Sunset on the Golden Age

Liste des groupes Folk Metal Alestorm Sunset on the Golden Age
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Nom du groupe Alestorm
Nom de l'album Sunset on the Golden Age
Type Album
Date de parution 01 Août 2014
Style MusicalFolk Metal
Membres possèdant cet album120

Tracklist

DISC 1 - SUNSET ON THE GOLDEN AGE
1. Walk the Plank 04:06
2. Drink 03:22
3. Magnetic North 03:46
4. 1741 (the Battle of Cartagena) 07:17
5. Mead from Hell 03:41
6. Surf Squid Warfare 03:59
7. Quest for Ships 04:33
8. Wooden Leg ! 02:44
9. Hangover (Taio Cruz Cover) 03:41
10. Sunset on the Golden Age 11:25
DISC 2 - RUMPLUGGED (Limited Edition Mediabook)
1. Over the Seas (Acoustic) 04:03
2. Nancy the Tavern Wench (Acoustic) 04:52
3. Keelhauled (Acoustic) 03:58
4. The Sunk'n'Norwegian (Acoustic) 04:06
5. Shipwrecked (Acoustic) 03:31
6. Questing Upon the Poop Deck (New Song) 03:12
Total playing time 1:12:16

Chronique @ Theodrik

05 Août 2014

Avec cet album de qualité, une chose est sure : le crépuscule de l'âge d'or n'a pas eu lieu.

« You may think you’ve heard this music before. That Runnin Wild did it back in 84. But winds are a changing and we don’t give a damn ! So if you don’t like it, go start your own band !”. C’est en l’an 2011 de notre ère, dans une chanson intitulée « Scraping The Barrel », d’un album nommé « Back Through Time », qu’on pouvait entendre ces punchlines sans concession. Ce recadrage cinglant était signé Christopher Bowes, frontman, claviériste et principal compositeur d’Alestorm. Le groupe était alors encore jeune : il n’avait que quatre ans depuis sa création en 2008, mais avait déjà tout d’une grande formation : trois albums dont les excellents « Captain Morgan ‘s Revenge » et « Black Sails at Midnight », des concerts à travers le monde et des fans toujours plus nombreux… Malheureusement, « Back Through Time », divisa. En effet, de véritables tueries y côtoyaient de bons titres et d’autres, hélas clairement en deçà. Ainsi donc, après deux albums quasi parfaits, « Back Through Time », qui renfermait pourtant en son sein son lot de pépites et d’innovations, laissait un arrière-goût d’inégalité, ce qui faisait craindre votre serviteur pour la suite. Fan du groupe depuis leurs débuts, je fis de grands efforts pour me persuader que le groupe n’était pas en panne d’inspiration, qu’ils tireraient profit de ces critiques et reviendraient en meilleure forme. Leur passage au Glazart avec feu Ex Deo n’avait-t-il pas été un de mes concerts préférés ? Le « Live at the End of the World » n’avait-il pas été plus que convainquant ? Et le projet « Gloryhammer », sans être spécialement original, n’avait-il pas été bien mené et très agréable d’écoute ? Je ne savais plus quoi penser… C’est donc avec une impatience teintée de fébrilité que je démarrais l’immersion dans ce 4ème album. Tout avait été fort bien fait : le nouveau logo était là, le groupe s’était fendu d’un artwork hommage à l’album « Under Jolly Roger » de Runnin’ Wild, pas vraiment le plus joli du groupe, mais plutôt cool, et l’album portait le nom évocateur de « Sunset on the Golden Age », ce qui n’allait pas pour me rassurer. Mais les écoutes successives des snippets promotionnels dissipèrent finalement mes craintes. Ma copie du skeud, alors fraîchement achetée, en poche, je me reprochais d’avoir douté d’un de mes groupes préférés, et supposai alors que l’écriture d’une chronique serait probablement une bonne idée pour apaiser la colère du capricieux Poséidon, connu pour être un grand amateur du groupe, et éviter qu’un raz-de-marée ne ravage ma maison.

