The Mindsweep

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Nom du groupe Enter Shikari
Nom de l'album The Mindsweep
Type Album
Date de parution 19 Janvier 2015
Style MusicalPost Hardcore
Membres possèdant cet album25

Tracklist

1. The Appeal & the Mindsweep I
2. The One True Colour
3. Anaesthetist
4. The Last Garrison
5. Never Let Go of the Microscope
6. Myopia
7. Torn Apart
8. Interlude
9. The Bank of England
10. There's a Price on Your Head
11. Dear Future Historians...
12. The Appeal & the Mindsweep II

Chronique @ Eternalis

15 Janvier 2015

"The Mindsweep" est l’un des albums les plus excitants du moment

Enter Shikari créa un monstre.

Qui aurait pu le prévoir ? le prédire ? Ne serait-ce qu’imaginer qu’une bande de gosses pourrait, après un disque fun mais bien trop immature comme "Common Dreads", revenir avec "A Flash Flood of Colour". Numéro quatre des charts anglais, des salles complètes partout en Europe et aux Etats-Unis, une explosion médiatique énorme et surtout la découverte d’un talent immense avec Rou Reynolds à la fois chanteur, compositeur, claviériste, pianiste et véritable cerveau de Enter Shikari, repoussant toutes les limites, les frontières et les genres pour n’en créer qu’un seul : le sien.
Rarement ces dernières années un groupe aura semblé si libre, si novateur et fusionnant autant d’influences tout en ressortant une très forte identité musicale. Enter Shikari n’est pas qu’un simple métissage musical ; il est bien plus que cela. A la fois moderne, old school, hardcore, progressive, dubstep, industrielle ou rap, la musique des anglais est une aberration de la nature, une forme abstraite qui pourtant fonctionne parfaitement bien, tel un Frankenstein qui serait parvenu à devenir beau et attirant.
Mais comme souvent, une question demeure. "AFFOC" ne sera-t-il pas qu’un coup d’éclat ? Un album puis plus rien ? Comment succéder, comme toujours, à l’excellence ? Perdurer dans la même voix ? Risqué. Tenté autre chose ? Beaucoup le font mais finalement la plupart déçoivent. Rester eux-mêmes ? Voilà le pari des britanniques.

Vous avez dit accessible ?

Le paradoxe même de Enter Shikari repose sur cette notion d’accessibilité et de musique expérimentale. Car les anglais parviennent à rendre l’inaccessible ultra accessible, en liant des genres complètement antinomique comme s’ils avaient toujours copulé ensemble, en couplant des ambiances, des sonorités, des styles qui ont toujours été éloigné, qui sont respectivement difficile d’accès et à rendre le condensé non-seulement digeste mais aussi facilement compréhensible qu’un groupe de pop avec la complexité de fond d’un artiste progressif. Impossible ? Enter Shikari le fait.

Un EP et ça repart ?

Entre le troisième opus et "The Mindsweep", Enter Shikari avait, dans sa logique de ne rien faire comme les autres, proposé un ep de trois titres, tiré uniquement en vinyle à très peu d’exemplaires, où chacun des trois morceaux possédait son clip propre. Trois titres pour trois évolutions possibles, trois branches éventuelles que les anglais pouvaient exploiter. "The Paddington Frisk" et la violence extrême et débridée pour un total d’à peine plus d’une minute, le génial "Radiate", très riche vocalement avec une énorme dose d’électronique et de chœurs puis "Rat Race" qui lui, empruntait plutôt une fibre mathcore ultra technique et moderne.
Encore une fois, les faits sont là et nous pouvions y voir multiples interprétations, dont celle qu’Enter Shikari cherchait simplement à brouiller les pistes pour surprendre encore plus avec son quatrième album. A l’écoute de "The Mindsweep", force est d’admettre que les britishs n’ont pas fini de nous étonner et que ce n’est pas encore cette fois qu’on pourra les coller dans une case définie. Et c’est tant mieux.

Ouvrez votre esprit : foulez des terres encore inconnues

Découvrir "The Mindsweep", c’est un peu une plongée en eaux troubles dont on ne voudrait jamais remonter tant les émotions, les sensations et ce que nous y voyons n’existe nulle part ailleurs.
Enter Shikari, toujours avec sa personnalité à part, réussi le pari qu’on le reconnaissance dès les premiers instants tout en renouvelant à l’excès sa production, son entité et rassure tout le monde sur sa capacité à exister dans la durée.
Découvrir "The Appeal & The Mindsweep I" est une première expérience. Des nappes de sons étranges, un phrasé rappé et narratif, une mélodie et surtout une batterie qui va monter lentement en puissance. Cette puissance que l’on sent grimper, le chant de Rou qui se fait plus pressant, la mélodie plus imposante, les toms frappés plus fort. Une mélodie techno retenti en même temps qu’un hurlement impressionnant « I Am The Mindsweeper ! » puis tout s’emmêle. A la fois mathcore et progressive, hurlée et en chant clair, la composition met plus que jamais en exergue la capacité du groupe à multiplier son approche dans un même titre, passant de chœurs massifs à un passage cru et brutal pour finalement annihiler totalement les guitares au profit d’une rythmique dubstep martiale et écrasante au possible. Tout cela pourrait devenir si expérimental qu’il en serait inécoutable mais l’ensemble coule tellement de source qu’on comprend, une fois de plus, qu’ils ont réussi.

