Nothing Is True & Everything Is Possible

Liste des groupes Electro Metal Enter Shikari Nothing Is True & Everything Is Possible
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16/20
Nom du groupe Enter Shikari
Nom de l'album Nothing Is True & Everything Is Possible
Type Album
Date de parution 17 Avril 2020
Style MusicalElectro Metal
Membres possèdant cet album2

Tracklist

1.
 The Great Unknown
 03:25
2.
 Crossing the Rubicon
 03:18
3.
 {The Dreamer's Hotel}
 02:53
4.
 Waltzing Off the Face of the Earth (I. Crescendo)
 03:27
5.
 Modern Living...
 02:53
6.
 Apøcaholics Anonymous (Main Theme in B Minor)
 01:37
7.
 The Pressure's On
 02:59
8.
 Reprise 3
 00:47
9.
 T.I.N.A.
 03:05
10.
 Elegy for Extinction
 03:50
11.
 Marionettes (I. The Discovery Of Strings)
 02:53
12.
 Marionettes (II. The Ascent)
 03:19
13.
 Satellites * *
 03:47
14.
 Thē Kĭñg
 02:49
15.
 Waltzing Off the Face of the Earth (II. Piangevole)
 02:50

Durée totale : 43:52


Chronique @ Eternalis

01 Mai 2020

[...] permet de retrouver le Enter Shikari que nous avions perdu

« L’enfer est pavé de bonnes intentions »
Saint-Bernard de Clairvaux

Tout est possible. Le meilleur comme le pire. Surtout le pire. Face à la possibilité abyssale qui s’offrent à nous, la société a, depuis longtemps, eu tendance à tendre vers le pire là où elle est capable du meilleur.
C’est, à peu de choses près, le postulat conceptuel de départ du nouvel opus des britanniques d’Enter Shikari, sans autant être véritablement pessimiste ou optimiste. Le « Nothing is True » ayant attrait aux médias, à la désinformation de masse et à la difficulté à tirer le vrai dans l’amas de faux qui nous est proposé. Suite à ça, le « Everything is Possible » prend tout son sens ... ambitieux menu faisant suite à "The Spark", traitant de la dépression et "The Mindsweep" qui évoquait la difficulté de rester sain d’esprit dans notre monde surconnecté.

Musicalement, on ne reviendra pas sur les exploits musicaux de "A Flash Flood of Colour" et "The Mindsweep" mais plutôt sur la grosse déception qu’avait été "The Spark". Intimiste mais peu inspiré et très peu extravagant dans son ensemble, il témoignait d’un compositeur seul maitre à bord qui tentait de remonter psychologiquement la pente mais qui semblait fatigué et frileux. Comparé aux albums précédents, celui-ci n’a pas fait l’objet de plusieurs morceaux sortis indépendamment et difficile de savoir à quoi nous attendre ... si le combo allait revenir à une musique plus énervée et expérimentale ou si le chant allait progressivement devenir l’élément central de la musique du quatuor. Rou Reynolds, plus que jamais tête pensante, à cette fois ci, en plus de la composition, du chant et d’un tas d’instruments (claviers, piano, trompette, guitare) assuré la production du disque. Difficile de savoir le degré de participation des autres membres mais il est évident que Rou est au centre de tout et que l’évolution du groupe est avant tout la sienne.

Quand on regarde l’artwork, évoquant plus une affiche de concert (plutôt laide en plus, même si l’esprit déluré des anglais est bien connu) qu’une pochette d’album, on n’est pas vraiment avancé sur grand-chose. Cependant, le premier titre va rapidement nous amener en terrain connu et nous rappeler aux bons souvenirs de "The Mindsweepe. Intro au piano, sonorités breakstep qui résonne après quelques instants et la voix de Rou, semblant déjà bien plus énergique et « dedans », immersive. Les premiers mots parlent d’eux-mêmes (« Is this a new beginning ? / Or are we close to the end ? / Now my ears are ringing / It’s getting close ») et sèment le doute. Si le concept est bien là, le groupe semble nous parler également de lui-même...est-ce un nouveau départ que ce 6e album ? Ou alors le tour a-t-il été fait ?
Difficile de faire le tour d’une musicalité aussi exacerbée, riche et exubérante que celle d’Enter Shikari, redéfinissant le terme d’hétérogénéité et souvent qualifié d’opportuniste par ses détracteurs car ils bouffent effectivement à tous les râteliers. Electro, hardcore, prog, dubstep, rap, metal(core). Tout y passe. Souvent avec brio. Dernièrement avec ennui. Il est évident que le combo remet les choses en place avec ce disque, brassant l’ensemble de ses influences et sortant un nouvel opus finalement sous forme de synthèse entre ses débuts et sa période qui le fit exploser.