Il convient d’être clair à l’aube de cette chronique : ce quatrième opus des pirates les plus Heavy des Caraïbes fait dans le classicisme. Mais il s’y distingue bien, et tous les anciens éléments du groupe sont là. La voix éraillée du Captain Bowes, semblable à celle d’un pirate à l’haleine fétide vous racontant un peu trop près du nez son histoire de trésor est (heureusement) toujours présente sur tous les morceaux. Les cuivres, omniprésents depuis « Black Sails at Midnight » qui seront synthétisés sur scène par le nouveau claviériste Eliot Vernon, se font moins nombreux, mais imposent toujours leur ambiance épique sur « Walk The Plank », « 1741 (Battle Of Cartagena) » et « Sunset on the Golden Age ». Le reste du temps, l’accordéon prend, comme depuis « Captain Morgan’s Revenge », le relais. Il se remarque principalement sur la très joyeuse « Mead From Hell », sur la puissante « Surf Squid Warfare » et la très entraînante « Quest For Ships ». Mais, en termes d’inspirations et de structure, Chris Bowes l’ayant promis, le groupe a aussi puisé dans un passé plus récent, avec des éléments de « Back Through Time » ayant fait sensation. Ainsi, si retrouver les flûtes de « Midget Saw » dans l’intro de la plaintive et épique « Magnetic North » fait plaisir, le retour des longs titres et des chants gutturaux, hérités de la déjà culte « Death Throes Of The Terrorquid » sur l’album précédent, ravira plus d’un auditeur. De même, les chœurs, expérimentés timidement par les reprises de « Flower Of Scotland » ou « Wolves Of The Sea » sur les premiers albums, mais généralisés à partir de « Back Through Time », sont de la partie. On peut entendre les « vrais » chœurs du groupe (à la différence des Backing Vocals de Bowes) sur « Walk The Plank », sur « Drink », « Mead From Hell », « Surf Squid Warfare », « Quest For Ships » et la reprise de « Hangover » (Taio Cruz). Enfin, les violons expérimentés sur l’excellente « Shipwrecked » se font une petite place « Drink » et « Magnetic North ». C’est un musicien de session qui joue sur l’album, mais Eliot Vernon semble savoir jouer du violon dans le clip de « Drink ». En espérant voir ça sur scène…

En ce qui concerne les thèmes abordés et les ambiances, là aussi, nous voyageons en terre connue, mais le travail artistique est là. Alestorm arrive à donner à leurs fans ce qu’ils veulent : du classique, mais en différent. Ainsi, les paroles de « Walk The Plank » rappellent étrangement « Keelhauled » (la trahison, la fureur du capitaine, le supplice de la planche et les requins), « Magnetic North », tout en étant très originale, traite des pirates perdus dans le Nord et qui vont sans doute mourir, renouant ainsi avec des textes proches de « To The End Of Our Days » ou de « Scraping The Barrel ». « Surf Squid Warfare » reprend la thématique du voyage dans le temps et celle de la chasse aux krakens. "Quest For Ships" est assez drôle dans les textes, car elle présente un Bowes littéralement drogué aux bateaux, et même de tout ce qui flotte et qui "a besoin de sa dose". Quant à « Drink », son deuxième couplet est presque uniquement composé de titres de chansons du groupe, à l’instar d’un « Victory » de Megadeth (album « Youthanasia »). La chanson est aussi amusante au sens où Chris Bowes nous apprend qu’il se fiche de ne pas revenir riche d’un voyage, tant qu’il a pillé du rhum, de la bière, et, selon le clip, dévergondé des cathos de bonne famille… Le texte de « 1741 (The Battle Of Cartagena) », sans doute la meilleure de l’album, est vraiment original, tout comme celui de « Sunset on the Golden Age », et ils sont tous deux très bien foutus. Mentionnons également la qualité des refrains, comme d’habitude faits pour être retenus facilement et chantés sur scène. La reprise d’ « Hangover » de Taio Cruz claque pas mal et s’applique très bien au groupe, puisqu’elle traite de la gueule de bois après une soirée bien arrosée. Chris Bowes, faisant souvent sa présentation comme suit : « Hi, I’m Christopher Bowes, and I am an alcoholic », on ne peut qu’applaudir, une fois encore, son sens de l’humour et de l’autodérision.

