtube, le nombre de vues ne décolle pas vraiment. On a donc remarqué ce dysfonctionnement mais il n’y a pas grand-chose à faire !

2 – Le gros changement entre le précédent opus et celui-ci se situe bien évidemment au niveau du départ de Yohan. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ?
Nous en avions parlé à l’époque et c’était pour des raisons de santé. Il avait des vertiges à la fin des concerts, parfois à deux doigts de faire des malaises et physiquement, il allait de moins en moins bien.

Il serait bien resté mais ne voyait pas d’un autre côté ne faire que du studio et ensuite demander à un chanteur de session de faire le boulot en live donc il a préféré partir. Malheureusement.



3 – Vous avez finalement recruté Raphaël au violoncelle. Comment s’est passé son intégration et pourquoi ce choix ?
Si tu te souviens bien, Raphaël intervenait déjà sur le morceau bonus de « Anti-Sublime », sur le ep « Sublimation » et sur « Human Be[ing] » donc il connaissait déjà la maison.

On a auditionné des chanteurs après le départ de Yohan mais avec certains ça ne le faisait pas et avec d’autres on s’entendait très bien mais vocalement, c’était toujours moins bien que Yohan. On a failli avoir quelque chose de vraiment cool avec l’ex-chanteur de Sybreed (Ben) mais du jour au lendemain, nous n’avons plus eu de nouvelles. On en est finalement arrivé à se poser la question « Est-ce que nous n’allons pas continuer sans chanteur car nous ne trouverons personne d’aussi bon ».

Musicalement, il nous connait depuis très longtemps et ça s’est toujours très bien passé entre nous. Humainement c’est la même chose et on s’est dit que nous pouvions faire un test pour voir ce que ça donnait instrumentalement. Personnellement, ça m’a rappelé les tout débuts de Psygnosis où il y avait un peu de chant mais c’était plus de la représentation qu’autre chose et je trouve que ça correspond finalement à l’idée vraiment originelle que j’avais du groupe en version instrumentale. Voilà !



4 – Est-ce que l’idée de reprendre le chant t’as effleuré l’esprit puisque tu chantais sur le premier ep « Phrases » ou est-ce que le fait de devoir chanter en live a fait que tu ne veux pas t’embarquer là-dedans ?
C’est surtout le live le souci. J’aime vraiment envoyer la purée avec ma gratte en concert et je ne me vois pas assurer le chant en même temps. Si c’était de manière très épisodique comme sur le premier ep, pourquoi pas, mais sur un album complet non, je ne le sentirais pas. Il faut aussi se dire que mon timbre de voix n’est pas exceptionnel et je préfère ne rien mettre qu’ajouter mon propre chant juste pour dire qu’il y en a.

5 – On va parler de « Neptune » maintenant ! Les premiers mots qui me sont venus à l’esprit après les premières écoutes furent « opaque » et « obscur ». Pas que votre musique était véritablement accessible avant mais je l’ai trouvé encore plus difficile d’accès. Qu’en penses-tu ?
Perso j’ai pas l’impression. Je pense que l’absence de chant donne cette impression là mais on ne souhaite pas faire du compliqué pour faire du compliqué…

6 – Je te précise que cette remarque n’est pas négative. C’est simplement qu’il faut s’accrocher pour le découvrir et qu’il se mérite avec le temps.
Je vois ce que tu veux dire. C’est un pavé de 1h15 qu’il faut s’encaisser dans la tronche…et en plus, il aurait pu être un double album car j’ai beaucoup de matériel supplémentaire mais ça aurait surement fait beaucoup trop (rires).

7 – Avec le temps justement, beaucoup de parties ambiancées ressortent et le violoncelle apparait comme la lueur organique de l’album car il apporte de la chaleur. Est-ce comme ça que ces parties ont été écrites ?
Ce n’est pas vraiment réfléchi de cette manière à la base mais on s’est rendu compte que ça apportait effectivement un côté humain. Psygnosis peut sembler hermétique et le violoncelle casse le côté très mécanique de notre musique.

