Quelques notes, quelques riffs, quelques mélodies…
A jamais classés parmi les références, pour l’éternité inscrits au panthéon, pour toujours sources d’inspiration des plus grands.
Certains êtres que l’on peut communément appeler des génies ont cette faculté innée de créer, de façonner l’art de telle sorte qu’il devienne modèle et archétype. Qu’il soit, avec le temps, le symbole d’une puissance inouïe et d’un talent si brut et pur qu’il influencera ensuite plusieurs générations d’hommes et de femmes qui ne pourront qu’être dans le giron d’une poignée ayant établi des bases immuables et indispensables.
Plus l’on s’élève et plus dur sera la chute, dit un proverbe chinois.
Il est inévitable que flirter avec les sommets est certes intense, mais forcément chimérique et d’autant plus instantané que cela ne s’inscrit que rarement dans le temps.
Timo Tolkki y resta pourtant plusieurs années, avant que ce ne soit sa santé mentale qui décide de le faire chuter. Et c’est avec une certaine sauvagerie que le Finlandais ne cessera de se fourvoyer les dix années suivantes (depuis 2003 finalement…), essayant vainement de retrouver la flamme d’antan, de faire surgir de nouveau le génie qui e(s)tai(t) en lui.
Les premiers essais furent très infructueux, que ce soit l’essai catastrophique de reformation de
Stratovarius, la première proposition de
Revolution Renaissance très en-deçà des attentes ou encore un
Symfonia au line up de rêve mais au contenu ô combien famélique et pauvre. Restait les albums les moins pimpants et recouverts de paillettes, mais pourtant bien plus réussis et convaincants que furent "Age of Aquarius" et "Trinity", malheureusement mis à l’écart par la presse et les fans pour finalement être écartés par son géniteur lui-même, vexé de ne pas attirer de manière plus probante la lumière sur son œuvre.
C’est probablement la raison pour laquelle le Finlandais a décidé, une fois de plus, d’avorter son sujet précédent après quelques concerts (quid des relations avec
Andre Matos ou Uli Kusch) pour proposer un énième patronyme et un énième concept. Non pas que la suspicion soit de notre côté, mais il faut avouer que les déceptions se sont tellement enchainées qu’un projet si ambitieux, qui paraitrait infiniment prometteur pour un flot de musiciens, ne peut qu’évoquer méfiance et interrogation lorsque l’on sait que
Timo Tolkki se cache derrière.
De quoi s’agit-il donc ? Un opera metal ? Un logo ressemblant trait pour trait à celui d’
Avantasia ? Un nom également proche (
Timo Tolkki’s
Avalon) ? Une liste d’invités prestigieuse et un concept moyenâgeux évoquant dangereusement le premier
Metal Opera de Tobias Sammet ?
Ne soyons d’avance pas mauvaise langue, car les invités apportent indéniablement une âme et une dimension épique à l’attente.
Michael Kiske (encore et toujours), Bob Rock, le très présent Russell Allen, Tony Kakko (que l’on rêve tant d’entendre aux côtés de Tobias), Sharon Den Adel ou encore la plus jeune Elize Ryd (
Amaranthe) font inévitablement gonfler une attente qui n’aurait pas été si forte si Timo n’avait présenté qu’un « simple » nouveau groupe. Ajoutons à l’ensemble des instrumentistes comme
Jens Johansson (réconciliés ?) ou Alex Holzwarth et le rêve éveillé du monde power mélodique se matérialise doucement dans l’esprit du futur auditeur. "
The Land of New Hope" pourrait finalement porter son nom à merveille…
Pourtant, ce n’est qu’un festival de mollesse, d’un manque d’envie et de créativité évident que nous livre Tolkki sur ce nouvel opus, ne proposant strictement rien de particulier en plus d’arriver à livrer des refrains honteusement soporifique lorsque l’on voit la liste prestigieuse des vocalistes. Il suffit de se pencher sur l’impressionnant "
Avalanche Anthem" pour s’en donner une idée, légèrement speed, ponctué d’un refrain où Russell s’y montre méconnaissable tant il ne semble absolument pas concerné et hors de son rôle (le syndrome "Heroes" de Tobias Sammet sur le premier
Revolution Renaissance en quelque sorte). Habitué aux seconds rôles dans ce type d’opera metal, Bob Rock dispose ici d’une place prépondérante puisqu’il chante sur la moitié des compositions et qu’il possède même la place unique sur deux morceaux, à savoir "The Magic of the
Night" et "To the Edge of the
Earth" (pardon pour les titres). Une fois de plus, le manque d’inspiration se fait aussi flagrant que ces chansons ne sont pas sans rappeler un "
Neverland" d’
Avantasia (sur le "
Metal Opera II"), Bob Rock possédant un timbre très particulier mais Timo n’en profitant à aucun moment. Sous couvert d’une double pédale constamment sur un rythme binaire et sans aucune richesse, le Finlandais pose des riffs complètement insipides et creux (sous forme de nappes le plus souvent), privilégiant une espèce de bidouillage électronique pour combler un spectre sonore fatalement vide et honteusement désertique.