Enfin, les seules faiblesses de l’album : elles ne sont pas si nombreuses. Si on veut pinailler, j’aurais bien aimé un refrain plus efficace sur « Surf Squid Warfare », le nom du titre n’étant growlé qu’une seule fois, à la toute fin de celui-ci. C’est un peu dommage car la chanson est vraiment sympa. Finalement « Wooden Leg ! » est le seul titre vraiment décevant. Malgré un départ prometteur (Il est très rapide et nerveux, parfait pour les pogos), il souffre du syndrome "Rum"/"Buckfast Powersmash" de l'album précédent : le refrain est définitivement trop pauvre !! Retenir les refrains est une bonne chose pour la scène, mais se borner à répéter « Wooden Leg ! Wooden Leg ! Wooden Leg ! I’ve got a Wooden Leg, Wooden Leg ! » quatre à cinq fois, ne fait pas un refrain. C’est d’autant plus dommage que les couplets sont marrants, et parlent d’un pirate avec une jambe de bois qui perd l’autre jambe par un tir de canon espagnol, puis les deux bras contre un samuraï ninja. L’édition limitée n’est pas non-plus un must-have. Pour quelques euros de plus, vous aurez droit à une version acoustique d’ « Over The Seas », de « Nancy The Tavern Wench », de « Keelhauled », de « Sunk N’ Norwegian », de Shipwrecked » et une bonus track, intitulée « Questing The Poop Deck ». Pas forcément indispensable en soi et à réserver aux fans hardcore. Ajouter « In the Navy » reprise des Village People sorti récemment sur Single aurait peut-être plus ramené les foules.

Au final, faisant abstraction de ces quelques faiblesses, Alestorm nous sort de son tricorne un bien bel album. Le groupe a cette capacité de parvenir toujours à refaire du neuf avec du vieux, sans tout-à-fait se répéter en ajoutant des rythmes nouveaux, des refrains efficaces et neufs, en mélangeant classicisme et modernité… Avec cet album de qualité, une chose est sure : le « crépuscule de l’âge d’or » n’a pas eu lieu.

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Theodrik - 11 Août 2014: C'est dommage, Alone, j'aime bien lire tes chroniques. Elles sont souvent inspirées, quoiqu'assez dures.

Il se trouve que je suis bon public en musique Metal, que c'est ma passion et que je n'oublie pas qu'on a de la chance d'avoir des compositeurs créatifs par rapport aux merdes, pour le coup "vraiment commerciales" qu'on peut entendre dans les médias de masse...

Alors, oui, je note élevé, oui, je suis assez peu porté sur l'underground et je pense qu'en général, quand un groupe a marché, ça ne vient pas de nulle part (ce qui ne m'empêche pas d'apprécier de bons groupes qui n'ont pas encore percé), mais je n'essaie pas de privilégier qui que ce soit ou une industrie. Quand j'aime, je note bien. C'est tout. Et j'accepte les désaccords sur mes chroniques, voire même les contre-chroniques (je vais d'ailleurs lire la tienne), mais il y a une manière de dire les choses. Être désagréable ne te rendra pas plus underground, ou "plus professionnel" ... Ça te rendra juste désagréable :)
AlonewithL - 11 Août 2014: Ce n'est pas à titre personnel, c'est une colère généralisée quand je vois des groupes qui atteignent un niveau aussi bas encore porté à des sommets. Il y a malheureusement des phénomènes de mode dans le folk metal. Alestorm s'était singularisé autour de l'étiquette Pirate qui changeait radicalement de celles des vikings et qui est aussi populaire. Seulement, on se rend compte que le pirate metal n'est plus qu'une coquille vide, une affiche attrape-gogos et qu'Alestorm joue les Tankard dans une version folk metal qui s'est considérablement appauvrie. Faire des remarques à un type qui fout 12 alors que l'on consacre cette chose au score de légende à 18, c'est de la bêtise. Trouver toutes les grosses sorties du genre à des notes effarantes ça jette un discrédit et ça fait plus de mal aux groupes que de bien. Encore une fois je ne te vise pas personnellement, c'est un fait que l'on retrouve aussi sur les autres webzines et magazines.
Theodrik - 11 Août 2014: D'accord. C'est quelque chose que je peux comprendre. Comme je ne lis aucun magazine, j'ai tendance à m'en tenir à ma propre opinion sur les albums et sur les groupes. Du coup, n'ayant pas observé cette tendance moi-même, je l'ai pris pour moi. Donc, j'espère que tu m'en voudras pas d'avoir pris la mouche. Après, je fais la morale à personne. Chacun pense ce qu'il veut tant que ça reste cordial.

