The Massacre

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16/20
Nom du groupe The Exploited
Nom de l'album The Massacre
Type Album
Date de parution Septembre 1990
Labels Rough Justice
Style MusicalHardcore
Membres possèdant cet album64

Tracklist

Re-issue in 2014 by Nuclear Blast with 4 bonustracks
1.
 The Massacre
 
2.
 Sick Bastard
 
3.
 Porno Slut
 
4.
 Now I'm Dead
 
5.
 Boys in Blue
 
6.
 Dog Soldier
 
7.
 Don't Pay the Poll Tax
 
8.
 Fuck Religion
 
9.
 About to Die
 
10.
 Blown Out of the Sky
 
11.
 Police Shit
 
12.
 Stop the Slaughter
 

Bonus
13.
 Barry Prossit
 
14.
 Don't Really Care
 
15.
 Power Struggle
 
16.
 Scaling the Derry Wall
 

Chronique @ adrien86fr

19 Avril 2020

Don't pay the poll tax

Le 27 mars dernier en pleine pandémie mondiale du virus chinois Covid-19, l’immortel Wattie de The Exploited s’est fendu d’un communiqué sans filtre dénonçant avec sa verve habituelle l’injustice des tests de dépistage au coronavirus ostensiblement accessibles aux riches et aux élites dirigeantes confinées, mais totalement hors de portée de la classe ouvrière pourtant en première ligne d’une guerre virale sans merci, continuant d’assurer les basses besognes pour le salaire minimum notamment dans les hôpitaux et les commerces de produits de première nécessité dont les rôles sont indispensables à la survie des peuples. Coutumier du fait, fier représentant du prolétariat britannique et animé par un inaltérable idéal de justice sociale depuis la nuit des temps, le légendaire Wattie Buchan n’a jamais abdiqué dans son combat contre les « fucking wankers » et les poseurs, au mépris de son capital santé et en ayant toujours fait fi d’accusations plus ou moins fondées et des modes à même de corrompre l’essence originelle de l’authentique mouvement punk. Humble hommage à l’homme et au mythe à travers un modeste billet sur l’une de ses plus efficientes et corrosives salves contre l’autorité.

Formé en 1979 dans les bas-fonds industriels et portuaires d’Edimbourg autour du guitariste Stevie Ross et du chanteur Terry Buchan rapidement substitué par son frère cadet Wattie, le gang écossais The Exploited entame alors une grande aventure moderne et nihiliste rythmée de violences urbaines et de chaos sonore contre toute forme d’ordre établi. Première signature du label londonien Secret Records, le groupe sort en 1981 l’EP « Army Life » mais surtout le full length « Punk’s Not Dead » tout en donnant ribambelle de gigs aux allures de batailles rangées ultra-belliqueuses aux quatre coins du royaume d’Elisabeth II. Asseyant une réputation de groupe sincère et sans compromis, The Exploited jouit également paradoxalement d’un certain succès dans les charts le menant même jusqu’à l’émission télévisée de la BBC « Top of The Pops ». Enchainant alors les disques inspirés ; notons l’imparable triplette « Troops of Tomorrow » (1982), « Let’s Start a War… » (1983) et « Horror Epics » (1985) ; le combo ne souffre pas moins des sempiternels changements de personnel voyant ainsi défiler nombre de musiciens autour du frontman à la crête iroquoise rouge. Adoptant une signature musicale crossover thrash à partir du grave et rustique « Death Before Dishonour », The Exploited s’attache les services d’un line-up flambant neuf avant d’enregistrer et de sortir en 1990 sur le label Rough Justice l’album au titre suggestif « The Massacre ».

