Sadist, incarné par ce musicien de génie qu’est Tommy Talamanca, fait partie de ces artistes qui font la richesse du métal. Les Italiens ne sont pas de ceux qui occupent le devant de la scène et s’accaparent le succès médiatique. Non, ils sont plutôt le parfait exemple de la créativité, de l’imagination et du talent artistique que l’on rencontre au fil des explorations musicales dans le monde passionnant de la musique métallique.
Il est d’ailleurs rassurant de croiser la route de ces albums qui ne rentrent pas dans les cases formatées des styles académiques. Certains de ces disques s’avèrent passionnants. C’est le cas de
Tribe.
Quelle est donc cette bête exotique... premier élément indiscutable, présent des premières secondes à la fin de l’album : l’omniprésence des claviers. Il ne s’agit pas de nappes d’ambiance venant renforcer la musique, qu’on se le dise. Ce sont les claviers qui commandent la construction mélodique de
Tribe, qui distillent les mélodies, utilisant une palette de sons innombrables et finement adaptée à l’instant musical. Et soudain vient à claquer une batterie agressive, déclenchant aussitôt un riff puissant de guitare, très thrashy, appuyé par une basse imposante. Le chant rageur et vociférant distille sa colère. Retour au calme, le synthé maîtrise avec merveille ces atmosphères tantôt inquiétantes, tantôt mélancoliques. Nouveau déchaînement métallique, puis les instruments se répondent, fusionnent, l’intensité et l’émotion grandissent jusqu’à un solo sublime de technicité, de fluidité et de créativité. Le premier titre, Escogido, est déjà avalé, la surprise a rapidement fait place à un plaisir imparable. Le second morceau, India, est de la même veine, ces mélodies sorties de nulle part, ces claviers distillant des sons passant du néo-classique au contemporain pour mieux amener un metal touffu, puissant et ultra technique, jusqu’au paroxysme artistique généré par un jeu guitaristique époustouflant. Agréable intermède instrumental, dont le titre confirme que l’auditeur voyage la tête dans les étoiles, pour un retour dans le vif du sujet, dans la lignée des premiers morceaux.
Je cesse là ma description linéaire, car elle s’avère particulièrement inadaptée au contenu de
Tribe. De toute façon, cet enchaînement complexe de mélodies, de rythmes et d’instruments se poursuit allègrement, sans baisser d’intensité et de qualité. Les morceaux suivants sont tous construits de manière analogue, dans la durée (autour des 4 minutes) et dans la forme de réponses alternées claviers/guitare pour mieux se retrouver autour de passages plus enlevés. Le schéma est usité jusqu’au morceau final en forme d’apothéose, lancinante montée paroxystique où les claviers et les guitares se mêlent dans une harmonie magnifique.
Je me rends compte qu’à cet instant, la description de
Tribe n’est pas franchement suffisante pour que celui qui ne connaîtrait pas ce disque puisse se faire une idée précise de ce qui l’attend.
J’ai beau jeu de stigmatiser les étiquettes stylistiques trop étroites pour ce type d’artiste aussi atypique. Pourtant, il faut bien se raccrocher à quelque chose, et il est finalement nécessaire de poser quelques jalons pour situer cette drôle de création.
Le premier référentiel qui vient à l’esprit est le metal progressif. Indiscutablement, la construction sophistiquée et l’audace technique s’en rapprochent. Le seul bémol que je mettrais, de manière très personnelle, est que contrairement à beaucoup de disques de metal prog (je pense à
Dream Theater), je ne m’ennuie pas à l’écoute de
Tribe, car les morceaux restent courts et surtout assez cohérents. On ne sent pas de démonstration technique hors de propos.
La musique de
Sadist ne renie jamais ses inspirations thrash, dans l’âpreté et la puissance des riffs, dans le jeu du batteur également. Il faut également relever l’excellente prestation du bassiste qui ne fait pas que de la figuration et qui apporte à certaines occasions une contribution originale et pertinente aux compos.
Expérimentale, la musique de
Sadist l’est assurément. Attendez-vous à de longues séquences sans guitare, avec des claviers qui occupent tout l’espace. Ces passages peuvent d’ailleurs s’avérer rapides, appuyés par une batterie et un chant très agressifs, tandis que la guitare intervient en tempo plus lent, presque comme un repos sonore... ou l’inverse.
Enfin on notera la technicité incroyable des musiciens, très bien mise à profit. Basse, batterie, claviers, guitare... du très haut niveau.
On ne peut pas conclure sans évoquer la nationalité de
Sadist : baroque, extravagante, cependant élégante et raffinée, la musique de
Tribe est indiscutablement Italienne...
En résumé, ce disque est en priorité réservé aux amateurs d’expérimental et d’atypique, qui ne sont pas rebutés par le prog. Les musiciens avertis y trouveront également leur compte. Et si
Tribe n’est pas du genre d’album que l’on écoute en boucle, il est toujours une assurance d’un voyage dépaysant dans le monde parfois trop convenu du metal. Et jusqu’aujourd’hui, il demeure l’album référence de la discographie de
Sadist, avec son formidable prédecesseur.
"From Bellatrix to Betelgueuze" est un titre que j'adore et l'ensemble du cd sonne vraiment bien. Le seul reproche: une fin pas aussi bonne que le début de l'album.
Eminement original, la classe. J'avais une copie sur K7 que j'ai égaré, rachat futur.
Comme tu le soulignes Matt, Tribe n’est pas un album facile à décrire, fureur Black metal dans le chant de Trevor, passages nerveux succédant à des plans prog ou/et atmosphériques, et pourtant le tout se tient magistralement bien !
De la remarquable instrumentale From Bellatrix to Betelgeuse au fantastique The Reign of Asmat, tout y est réglé au millimètre sans jamais tomber dans la démonstration gratuite comme c’est trop souvent le cas dans ce style.
Décidément, 1996 est bien la dernière année culte en matière de Death mélodique mais aussi au niveau du Death technique…
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