Le single, "Enshrined my Memory" (dont le clip montre d’autant plus le coup de vieux qu’à provoquer l’excès de médicament à l’ex-génie du metal néo-classique), est lui aussi d’une platitude extrême, Elize Ryd peinant sincèrement à faire vivre un refrain sans passion, sans flamme. Elle dévoile tout autant le chemin qu’il lui reste à parcourir pour s’envoler avec la grâce et la délicatesse d’une Sharen Den Adel, bien plus pure et cristalline dans ses parties vocales. La différence est très nette sur "Shine", où la Hollandaise et la Suédoise se partagent le micro, la première réussissant à provoquer une si indispensable émotion à une musique retrouvant un peu de sa superbe, de sa mélancolie (passons un solo hors-sujet).
Le fade "
A World without Us" (réédite complète de "Falling to Rise" ou "Come by the Hills") continuera le mode pilotage automatique de l’album pendant que "We
Will Find the Way" n’est qu’une déception de plus lorsque l’on entend un Tony Kakko méconnaissable et si peu théâtral, lui qui sied à merveille ce genre de projet d’habitude (il suffit même d’entendre le monstrueux "Ruling the World" du projet
Nuclear Blast Allstars).
Cependant, le pire reste l’utilisation complètement ratée de
Michael Kiske, lui qui avait réussi à conserver à flot le premier
Revolution Renaissance de son timbre angélique et si reconnaissable. Une nouvelle fois ultime sur le dernier
Avantasia, l’Allemand n’intervient ici que sporadiquement, sur le long titre épique, spécialement conçu pour lui. Du haut de ses neuf minutes, les orchestrations font déjà bien pâle figure face aux monuments déjà composés par le Finlandais, sonnant ici effroyablement plates et synthétiques, sans envergure. Certes, on reconnait inévitablement la voix sans pareil du vocaliste mais, restant dans des tonalités vraiment très hautes, cela ne rend en aucun cas l’écoute agréablement, n’ayant rien pour contrebalancer le chant très aigu de l’Allemand, et ne lui proposant aucune véritable variation vocale, même sur le refrain. Très épique, on est pourtant loin des compositions récentes, comme "Trinity" ou "In Paradisium" qui, la plupart du temps, permettaient d’espérer en se disant que Tolkki était toujours bien vivant. Ici, les neuf minutes apparaissent interminables, entre un riff banal, des orchestrations casio (j’exagère mais en comparaison de ses créations passées, c’est l’effet que cela procure) et surtout une ligne vocale complètement hors du coup.
Difficile d’être plus positif à l’écoute d’un album très attendu, ayant une nouvelle fois espéré une armée de fan qui, bientôt, n’en pourra définitivement plus des rendez-vous manqués de leur guitariste préféré. "
The Land of New Hope" est un concentré de clichés, de fadeur et d’une sensation immense de déjà-vu. Une facilité déconcertante dans la composition, une certaine prétention dans le fait de penser qu’aligner les noms et un concept épique pourra lui faire de nouveau entrevoir la lumière qui le fuit depuis tant d’années.
Plus qu’une remise en question, c’est un sérieux retrait de la scène qui s’impose pour lui, le temps de réfléchir et de poser cartes sur table son avenir. Au risque de ne vraiment plus intéresser personne…le point de non-retour est proche, la fracture que l’on aperçoit depuis des années menace dangereusement. Très dangereusement…
Là, je doute que les ventes suivent, et sans tournée derrière (il l'a quasi-annoncé), le projet s'évaporera.
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