Nous ayant laissés sur le souvenir ému d'un palpitant «
We Shall Remain », son quatrième album full length, on pouvait subodorer que le prolifique combo suédois ne s'arrêterait pas en si bon chemin. Pari gagné ! Mais, contre toute attente, nos gladiateurs reviendront plus modestement armés dans l'arène, nous livrant ici leur troisième EP, «
We Stand United », que deux années déjà séparent de son prédécesseur. La laconique galette serait-elle alors à considérer telle une simple parenthèse dans la carrière de l'expérimenté et talentueux collectif scandinave ? Ou plutôt une respiration nécessaire dans le processus créatif de la troupe ? Ou encore un heureux trait d'union entre passé et présent, comme pour mieux préparer l'avenir d'un projet musical entamé voilà onze ans ?
A l'image de son devancier, cet opus a été coproduit par la chanteuse au sensuel filet de voix Mad
Eleine '
Eleine' Liljestam et par le guitariste/vocaliste Rikard Ekberg – les deux maîtres d'oeuvre du projet – et enregistré, mixé et mastérisé par un certain Thomas "Plec"
Johansson (pluri-instrumentiste (
Torchbearer,
Unmoored, ex-
Mean Streak...), surtout connu pour avoir contribué à la valorisation d'albums de
Divinefire,
Lyriel,
Narnia,
Opeth,
Scar Symmetry,
Soilwork...). Aussi les 19 brèves minutes du ruban auditif de ce propos bénéficient-elles à leur tour d'une production d'ensemble d'excellente facture, à commencer par une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut, évacuant de fait toute sonorité résiduelle de l'espace sonore.
Avec l'intronisation du guitariste Victor Jonasson (ex-membre live du groupe), le trio ainsi constitué nous plonge au sein d'un univers metal mélodico-symphonique gothique à la fois pulsionnel, fringant et enivrant – dans la lignée atmosphérique de ses précédentes réalisations – où les influences de
Xandria,
Delain,
The Murder Of My Sweet,
Evanescence,
Tristania et
Lacuna Coil sont à nouveau convoquées. Notons que seules deux des cinq plages de la rondelle sont inédites, les trois autres émanant de «
We Shall Remain », dont une en version symphonique, deux en version live. Mais embarquons plutôt à bord de la frêle goélette pour une traversée que l'on espère ponctuée de terres d'abondance...
Quand la cadence du convoi instrumental se fait mesurée, c'est sans ambages que le combo trouve les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce qu'attestent précisément ses pistes studio. Ainsi, relayant la cinématique et, somme toute, dispensable entame instrumentale, « Towards the Fields (Intro) », le ''lacunacoilesque'' mid tempo «
We Stand United » n'aura pas tari d'armes effilées pour asseoir sa défense : impulsé par de puissants et métronomiques roulements de tambour, l'entraînant méfait se dote parallèlement d'un refrain catchy mis en exergue par les sensuelles impulsions de la déesse, d'une basse résolument claquante et d'un fringant solo de guitare. Et la magie opère.
Lorsqu'il nous mène en des espaces plus tamisés, le message musical délivré ne s'avère guère moins impactant. A ce titre, la version symphonique de l'orientalisant et ''delainien'' mid tempo «
Promise of Apocalypse » offre une alternative inattendue : tant les riffs en tirs en rafale que la vrombissante rythmique d'hier ont cédé le pas à d'ondulantes et inaliénables nappes synthétiques mâtinées de violoneux harmoniques, cristallisant des arrangements orchestraux finement esquissés, signés Rikard Ekberg. Une classieuse ballade a-rythmique en découle, où se redessine l' ''evanescent' refrain ici mis en habits de soie par les saisissantes oscillations de la maîtresse de cérémonie. Et la sauce prend, une fois encore.
Par ailleurs, deux parmi les pistes les plus abrasives du précédent effort, en version live, ont été retenues. Et bien que ne concédant que peu d'alternatives par rapport aux originales, ces prestations ont néanmoins pour effet de nous aspirer dans la tourmente sans avoir à forcer le trait. Ce que révèle, d'une part, «
Never Forget », ébouriffant up tempo à mi-chemin entre
Lacuna Coil et
Xandria. Conformément à la mouture originelle, cette version n'a de cesse de nous asséner ses saillants coups d'olives et son martelant tapping tout en sauvegardant une grisante sente mélodique, sur laquelle se calent les fluides modulations de la princesse. D'autre part, nous est livré le ''tristanien'' mid/up tempo metal symphonique aux relents dark gothique «
We Are Legion », que l'on retiendra tant pour ses truculents arpèges d'accords et ses saisissantes accélérations que pour ses joutes oratoires, les angéliques patines de la sirène faisant écho aux growls ombrageux de son comparse ; bref, un ''tubesque'' élan infiltré d'un refrain immersif à souhait, que l'on ne quittera qu'à regret. Enregistrées au
Master Of Rock 2024, révélant de fait des finitions passées au crible autant qu'un public en liesse, ces deux plages s'avèrent aptes à nous faire (re)vivre quelques moments de pure jouissance auditive.
A l'issue d'une bien brève mais engageante escapade, d'aucuns pourront ressentir l'irrépressible envie d'une remise en selle sitôt l'ultime mesure de la rondelle évanouie. Une fois encore, pas l'once d'un bémol harmonique ni une quelconque zone de remplissage pour venir contrarier le grisant message musical. Cependant, si nos acolytes ont veillé à varier leurs exercices de style, l'une ou l'autre fresque ne s'offre pas encore à nous, quand les prises de risques, elles, demeurent timides ; puisant trois titres, certes, ''relookés'' de sa discographie, auxquels s'adjoignent deux pistes inédites s'inscrivant dans son strict adn stylistique, le groupe peinera à surprendre un tympan déjà familiarisé avec ses vibes. Carences partiellement compensées par une ingénierie du son plutôt soignée, une technicité instrumentale et vocale parfaitement rodée et par des mélodies toujours aussi seyantes. Gageons qu'il ne s'agit-là que d'une parenthèse, mais d'une parenthèse enchantée insufflée par la formation scandinave ; dans l'attente à peine voilée d'un cinquième élément d'envergure...
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