Quand on est arrivé au mix, on a justement voulu créer un contraste entre les guitares, les samples et les programmations qui sont vraiment « machines » et le violoncelle qui apporterait cette humanité. On a voulu que la basse soit dans le même esprit justement et ça colle vraiment à notre idée de la lutte contre la machine. Ce n’est pas aussi poussé que Fear Factory mais c’est un peu l’idée (rires). Le violoncelle apporte en plus des parties mélodiques, des thèmes que l’on ne peut pas jouer à la guitare car retenir des riffs de guitares n’est pas toujours évident.



8 – Justement, comment ont été composé les morceaux ? J’ai l’impression que ça part souvent du violoncelle qui amène un thème puis les riffs tournent ensuite autour de ce thème principal.
C’est un peu la même chose depuis le tout début finalemen
interview Psygnosist. Je compose l’intégralité des morceaux et ensuite les autres y amènent leur touche car chacun maitrise son instrument. Jérémy joue ses parties de basse comme il le souhaite, Michael peut poser un solo s’il le souhaite et Raphaël compose ses parties de violoncelle comme un chanteur ferait ses parties de chant.

Il s’est donc imprégné des thèmes que j’ai écrits à la base et ensuite, il invente autour. Sans lui, l’album était composé depuis un an donc on a lui vraiment laissé le temps de s’imprégner des titres pour qu’il puisse écrire et jouer de la meilleure façon possible sur l’album. Il y a même un titre qui était prêt quand « Human Be[ing] est sorti donc tu vois que ça commencer à dater !



9 – « Neptune » a été précédé de « Aaliens », un ep comme « Sublimation » en son temps et j’ai encore l’impression qu’il a été là pour présenter le nouveau line-up. Serait-il sorti si Yohan était resté avec vous ?
L’ep a vraiment été là pour présenter Raphaël, avec la même idée que pour « Sublimation ».

On s’est retrouvé face à un problème puisque nous avions changé de line-up, étions désormais instrumental mais n’avions plus que « Human Be[ing] » à vendre donc il était impensable d’être en tournée et de faire des dates sans que les gens ne puissent avoir aucune idée du rendu studio actuel du groupe. Clairement, « Man ov Steel » aurait dû faire partie de « Neptune » à la base s’il n’avait pas été inclus dans l’ep.



10 – Il y a moins de citations sur cet opus. C’était un peu votre marque de fabrique et on s’amuse à les chercher dans les titres mais ils sont tellement bien incorporés dans les compos qu’on les remarque à peine. Est-ce que tu en avais un peu marre ?
Je n’en simplement moins trouvé qui m’ont marqué. C’est pas plus compliqué que ça…j’ai peut-être utilisé toutes ma banque de samples qui me touchaient (rires).

Le premier sample est tiré du film « Stalker » de Tarkovski qui est un film incroyable. C’est un peu incompréhensible, très hermétique et il faut vraiment être dans le délire pour le comprendre et la citation parle de la musique justement. C’est très impressionnant et ces quelques phrases donnent vraiment une autre dimension de la musique et de l’art en général et je voulais absolument que l’album commence avec ça. J’ai aussi des extraits du film « Detachment » qui suit un professeur dans une école un peu difficile et il y a deux samples sur « Psamathée » qui parlent des conventions et de la manière dont la société souhaite nous mettre dans des cases et c’est exactement ce pour quoi on lutte depuis toujours. Déjà « Anti-Sublime » était un symbole pour dire qu’il fallait se détacher de l’image que la société a du beau et du laid et quand j’ai entendu ce passage, je me suis dis qu’il était obligatoire que je l’intègre dans une compo.

On a aussi un extrait de « True Detective » qui évoque notre colère et notre haine du quotidien. On essaie toujours dans Psygnosis d’être positif et optimiste mais il y a juste des moments où on se dit que l’humanité devrait périr et ne plus se reproduire. On ne souhaite pas véhiculer ça car la colère est un sentiment beaucoup trop négatif mais c’est parfois un catharsis. Pour revenir à la question de base, c’est juste que je n’ai pas trouvé quelque chose d’autre que je trouvais utile. J’ai failli utiliser quelque chose du dernier Mad Max mais finalement, je ne trouvais pas que c’était assez bon ou utile.