J'ai lu ta chronique. Bien sûr, je partage pas tout le propos, mais j'ai beaucoup apprécié l'humour et les commentaires sur la bataille de Carthagène.

Et si j'aime toujours le côté mélodique d'Alestorm et tolère qu'il n'évolue pas tant que ça, je n'ai pas une très bonne opinion de groupes comme Trollfest. Je les ai vus sur scène et, pour moi, ils font du Folk Metal bordélique avec un chant crié à la Slayer et je n'y perçois pas vraiment l'intérêt. J'ai encore moins de clémence pour des groupes comme Lagerstein ou Swashbuckle, car je trouve leur manque de mélodicité flagrant et je n'arrive pas à digérer leurs riffs thrashy à outrance. Tu vois, je suis loin d'être un grand fan du Pirate Metal en général :)
AlonewithL - 11 Août 2014: Trollfest, c'est à ce qu'Alestorm tend à devenir (et je préfère musicalement Trollfest, pour la sauce Slayer je ne vois pas trop où tu veux en venir, car Slayer c'est une violence dévastatrice qui n'est pas le bordel non plus. Trollfest est tout le contraire de la violence, mais niveau bordel...)
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Chronique @ AlonewithL

11 Août 2014

Ce Sunset on the Golden Age nous montre la lune à défaut de se révéler être un soleil.

Christopher Bowes nous a fait récemment démonstration de son goût pour la mode et la facilité. Son projet « Alestorm » qui figure comme l’incarnation du pirate metal, devant même « Running Wild », qui est pourtant son ainé et qui jouit d’une grande renommée, perd au fur et à mesure de sa substance, de sa personnalité. Ce qui peut être dorénavant considéré comme une blague (bonne ou mauvaise, là n’est pas le problème), « Back Through Time » se situe à des encablures de l’estimable « Captain Morgan’s Revenge » pour son goût trop prononcé pour la chanson à boire déjà popularisé par bon nombre de formations folk, mais aussi pour certains titres sans le moindre intérêt, et ses puisages chez son confrère peu reluisant « Swashbuckle », ou chez le plus estimable « Dimmu Borgir », du moins pour quelques extraits. Dès lors Christopher Bowes a cessé de composer des musiques inspirées, donnant plus impression de détourner et de corrompre celle des autres, comme nous le prouve la sortie de son fade projet « Gloryhammer », qui a vulgarisé et décoré en rose bonbon « HammerFall ». Il en sera malheureusement pareil pour le quatrième long volume de leurs aventures, je vous l’annonce. Le hollandais volant s’affichant orgueilleusement victorieux sur ses confrères vikings sur l’album précédent aurait même fait preuve de repentance, de couardise. Le recrutement du jeune claviériste Elliot Vernon de « Ravenage » ne changera rien à ce que l’on peut désormais appeler une fatalité. « Sunset on the Golden Age » met un terme à l’âge d’or d’« Alestorm ».

L’opus avait pourtant bien commencé. On nous accueillait en fanfare dans l’inspiration épique et nonchalante de leurs tous débuts. Un peu comme l’aurait fait cela dit « Trollfest ». Cette plaisante apparition de l’entame de « Walk the Plank » est totalement oppressée par un heavy speed agressif assez indigeste, néanmoins sauvé par un refrain plus réjoui. On en retient une composition bordélique, peu mise en valeur par un chant qui a beaucoup perdu en profondeur. « Magnetic North » joue également de cette technique éculée de la sucette de la douce mélodie d’entame pour appâter les couillons, en usant de la douceur enchanteresse de la flute de Pan. On croit même revenir aux anciens acquis du groupe, jusqu’à ce que du core fasse son apparition. A partir de ce moment, l’auditeur perd quelque peu le fil et constate une composition qui a tendance à s’essouffler, à chercher ses propres repères. On assisterait effectivement à un certain retour en arrière d’un point de vue musical sur ce volume. Il se situe effectivement loin des embardées façon « Swashbuckle » ou symphoniques du forfait précédent. La composition se réduit désormais à la plus stricte facilité, usant de riffs, de bouts de phrases abondamment répétés, à l’usure, jusqu’à en faire craquer les nerfs.