"Anaesthetist" est, par exemple, une petite merveille qui s’ouvre sur un passage dubstep/indus pour finalement partir vers quelque chose de bien plus moderne et core, avec toujours cette alternance de chant narratif, de chant extrême et de ces chœurs clairs permettant d’aérer énormément des compositions aux climats pourtant foncièrement maladifs et dérangeants.
On a cette impression constante de travail accompli exceptionnel, d’une multitude d’influences mais en même temps d’une totale liberté, insouciance même, comme si certaines prises étaient des first shot où la spontanéité est totale.
Il faut évoquer le furieux "There’s a Price on your Head" qui pourrait être le croisement entre System of a Down pour les placements vocaux et du mathcore ultra technique. Une véritable claque de malade mental, à l’instar d’un The Dillinger Escape Plan hurlant toute sa rage mais se permettant de terminer la composition sur un quatuor à cordes reprenant le thème principal avec sensibilité et volupté. A l’inverse, nous aurons un "Never Let Go of the Microscope" qui n’est complètement sans rappeler le Linkin Park des débuts, surtout dans les interventions claires fleurant bon le timbre cristallin de Chester. Pourtant, jamais l’impression de plagiat, de manque d’inspiration ou de facilité n’effleure notre jugement car la personnalité d’Enter est toujours là. "The One True Color" ou "Myopia" rappellent sensiblement les travaux du disque précédent, comme une ellipse, pour créer un lien, une passerelle. Le premier dans sa dimension mélodique et pop (qui ne choquerait presque pas en radio) et le second dans sa vision atmosphérique et planante à la Radiohead (même si les accélérations se font très agressives sur "Myopia").

Pour parler de "The Mindsweep" exhaustivement, il faudrait traiter chaque titre tant ils sont différents les uns des autres. "The Last Garrisson", premier clip, se veut par exemple plus traditionnel pour le groupe entre passages syncopés et phases planantes électroniques. "The Bank of England" est en revanche plus intimiste et minimaliste, tout comme "Dear Future Historians" aux longues plaintes pianistiques laissant couler une mélancolie poignante et réelle. Quant au dernier titre, il reprend, autant musicalement que textuellement, le titre introducteur. "The Appeal & The Mindsweep II" est néanmoins plus crade, plus glauque et massif. Plus électronique aussi, puisqu’on discerne (ou alors est-ce moi ?) des réminiscences d’une soundtrack récente d’Hans Zimmer dans laquelle il utilise l’électronique avec brio ("The Amazing Spider-Man 2"). Les lignes vocales, affreusement aliénantes, s’entrechoquent et s’affrontent dans un chaos jouissif et incontrôlé, aux instants parfois jazzy (oui oui, c’est le même titre avec beaucoup d’électro dedans…c’est dire !).

Le message ? Restez sain d’esprit !

Des mots même de Rou Reynolds, le concept principal autour de "The Mindsweep" est justement la difficulté dans notre société actuelle à rester sain d’esprit, ce qu’il recommande à chacun de faire pour éviter de sombrer dans les extrémismes de pensées.
S’il est difficile, voire impossible, d’être complètement objectif avec un tel ovni, Enter Shikari prouve néanmoins qu’il n’est pas qu’un feu de paille et qu’il faudra compter sur lui dans les années à venir. Certains aimeront, d’autres détesteront. Certains les traiteront d’opportunistes alors que les autres les diront géniaux et visionnaires, chacun aura un avis très tranché sur l’album et le groupe. Toujours est-il que "The Mindsweep" est l’un des albums les plus excitants du moment, que les anglais ont complètement balayés les craintes que nous avions sur lui et que le label a mis les petits plats dans les grands pour proposer un packaging dantesque à l’album (mention spéciale au vinyle, auquel le groupe semble très attaché). Et tant pis si on vous traite de hipster lorsque vous revendiquerez aimer ces jeunes musiciens : la musique n’a aucune frontière et il fait du bien d’écouter des albums comme ça pour se convaincre que ce ne sont pas que des mots en l’air et que certains groupes l’appliquent réellement.
Listen the call of The Mindsweep !

12 Commentaires

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Eniotna - 29 Janvier 2015: J'adore Enter Shikari depuis Take To The Skies. J'ai écouté cet album qu'une seule fois et j'ai réussi a être déçu. Mais quand je vois ton éloge, ca ne peut que me forcer à le réécouter. Et je les adore tellement que j'espère réellement aimer cet album
Eniotna - 01 Fevrier 2015: Après plusieurs écoute il faut se vouer à l'évidence, c'est un super album ! Comme quoi faut vraiment prendre le temps de poser l'oreille.
Pipotron3000 - 17 Fevrier 2015: On pourrai ajouter Pendulum aux influences...étant donné que eux aussi ont mélangé plusieurs styles ;) Et notamment un titre avec In Flames (excusez du peu). Merci pour la kro, je vais écouter cet album de près :D
Theodrik - 16 Avril 2016: Un très très bon album. J'admets que, quand on m'a conseillé Enter Shikari sur un forum, j'ai écouté "Radiate" et je me suis dit que le Metalcore + la Pop + la musique électronique était vraiment osé, comme mélange... Jusqu'à ne pas savoir si j'aimais ça ou pas, tant c'était hétérodoxe par rapport à nos normes de Metalleux. Et puis... J'ai été voir "Anesthesist", puis "The Last Garrisson" en me posant les mêmes questions. Et puis, j'ai été ré-écouter ces chansons. Et encore. Et encore. Avant de les trouver superbes et le mélange très bien maîtrisé. Finalement, j'ai pris les 4 albums de Shikari. Et "The Mindsweep" est mon préféré d'entre eux. J'ai peiné à le lâcher pendant plusieurs semaines. Jusqu'à saturer. C'est rare ! :)
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