Illustré par un artwork sublime de Terry Oakes représentant avec un certain sens de l’esthétisme une somptueuse scène de bataille de rue jonchée de crânes fracassés à coups de poing et de matraque cloutée ou embrochés à la baïonnette, l’opus dégaine sa substance létale avec un titre éponyme introduit par un extrait narratif du film d’horreur « Faces of Death » de John Alan Schwartz (1978). Véloce et abrasif, « The Massacre » révèle un son metal clair et puissant auquel la présence d’un certain Colin Richardson derrière la table de mixage du studio Slaughterhouse n’est sans doute pas étrangère. Servi par les vocaux révoltés de Wattie, l’impérieux « Sick Bastard » s’articule autour d’un riff rapide et imparable inextricablement marié à la rythmique efficace du binôme Smeeks (basse) et Tony (batterie) à l’instar du désormais classique « Porno Slut » traitant d’une comédienne de films X exprimant avec conviction sa velléité d’avaler promptement la verge de son interlocuteur, sample lascif et explicite à l’appui. Une véritable foutrovore en somme, incarnée dans mon imaginaire personnel par la performeuse compiégnoise du genre Sabrina Sweet s’étant longtemps autoproclamée « punk pornstar » chevelure rose, tatouages et Doc Martens en guise d’arguments chocs, avant de se diriger vers une image BCBG de secrétaire ou professeure trentenaire à gros seins une fois signée chez Dorcel. Terriblement cadencé et ponctué par le palm-muting efficace du guitariste Gogs, le virulent pamphlet anti-flics « Boys in Blue » trahit distinctement l’influence crossover thrash du gang punk d’Edimbourg à l’image également d’un « Dog Soldier » suant à pleines gouttes des plans ostensiblement thrash metal. Motivé depuis l’âge de pierre par une inexorable soif de justice et de mise au pilori des bâtards responsables de la pourriture du monde, The Exploited sait également utiliser son violent canal d’expression musicale pour dénoncer et pendre haut et court les ordures spéculant sur nos existences fragiles et précaires d’esclaves du système.

Au chapitre des diatribes contre l’establishment, soulignons le jouissif et contestataire « Don’t Pay the Poll Tax » dénonçant la déloyauté fiscale absolue de l’impôt local forfaitaire par tête de Margaret Thatcher qui inégalitaire au possible et symptomatique de la domination de l’oligarchie sur les masses plébéiennes par la paupérisation de ces dernières, donnera lieu à de frénétiques émeutes de protestation en mars 1990 dans les villes d’outre-Manche. Manipulant et asservissant les peuples au même titre que la politique ultra-libérale faussement humaniste des démocraties modernes corrompues et de leurs représentants ouverts d’esprit et du fondement, la religion se mange également une belle série de patates dans la bouche sur ce « The Massacre » incisif et acide, comme peut en témoigner le prompt et rectiligne « Fuck Religion » étayant avec force la théorie probablement avérée selon laquelle les dogmes des trois grands monothéismes du désert tendent généralement à engendrer davantage de matière fécale que de lumière au quatre coins du globe. Crois en toi-même au lieu de croire en Dieu.. La seconde couche sur le même sujet intarissable de réflexion intervenant avec le terrible et ultime « Stop the Slaughter » traitant implicitement des violences de la première Intifada en Cisjordanie ayant vu les bombes d’Israël massacrer des enfants palestiniens entre 1987 et 1993. Enfin, mention très spéciale à l’original et iconoclaste « Blow Out of the Sky » contrastant assez subtilement avec le reste du full length. Evoquant en effet l’attentat de Lockerbie de décembre 1988 ayant vu le régime lybien de Kadhafi faire se désintégrer le Boeing 747 du vol Francfort-New York de la Pan American World Airways dans le ciel de l’Ecosse pour un total de 270 morts, le morceau constitue un brillant mid-tempo aux habiles relents mélodiques illustrant un certain souci de nuance de la part du légendaire groupe insoumis sur l’un des plus redoutables efforts de sa discographie.

Mis en valeur par une production solide et percutante au service de velléités claires et précises de mutation, l’hybride hardcore punk metal « The Massacre » porte optimalement son patronyme et s’avère être un album charnière entre le primitif et expérimental « Death Before Dishonour » de 1987 et l’atomique « Beat The Bastards » qui défoncera quantité incalculable de mâchoires six ans plus tard. Radical, acerbe et tranchant comme de l’acier trempé tout en présentant furtivement et paradoxalement un visage insoupçonné via le dernier titre mentionné, cet opus de feu estampillé JUST 15 ou CDJUST 15 selon le format constitue une décharge foudroyante à l’encontre de toute forme d’autorité et de domination du système sur nos vies de petits travailleurs. Un disque aussi efficace que spontané, ô combien représentatif de la pure authenticité d’un combo mythique et rugueux prônant inlassablement l’anarchie et le désordre depuis plus de quarante ans partout où il peut monter sur scène et vomir son fiel à la gueule des élites bourgeoises. Respect et allégeance éternelle au gang d’Edimbourg !

18 Commentaires

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jamz - 29 Avril 2020:

Excellente chronique, agréable à lire et ou on apprend plein de choses. Et pour ma part, excellent album, comme celui qui sortira après. Merci.yes

 

woofer - 01 Mai 2020:

yesdevil Excellente chronique.

Chab - 02 Mai 2020:

@adrien86fr : je vais donc avoir de nouveau de la lecture ;)

adrien86fr - 03 Mai 2020:

Merci les gars :) 

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