« Wooden Leg » est la parfaite illustration de cette dérive, jouissant d’ailleurs d’un texte d’une très grande bêtise. Et je voudrais personnellement m’adresser là aux baveux qui ont trouvé quelque chose de drôle là-dedans. Bon Dieu ! Mais qu’avez-vous trouvé de si amusant ? Le texte se borne à décrire un mec alcoolisé qui perd une jambe par un boulet de canon espagnol, puis ses bras par un samouraï japonais. Paf ! C’est tout ? Oui, c’est tout ! Je m’en tort les boyaux, surtout que le rythme rapide et encaissé m’aide à digérer le truc de travers. Mais, bordel de merde, qu’est-ce que vient foutre déjà ce putain de samouraï dans une histoire de pirates ? Comme l’impayable « Wooden Leg », qui figurera dans le tableau des bonnes plaisanteries à se rouler par terre d’« Alestorm » aux côtés du divin « Rumpelkombo », « Quest for Ships » fait aussi dans le texte n’ayant pas trop de sens, torché avec de la coke dans le nez et des slogans publicitaires tellement répétés que l’on pourrait porter plainte pour viol. Le début paraissait sympathique (si ! si !), amusant même, reproduisant un certain entrain où on retrouvait l’ « Alestorm » des premières réalisations couplé à du « Finntroll ». Mais très vite à force de répétitions et de « Quest for Ships » à outrance (que l’on jurerait d’ailleurs entendre « Quest for shit ». Je suis sûr que c’est voulu) vous n’en pourrez plus. Il y a bien ce solo heavy qui lui donne un peu d’attrait encore, bien que contrastant fortement avec le reste. Délectez-vous en, car les solos sur cet album sont rares et souvent très courts.

Ce léger retour en arrière observé a tout de même du bon, UN bon. S’il y a bien un morceau sur ce disque qui ne porte pas des couches hygiéniques c’est bien « 1741 (The Battle of Cartagena) ». Déjà, on a enfin un sujet solide, et historique qui plus est, dans ce foutoir qui sent bon l’intelligence. Youpi ! Ils ont le bon goût, sans ironie cette fois, de lancer le morceau sur une mélodie 8 bits avant de prendre un envol épique. Avec des renforts cuivrés, un ton ferme, on distingue pratiquement l’univers d’un « Captain Morgan’s Revenge », cette intense sensation d’épopée, de voiles brisées sous les coups de canon, cette soif pour le sang et l’or. Bon ! Bien sûr, le chant aurait mérité un peu plus de fougue et aurait dû faire abstraction de growls foireux. « Alestorm », dans son élan patriotique pro-britannique, aurait oublié l’issue de la bataille en question. La bataille de Carthagène de 1741 opposant les britanniques aux espagnols a été l’un des plus gros désastres de l’Histoire de la marine du Royaume-Uni. Une humiliation même, si on s’en tient au rapport disproportionné du nombre de troupes en présence dans chaque camp. A croire que la lecture de l’Histoire comme la réalisation de compositions, n’est plus faite qu’à moitié désormais.

La longueur du morceau « 1741 » profite plus qu’au titre éponyme « Sunset on the Golden Age » éprouvant par sa longueur ou la redondance de ses riffs. Le chant n’a pas l’air non plus véritablement inspiré, ni très convaincu, pourtant il y avait des éléments pour en faire un morceau élégant, une entrée palpitante (souvenez-vous de la sucette). Il y a franchement de quoi s’endormir lourdement dès la deuxième minute, et il y en a encore neuf derrière. Houla ! Je souffre. Heureusement le rythme s’accélère un chouia après le milieu de piste, tout en usant d’airs répétés. Bon ! On ne va pas non plus être trop méchant, il y a bien une sortie mélodique assez intéressante, mais pas suffisamment exploitée pour renverser la situation. « Alestorm » ne semble pas trop dans son assiette, faute de se montrer inventif et persuasif, il soutire les mélodies de ses copains. Salut « Finntroll », comment vas-tu ? C’est ainsi que l’on devrait résumer « Mead from Hell » et « Surf Squid Warfare ». Il faut dire que « Nattfödd » s’invite carrément sur ce vaisseau qui transportait autrefois de vigoureux et glorieux pirates, et sert aujourd’hui comme container à verres. Ça flotte tout aussi bien d’ailleurs. Ces deux morceaux ne sont pas mauvais à proprement dit (enfin, au pays des aveugles les borgnes sont rois), mais on aurait pu se passer de ce côté ultra répétitif qui marque désormais chaque pirouette de notre bon et désopilant « Alestorm ». « Surf Squid Warfare » se montre juste un peu plus mou et poreux que son jumeau finntrollien.