11 – Tu parlais du message à évoquer…on remarque que les titres des morceaux sont en différentes langues. Comment choisi-t-on des noms de morceaux quand il n’y a pas de textes et quels sont les messages derrière ?
« Boctok » est le nom de la mission spatiale de Youri Gagarine par exemple donc c’est du russe…

Sinon…attends je réfléchi (rires).

C’est un peu difficile à expliquer, même entre nous. On ne va pas si loin que ça tant que les choses nous conviennent. « Phrase 7 » est un titre logique comme c’est la continuité des autres titres de ce genre. « Psygnosis is Shit » est une preuve qu’on fait preuve d’autodérision sur nous-même.

Sinon on aime l’espace donc « Boktok » est lié à ça, il ne faut pas voir plus loin. Ensuite il y a forcément Neptune qui va aussi en ce sens. Avec Raphaël, on imagine vraiment un voyage vers Neptune jusqu’à l’atterrissage final représenté par le mosh part. On voulait que ce soit le titre central et celui qui définisse un peu le reste, jusqu’à justement se moment où on se pose, même s’il est impossible de s’y poser en vrai puisque c’est une planète gazeuse. Mais l’idée était de se poser sur une planète lointaine.



Pour les deux derniers morceaux, je voulais une fin d’album très abrupte, que les gens se demandent s’il ne manquait pas quelque chose. On voulait que l’idée du nirvana ressorte, lorsque l’on atteint le nirvana, que l’on atteint le niveau de conscience ultime, que l’on sait tout sur tout et que tu n’as même plus besoin de vivre. Tant et si bien que tu peux mourir mais que c’est une mort heureuse car tu as enfin compris l’essence de la vie. Et le morceau précédent, « Sunyata », est le niveau de conscience qui précède justement le nirvana.



12 – Je trouve que le titre « Mue » ressemble à ce que Igorrr pourrait composer dans l’esprit, même s’il ne m’évoque pas de titre en particulier. Est-ce que le fait d’avoir joué avec eux t’a influencé d’une manière ou d’une autre ?
interview Psygnosis>
On a joué avec eux il y a pas longtemps effectivement mais pour être honnête, je ne suis pas très fan de ce que fait Igorrr même si je suis d’accord pour dire que c’est très bien fait.

Je pense que nous avons des influences en commun et il est vrai que quand j’ai composé ce titre, je me suis dit qu’on allait nous comparer mais je me suis dit que ce n’était pas grave. Je ne sais pas s’ils liront un jour cette interview mais j’avoue que j’adorerais bosser avec eux car je suis certain qu’une collaboration pourrait donner quelque chose de très cool. Le message est envoyé (rires).



13 – Vous avez justement joué avec eux à l’Opera national du Rhin dans le cadre d’un festival. Comment est-ce que l’évènement s’est organisé ?
Pour nous, tout a été très simplement puisque notre bassiste Jérémy est à l’original de l’évènement.

Un jour, avec un de ses contacts à l’opéra, il avait ironisé sur le fait de jouer du metal à l’opera et de fil en aiguille, les choses se sont misent en place et j’ai finalement vu Jérémy bosser dessus pendant un an.

C’était un concert complètement différent rien que pour le cadre. Tu es bouche bée de jouer dans un environnement aussi génial. C’était particulier de voir les gens assis même si on a pris l’habitude de ne pas voir les gens bouger puisqu’on n’est pas un groupe à pogo (rires). Le décor derrière nous était sublime et c’était une date vraiment excellente, ça restera dans notre mémoire à tous !



14 – Vous avez utilisé le financement participatif pour « Neptune » mais n’avez pas réussi à atteindre votre objectif de 8 000€. Que penses-tu de ce modèle économique qui arrive à des dérives où Wintersun récolte plus de 250 000€ pour du mp3 et construire un studio, où Megadeth monnaie un cours de guitare à 2 500€ ou encore Stephan Forté qui demande 8 000€ pour un clip…
Déjà je tiens à dire que c’est une réussite pour nous quand même.

