Mû par un vent d'inspiration renouvelé, le combo italien créé en 2017 à Milan par le guitariste, claviériste, vocaliste, et auteur/compositeur Federico Mondelli (Volturian, Nocturna, Be The
Wolf, ex-Dirty
Rain) n'aura pas mis bien longtemps pour réinvestir les studios. En effet, à peine plus de 18 mois sépareront le sémillant et frondeur album studio «
Call of the North » de son cadet et présent «
War Hearts » ; le premier des cinq opus à être signé chez
Napalm Records et à compter six membres dans les rangs du combo. Aussi, de l'aveu même du groupe : « Pour ces raisons, «
War Hearts » représente un nouveau départ et il peut être considéré comme le premier épisode du "reboot" de
Frozen Crown ». Rendant hommage à
Children Of Bodom à l'aune son titre – l'une des sources d'inspiration stylistique du collectif transalpin –, ce cinquième élément sera-t-il le sésame pour espérer hisser la prolifique troupe italienne parmi les rares valeurs de référence du power mélodico-symphonique à chant féminin ?
Dans ce dessein, le quintet d'hier s'est mué en un sextet, avec l'intronisation, en 2023, d' Alessia Lanzone, une talentueuse guitariste de 18 ans. Cela étant, Federico Mondelli et sa femme, la chanteuse aux puissantes et vibrantes inflexions Giada ''
Jade'' Etro (
Ashes You Leave, ex-
Tystnaden, guest chez Volturian et
Elvenking), la lead guitariste Fabiola ''Sheena'' Bellomo (Inira, ex-Manam, ex-
Ulcus...), le bassiste Francesco Zof (StoryTime) et le batteur Niso Tomasini (Droonkey, Lighthouse...), et leur nouvelle arrivante nous livrent de concert un élan power mélodico-symphonique aussi rayonnant qu'enjoué, se situant dans la mouvance de ses aînés, où la touche folk de son prédécesseur se fait néanmoins plus discrète. Aussi, les sources d'inspiration sont-elles désormais à puiser dans le patrimoine compositionnel de
Temperance,
Ancient Bards, Rhaposdy Of
Fire,
Unleash The Archers,
Claymorean et
A Sound Of Thunder.
Connu pour avoir apporté un soin particulier à chacune de ses productions, le combo n'a pas dérogé à la règle ; une fois de plus, a été requise la patte experte d'un certain Andrea Fusini (ingénieur du son italien sollicité par
Delain, Volturian,
Forgotten Tears,
Not Yet Fallen,
Proud Of That, Feronia, entre autres), et ce, tant pour la production et l'enregistrement que pour le mixage et le mastering de la rondelle. En découlent une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut, octroyant de fait une belle profondeur de champ acoustique, des finitions passées au peigne fin, et un mix parfaitement ajusté entre lignes de chant et instrumentation ; des conditions quasi optimales d'écoute autorisant une traversée sans escale des 42 minutes de la galette. Aussi, levons l'ancre sans plus attendre, pour une croisière des plus sécurisantes, avec l'espoir de dégotter quelques terres d'abondance...
A l'instar de ses devanciers, cet effort s'assimile le plus souvent à un volcan de lave en fusion, non sans essaimer quelques pépites dans son sillage. Ce qu'attestent en premier lieu, le truculent «
War Hearts » comme le fougueux « Steel and Gold », up tempi power symphonique aux riffs acérés et au martelant tapping, dans la droite lignée d'un «
Winterbane » ; pourvus chacun d'un refrain catchy, mis en exergue par les fluides inflexions de la sirène, et d'un substantiel et éblouissant trio de guitares, ces deux ''tubesques'' méfaits à la confluence de
Temperance et d'
Ancient Bards pousseront assurément le chaland à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Dans une même logique, et inspiré, lui, du film ''
Highlander'' (1986), l'échevelant « Edge of Reality », pour sa part, nous abreuve de sa fédératrice jovialité tout en s'adossant à une rythmique résolument sanguine. Et la sauce prend sans tarder, là encore. Et comment ne pas se laisser porter par les vibes enchanteresses jaillissant des entrailles de « Bloodlines », un éruptif et seyant mouvement faisant référence à la série de jeux de rôle ''
Vampire : La Mascarade'' ? Se parant de fringants gimmicks guitaristiques et mis en habits de lumière par les puissantes impulsions de la déesse, le solaire et ébouriffant propos ne relâchera pas son étreinte d'un iota.