Il ne faut pas oublier l’essentiel maintenant pour nos pirates, qui doivent davantage écumer les bistrots que les galions espagnols ; les chansons à boire. On en a eu un aperçu imagé avec tous ces morceaux qui affichent minimum 2 g à l’éthylomètre. Avec « Drink », croyez-moi, on rentre dans le concret. On a là un morceau braillard, remarquable pour le son gras et légèrement thrashy, qui se résume à des « drink your beer », « drink », « drink your beer » répétés encore une fois jusqu’à l’ivresse de l’auditeur, qui a franchement de quoi trouver tout ceci saoulant. Ouais ! Avec « Alestorm » je bois ma bière. Le sujet soumis à l’expérience aura moins mal au crâne à l’écoute de la reprise (bien réalisée, je l’accorde, avec airs d’accordéon et tout le toutime Alestormien) du « Hangover » de Taio Cruz, qui conte encore une fabuleuse histoire de soirée folle et arrosée. On s’éloigne de la piraterie, on se rapproche de plus en plus des discothèques remplies d’apprenties stripteaseuses défoncées et des parkings remplis de BMW (défoncées aussi), tapissés de vomi. DANGER ! DANGER ! Christopher Bowes donne pour excuse à cette reprise le simple fait de l’avoir écouté à la radio et de juger que c’était cool qu’ « Alestorm » reprenne ce tube. Ne serait-ce pas pour « Alestorm » un moyen de surfer facilement sur un récent succès planétaire au point d’en faire d’ailleurs un des clips pour cet album ? Nooon ! Pffff ! Bande de complotistes !

Ce « Sunset on the Golden Age » nous montre la lune à défaut de se révéler être un soleil. Il est éloquent de suffisance. Les mecs de « Trollfest » ont de beaux jours devant eux et pourront être élevés au statut de génies de probité devant pareille débauche offerte à nos oreilles par Sir Bowes et sa clique. Seul son « 1741 » est émérite et s’impose comme s’imposaient les morceaux de l’ouvrage de 2008, si regretté. Ce n’est pas une page qui se tourne, c’est la soute qui prend la flotte pour « Alestorm ». Il n’y a plus rien à espérer de subtil et de résonné chez eux. Le pirate s’était barré avec son baril de rhum sur « Back Through Time », on sait qu’il ne reprendra plus la mer. Pensez-vous, c’est plein d’eau tout ça. Pour ma part, je n’attendrai pas que l’eau se change en vin. « Alestorm » ne figurera plus que comme une clownerie qui fait beaucoup de mal à la grande famille du folk metal. Que pourra-t-on dire à tous ces groupes qui s’efforcent de travailler sans relâche leurs compositions, à chercher des thèmes, des histoires audacieuses et dignes d’intérêt, quand on connait le succès d’« Alestorm » avec des compositions de bazar fabriquées à l’emporte-pièce ? Comme disait Blas de Lezo, le véritable vainqueur du siège de Carthagène de 1741 : « Todo buen espanol deberia mear siempre mirando a Inglaterra ». On pourra dire qu’en ce qui me concerne, c’est fait.

11/20 (et je suis gentil)

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Hacktivist - 11 Août 2014: Je le sais bien oui, je sais aussi à quel point ça peut t'outrer ou te gêner que des auditeurs puissent débuter leur aventure du pirate metal par Alestorm au lieu de Running Wild qui est pourtant le fondement du genre comme tu le soulignes très justement et qu'ils sont arrivés bien avant les Écossais.

En ce qui me concerne, je pense qu'aujourd'hui, on ne fait pas les choses dans l'ordre ou comme on aurait pu le faire il y a des années ('tain je parle comme un vieux) c'est-à-dire que beaucoup d'auditeurs (je pense aussi à moi) embarquent sur des groupes plus récents d'un genre avant même d'aller piocher et de découvrir les classiques du genre pour mieux le comprendre.

