Le rendez-vous était donné pour le solstice d'hiver. Le 21 décembre 2020, précis comme une sonde spatiale qui se cale sur son orbite des années après son lancement, "
The Old Wet" paraît enfin. Après un "
The New Wet" apocalyptique en janvier, et un "
The Pulsing Wet presque tribalement rythmique en juillet, il forme le dernier volet d'une trilogie d'EPs. Ce format a été choisi pour coller à la couleur différente de chaque trio de morceaux, alors qu'au départ un album de onze compositions avait été préparé. Vous comptez bien, deux titres sont passés à la trappe, et personne ne sait ce qu'il est advenu d'eux...
Lament Cityscape est un groupe de metal industriel américain assez atypique, à géométrie variable entre sessions studio et live, autour de son fondateur Mike Mc Clatchey (guitare, chant) et du batteur Seanan Mc Cullough. Après un premier album "
Torn" en demi-teinte de gris et une collaboration fructueuse avec Lee Bartow (Theologian) sur l'album "
Soft Tissue" (ressorti en version augmentée cet été),
Lament Cityscape continue de faire le choses à sa manière, sans pression extérieure, puisque le groupe fonctionne en auto-prodution.
Comme pour les deux EPs précédents, Peter Layman (Guitare) et David Small (basse) complètent le line-up. Nous retrouvons aussi Lee Bartow (Theologian), ainsi que Ben Hirschfield qui a enregistré batterie et percussions additionnelles.
Dans ce trio d'EPs, l'artwork suit aussi une itération logique ; sur ma chronique de "
The Pulsing Wet", j'avais parié sur une pochette en nuances de jaune et vert. Bingo, le visuel concocté par Mike Mc Clatchey himself est un fond d'un vert d'égout moussu barré d'une ligne d'or fané.
Musicalement, j'attendais ce nouveau chapitre au tournant, craignant un certain effet de répétition, dans ce rythme pesant et stressant que le groupe affectionne tant. Et c'est un peu le cas, puisque dans les grandes lignes, rien ne change vraiment.
Pas d'explosion finale, ni d'envolées mélodramatiques, mais la dernière étape d'un cycle qui semble se répéter à l'infini : naissance, vie, déclin. Ce troisième EP se révèle plus posé, par ses débuts de morceaux tranquilles aux ambiances rouillées ("A Rusting Moth"), pointillées d'un rythme robotique, qui contemple sa propre nostalgie. On retrouve des patterns simples à la
Godflesh sur les passages les plus calmes. Des beats sythétiques se posent sur les couches d'instruments, débitant le temps dans une ambiance clinique qui n'est pas sans rappeler Depeche Mode.
La musique est dépouillée, faite d'enchaînements d'accords simples, et de touches de synthés auxquelles se mélangent des samples. Des traces de mélodie désabusée sont disséminées, comme des fossiles sonores. Les couches d'effets, saturation, reverb et delay en tête, mettent à distance les strates : rythmique, musique, ambiance, vocaux.
La désolation malsaine qui engourdit les oreilles est rompue avec fracas par la batterie de Seenan Mc Cullough, en même temps que des gros lâchers de guitare qui remplissent instantanément la moindre poche d'air. Ainsi, "Among the
Dead" a la lourdeur incandescente du
Godflesh des débuts, et ses notes lancinantes précipitent un sentiment d'urgence qui prend aux tripes. La voix de Mike Mc Clatchey semble perdue, lointaine, déshumanisée par la saturation omniprésente, mais vivante par sa rage écorchée. L'humain n'est plus qu'un souvenir fantôme, malgré l'énergie désespérée qu'il projette dans ses hurlements.
Avec la clôture de cette trilogie se matérialise l'expression qui veut que le pire est toujours certain, on ressent autant une quiétude de la souffrance prisonnière du passé, et un malaise à l'idée d'un cycle menant invariablement à la destruction. La symétrie en trois actes de cette construction accentue une impression de logique implacable, à l'aridité arithmétique dans laquelle l'auditeur se trouve compressé. La vie et la beauté ne se manifestent que de manière fugace dans les interstices, noyées dans le chaos et l'ordre...
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