Moins directement inscriptibles dans les charts, d'autres pistes d'une dynamique similaire se dotent néanmoins d'armes suffisamment effilées pour aspirer le tympan d'un battements de cils. Ce que prouvent, d'une part, les sémillants « To
Live to
Die » et «
Night of the
Wolf », dont la brûlante atmosphère pourra rappeler celle d'un démoniaque «
Crowned in Frost » ; se plaisant à nous asséner de virulents coups de boutoir tout en sauvegardant une sente mélodique, certes, déjà courue mais des plus efficaces, on ne quittera ces deux bouillonnantes plages qu'à regret ; et ce n'est pas leur flamboyant trio de cordes, alors en parfaite harmonie, qui nous déboutera davantage de ces étourdissantes offrandes, loin s'en faut. Par ailleurs, c'est à la vitesse d'un cheval au galop qu'évolue le ''temperancien'' up tempo « On
Silver Wings », un grisant manifeste aux riffs crochetés, générateur d'une énergie aisément communicative. Un tantinet moins véloce, le ''rhapsodien'' mid/up tempo « I Am the
Wind », quant à lui, nous immerge au cœur d'un infiltrant cheminement d'harmoniques qu'emprunte un duo mixte en voix claire en parfaite osmose – les angéliques volutes de la princesse se lovant, cette fois, dans les limpides patines de Federico – tout en recelant de saisissantes montée en régime de son corps orchestral, assorties de guitares aussi vrombissantes que martiales.
Mais ce serait à l'aune de son ample pièce en actes power symphonico-progressive que la troupe nous livrerait ses plus belles notes. Ce faisant, et suivant une structure similaire à «
Winterbane », la plantureuse plage se voit, à son tour, introduite par un laconique instrumental : succédant à «
King of the Sky » – bref et pénétrant instrumental d'inspiration symphonico-cinématique aux arrangements ''nightwishiens'' – , le polyrythmique et ''lyrielien'' «
Ice Dragon », nous plonge au cœur d'une fresque aux effluves celtiques déployant ses quelque 7:38 minutes d'une traversée aussi épique que romanesque. Ainsi, un délicat picking à la guitare acoustique accompagnant une douce voix féminine contraste avec des passages plus ''enlevés'', sous-tendus par de multiples variations atmosphériques et rythmiques. Enrichi d'une soufflante partie de cordes, laissant parallèlement entrevoir des chœurs en liesse, alors venus escorter les troublantes modulations de la maîtresse de cérémonie, et achevant sa course crescendo, le dantesque effort ainsi pourvu captera à n'en pas douter l'attention du chaland de bout en bout de son parcours. Chapeau bas !
A l'issue d'une traversée on ne peut plus mouvementée et éminemment palpitante, force est d'observer que le collectif transalpin parvient le plus souvent à nous retenir plus que de raison. Variant ses phases rythmiques à l'envi, témoignant d'une technicité instrumentale et vocale bien rodée, et bénéficiant à nouveau d'une ingénierie du son coulée dans le bronze, c'est dire que le vigoureux propos n'aura pas tari d'arguments pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres. S'il manque toujours l'une ou l'autre ballade dans la panoplie compositionnelle du groupe, ce dernier a partiellement compensé cette carence par des mélodies volontiers accrocheuses, mais nullement aguicheuses, et par une dynamique générale qui jamais ne s'affadit, nous replongeant alors, par moments, dans les limbes d'un passé magnifié.
Aussi, armé d'un cinquième élément aussi racé qu'étourdissant, le sextet italien pourrait bien porter l'estocade. C'est dire que, sept années seulement suite à sa sortie de terre, la prolifique troupe ne serait plus qu'à un cheveu d'entrer dans le cercle très fermé des valeurs de référence du metal power mélodico-symphonique à chant féminin. Bref, un groupe à suivre de près, de très près...
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