Alors pourquoi Alestorm aujourd'hui ? Je pense très simplement que la fan-base du pirate metal avait besoin d'une formation un peu plus jeune et vivante, dynamique avec des objets et des morceaux peut-être plus attrayants, qui leur parle plus et comme en plus de cela, Christopher Bowes arrive à combler ce petit manque par sa personnalité, son charisme (je ne sais pas si tu es de mon avis sur ce point), ben ça fonctionne assez bien.

Je le redis encore, je te félicite et je ne suis pas le seul car tu t'investis vraiment à fond dans l'écriture, ta passion pour la musique et cette double-chronique montre vraiment que toi aussi t'avais ton mot à dire, ta vision des choses, c'est très défendable. Je pense même que j'aurais adoré te lire sur le premier Alestorm, on aurait donc pu se rendre compte que t'étais pas juste là pour faire la forte tête ou descendre le groupe gratuitement (même si je m'en doutais déjà).
edenswordrummer - 12 Août 2014: Je reviens juste clore le débat qu'on a entamé Alone ;) moi j'ai rit (hyperbole) à l'écoute de Wooden, et je suis sûr de ce que j'avance à l'égard de cet album, tout comme toi tu es sur de ton opinion (même si tu as certainement une plus grande culture en folk que moi). Peut être que j'aime cet album parce que je manque de référence, je vais donc écouter pour commencer ce fameux Running wild qui, selon vos dires, à l'air bien sympa. A la renvoyure messieurs, et encore bonne chronique.
Brozzy21 - 14 Juillet 2015: Moi je viens de l'acheter, et je le trouve plutôt bien ! Efficace, sans prise de tête, ça me va très bien ! C'est pas avec Alestorm que je cherchais la complexité d'un prog, même au niveau des paroles :)
AlonewithL - 15 Juillet 2015: Je n'ai jamais cherché quelque chose de complexe avec ALestorm, faut arrêter de raconter des conneries. Moi, j'écoute Alestorm depuis leurs débuts (ce qui n'est pas le cas de beaucoup ici). Et les débuts, ce n'était pas du prog du tout et c'était vachement plus pertinent. Là, on a juste une redite de Trollfest en plus pouet pouet turlututu. Je n'ai, par exemple, pas vu de pirate metal lors de leur passage au Hellfest. ça vire à la facilité récréative pour ados et mecs bourrés. C'est marrant, mais musicalement parlant ça s'est vachement appauvri.
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Chronique @ edenswordrummer

11 Août 2014

Alors que le soleil se couche sur l'âge d'or, la nuit promet à Alestorm toujours plus de gloire...

D'aucuns pourraient paraître sceptiques, pessimistes et finalement curieux quand à l'avenir d'un groupe officiant dans un genre si atypique et restreint que le "pirate metal", le domaine de prédilection du jeune Alestorm. A la sortie d'un "Captain Morgan's Revenge" ou d'un "Black Sails at Midnight", l'auditoire fut ébahi par les talents de ce groupe. Les deux albums faisaient preuve d'une force de frappe considérable et d'une richesse improbable dans un univers musical qui apparaissait comme très confiné. Techniques, riches et imaginatifs, les titres d'Alestorm étaient en plus accrocheurs.

Puis, vint "Back Throught Time" que l'on attendait au tournant pour confirmer ce que l'on espérait, à savoir que ce genre qui semblait avoir déjà épuisé ses filons soit pérenne. Mais la déception fut au rendez-vous. En plus de perdre de cette précieuse diversité qui le caractérisait, Alestorm s'y était complaît dans les chansons à boire, rendant l'album, certes, festif, mais paradoxalement désespérément vide...
Le pirate metal semblait donc avoir tout donné. On ne reverrait plus jamais l'Alestorm des débuts. Seul "Death Throes The Terrosquid" nous laissait un mince espoir... une seule piste... une promesse... et peut-être un tournant...

En ce mois d'août 2014 arrive ce "Sunset on the Golden Age", succédant à ce "Back Through Time", et le fan est en droit de se demander de quelle manière aborder ce nouvel effort, avec ou sans bière à la main ? Un peu des deux car les Écossais ont fini par trouver la bonne recette !

A l'écoute de l'album, il est évident qu'Alestorm a mis en avant le côté héroïque et instrumental de son propos. Loin de se contenter des sourires apportés par les géniaux et communicatifs "Wooden Leg!" et "Drink", au tempérament dynamique et délicieusement primitif, la formation livre aussi ici les titres les plus longs et épiques de son parcours, "1741" et "Sunsent On The Golden Age".