On a demandé 8 000€ car on en avait besoin pour produire l’album et tout ce qui va autour. On a finalement eu environ 3 500€ et c’est cela à sortir de moins pour nous donc c’est quelque chose de vraiment super. Dans le fond, j’ai parfois du mal car tu paies pour quelque chose qui n’est pas fini donc ça peut parfois être difficile…mais bon, il faut dire qu’on est pauvre donc on en a besoin (rires). D’ailleurs, c’est pour ça qu’on avait fait des petites BD et vidéos pour jouer sur le côté « mendiant du metal ».

Il y a beaucoup de choses à redire sur le modèle actuel. Maintenant, les labels font vendre des places de concerts que tu paies une fortune pour rencontre un groupe 2 min qui est comme au taf. Mais dans le fond, je n’en veux pas au groupe mais vraiment aux majors qui tuent l’industrie de la musique et qui cherche à se faire du pognon ailleurs que par les ventes de disques qui ne suffisent plus.



Le monde artistique devient complètement fou. Tu peux acheter des fans ou des vues sur les réseaux sociaux pour avoir un meilleur rensencement, être vu par plus de monde et potentiellement, au bout, avoir des albums de vendus. Youtube est pourri jusqu’à la moëlle dans ce principe. Et le public va malheureusement en ce sens à cause du principe « ce qui est beaucoup vu mérite d’être vu ». Du coup, le type avec 200 vus n’est pas intéressant car il est probablement moins « hype » que celui qui en a 20 000. Le système est pourri.



15 – Vous avez été au Mexique l’année dernière. Comment s’est passé ce périple ?
La tournée au Mexique a été…je cherche l’adjectif (rires). Une vraie épreuve humaine et musicale. Culturellement, c’est vraiment différent et du côté des infrastructures ils n’ont vraiment rien pour faire du metal, encore moins de qualité. Evidemment, tout n’est pas question de matériel mais quand tu te retrouves avec une table de mix à quatre pistes avec deux enceintes, c’est une vraie épreuve (rires).

On s’est en plus fait planté au Mexique car un promoteur nous a trouvé des dates et a fait son boulot de ce côté-là mais quand on est arrivé dans le pays, personne à l’horizon et on a dû se démerder tout seul. Heureusement que les mexicains sont très amicaux et que nous avons pu compter sur eux. Nous avons été bloqués trois jours dans un village car nous ne pouvions pas conduire le van et nous n’avions plus de chauffeur. Mais à côté de ça, la réception musicale pendant les concerts étaient vraiment géniales. Les mexicains ont la main sur le cœur et on se rend compte que plus les gens vivent dans la misère et plus ils aident les autres.



16 – Des infos sur la prochaine tournée ?
On va essayer de quadriller toute la France, on va enfin pouvoir jouer à Paris et beaucoup dans le sud de la France. On devrait faire un crochet vers la Suisse également…pas mal de dates donc et on est impatient de jouer les titres sur scènes !

17 – D’autres choses à partager ?
On va sortir un deuxième volet de « Lost & Forsaken » pour toutes les chutes de studios de « Neptune » et il y en a un paquet. On retravaille aussi assez bizarrement sur « Anti-Sublime » puisque j’ai récupéré les pistes et que je suis en train de le remixer. J’ai commencé à bosser dessus pour le retravailler avec du violoncelle et forcément, un quatrième album qui commencera cette fois de zéro et où on va changer notre méthode de composition.

Ça part encore plus dans tous les sens donc c’est que tout va bien (rires)


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interview réalisée par Eternalis

2 Commentaires

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Eternalis - 09 Juillet 2017: Petite coquille, le second guitariste est bien Antony et non Michael (QUESTION 8).
Bug donc la modif ne fonctionne pas :)
TheReverend13 - 11 Juillet 2017: Merci beaucoup pour l'interview, encore une fois très intéressante ! C'est vrai que le violoncelle apporte une dimension vraiment différente à leur musique, beaucoup plus contemplative. J'attends avec impatience leur tournée !
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