"Crossing the Rubicon" nous ramène vers un titre à la "The Last Garisson", assez popisant et accessible. Le chant se fait en revanche plus sensible et on sent déjà que les cris plus metalcore ne seront quasiment plus de la partie et qu’ainsi, Enter Shikari tire plus ou moins un trait sur une partie de son passé. Pour autant, cette sixième offrande se veut bien plus passionnante que son prédécesseur et surtout, chaque titre retrouve, comme sur "A Flash Flood of Colour", une personnalité bien propre et une ambiance à part, avec des allers-et-retours entre certaines parties. "Waltzing off the Face of Earth (pt I. Crescendo)" répète à l’envie le titre de l’album, accompagné de cuivres évoquant un cirque déluré sur un texte délicieusement rappé. La sensation de se retrouver sur "System..." est palpable, tout comme cette volonté de revenir sur le même thème pour terminer l’album (la "pt II. Piangevole"), mais cette fois-ci d’abord avec des claviers très atmosphériques puis une guitare clean, rappelant ce qu’il avait fait en ouvrant et terminant "The Mindsweep" sur le même thème. Comme des anecdotes ou des clins d’œil, les rappels au passé sont partout. "Reprise 3" qui ouvre "T.I.N.A" rappelle fortement l’intro du premier album et le titre qui donne son nom au groupe (sans oublier le « and still we will be there » qui rappelle le fameux morceau). Moins violent mais ramenant une grosse dose d’électronique, Enter Shikari, sans réellement s’auto-plagier, semble jouer avec ses fans de sa propre histoire, pourtant relativement jeune (à peine 15 ans). "The Dreamer’s Hotel" replonge dans les délires expérimentaux et bruitistes et présente assez bien l’album pour un premier extrait. Des guitares anarchiques, un chant saturé mais un refrain totalement pop et fédérateur, des sons lourds et dissonants dans tous les sens. Pas à dire ; ceux qui ont été allergiques au son de AFFOC continueront de ne pas supporter ce genre de titre.

Les compositions sont courtes et certaines n’ont pas de structures répétitives, comme des plans anarchiques de compositions posés là, vivotant au gré de l’esprit cinglé de son géniteur, mais proposé en l’état. Sans être un défaut, cette anarchie représente totalement l’état d’esprit qu’il faut pour écouter l’album. "Modern Living..." s’ouvre ainsi en titre pop avant que du breakstep ne vienne par-dessus pour, plutôt qu’évoluer sur le même titre, continuer sur "Apocaholics Anonymous" dans un délire beaucoup plus schizophrénique où les voix vocodées déclament un texte déshumanisé. On notera aussi le très charmant "The pressure’s On", très beau moment rappelant les épopées mélodiques d’un "Myopia" dans un format certes radiophonique mais superbement interprété et porté par une voix pleine d’émotion. Ce type de titre qui n’aurait pas dépareillé sur "The Spark" dans l’esprit mais qui, au milieu des expérimentations, y trouve une place bien plus naturelle. On pourrait aussi évoquer la pièce symphonique "Elegy for Extinction" (jouée par l’orchestre de Prague), totalement instrumentale et passant d’un thème léger et guillerets à une avalanche de cuivres apocalyptiques. Sans oublier les deux "Marionnettes", le premier ressortant la trompette avant la dubstep tandis que le second, dans une suite totalement logique (cette fois-ci), intensifie les parties vocales pour se terminer sur un énorme travail vocal. Un travail que l’on retrouvera sur "Satellites**" et, une fois de plus, son approche très pop mais dont on ne peut décemment nier les qualités dont il fait preuve et surtout avouer que Rou est un putain d’alien au chant (il faut écouter ce titre et se dire que c’est lui qui a assure toutes les voix...).

Que nous reste-il à dire ? Pas grand-chose en fait. Vous l’aurez probablement compris en lisant ces lignes et en écoutant l’album, "Nothing is True & Everything is Possible" est comme un constat, un disque de mi-carrière qui regroupe énormément d’éléments de tout ce que le groupe a réalisé depuis ses débuts. Sans faire avancer les choses mais en posant des bases définitives à un son en constante mutation et par ailleurs taxée de ne savoir se placer, cet album, clairement moins expérimental, remonte la pente descendue par "The Spark" et permet de retrouver le Enter Shikari que nous avions perdu. Un groupe insolent qui se fout des conventions et d’à peu près toutes les normes établies en matière de musique.

1 Commentaire

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JeanEdernDesecrator - 02 Mai 2020:

Merci pour la chronique très complète. Je connaissais que de nom ce groupe, et il va falloir que je fasse un tour sur cet album, et sur ceux que tu as cités qui sont plus inspirés...

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