D'autres titres courts sont, également, beaucoup trop riches et aboutis pour rentrer dans le moule des chansons à boire. En effet, de par cette puissance qu'ils dégagent, cette prestation qu'ils offrent, cette présence instrumentale et ces moments de bravoure qu'ils démontrent, il serait dénigrant d'user de ces titres pour accompagner une levée de coude...

Parlons aussi du dantesque "Mead From Hell". Du haut de ses seulement 3 minutes 40, il fait preuve d'une richesse et d'une densité époustouflante, apportée par ce riff dynamique et ces montées de violons, faisant naître en l'auditeur un sentiment proche de l'euphorie. Et que dire de cette guitare ? Mordante, expressive, elle le sublime au moment du pré-refrain, où elle se montre brutale et binaire, et au moment du solo, où elle apparaît comme sublime et accrocheuse...Et c'est sans compter aussi ce génial refrain. En réalité, le titre captive à chaque seconde et démontre toute l'étendue du talent de cette formation !

Des morceaux rentre-dedans comme "Walk The Plank" et son riff destructeur d'entrée en matière, "Surf Squid Warfare" et ses descentes instrumentales entrecoupées de changements de rythmes, ou "Quest For Ships" jovial et léger mais trop recherché pour avoir sa place dans une taverne, sont autant d'hymnes. Ces pistes sont entrecoupées par des breaks géniaux, des parties orchestrales puissantes et matures, et des guitares qui, à chaque instant, semblent trouver le riff qui fait mouche.

Vocalement rien n'est laissé de côté et le chanteur use de sa palette vocale la plus large. "Magnetic North" illustre à merveille ce fait. Plein de rebondissements, le titre, en 3 minutes, fait une synthèse de la musique d'Alestorm en passant par toutes ses expressions, des airs de ballades aux parties presque Thrashs. Ces changements sont fluides et maîtrisés.

Mais parlons aussi un peu de ce chant agressif. Il est évident que la formation ne fut pas sourd au succès de son "Death From...", et que, pour se rapprocher du chemin prestigieux pris par ce titre de qualité, il aura décidé d'ajouter une dimension bien plus brutale à sa musique. Ainsi, cette voix déchirée et rocailleuse que l'on trouve sur "Magnetic North", ou "1741", appuyée par ces cuivres hurlants est une pure merveille. On ne pouvait soupçonner qu'un vocaliste aussi sous-estimé puisse atteindre une telle polyvalence. Cette voix étoffe, ajoute du relief, et même si quelques fausses notes ou des montées compliquées pour atteindre ces aigus difficilement atteignables peuvent se faire entendre, le chant est ici expressif et nuancé.

Indiscutablement ce "Sunset on the Golden Age" se démarquera définitivement par ses deux titres épiques : "1741", de 8 minutes et "Sunset on the Golden Age", de 11 minutes !
Le premier distille une ambiance guerrière par sa mélodie folklorique et sa structure pleine de soubresauts. Bruits de canons, chant agressif, choeurs, tout nous rappelle "Death From...". Il n'en est rien, car le groupe renouvelle ici sa conception du terme "épique" par un travail d'orfèvre. Il fait preuve d'un raffinement surprenant dans ses passages orchestraux et témoigne d'une qualité de composition digne des plus grands.

"Sunset On The GoldenAge", titre éponyme, clos l'album avec une surprenante excellence. Calme, nostalgique, la mélodie récurrente, tel un voyage sur les flots paisibles du crépuscule, nous dépaysent. On pourrait reprocher à Alestorm, de par cet aspect répétitif, d'avoir cédé à une certaine facilité de composition, mais, encore une fois, Alestorm se sublime ! Il se sublime par ce refrain sensible et sophistiqué, par cette guitare bavarde et expressive, par ces cuivres qui savent se manifester au summum de l'émotion...

Inutile maintenant de douter que ce "Sunset on the Golden Age" est, selon moi, une vraie réussite. Loin de vouloir se contenter de la légèreté qui a fit son succès, Alestorm compose ici un maître album, aux passages instrumentaux travaillés et aboutis. Tout en conservant son sens de la dérision, ("Hangover"), il fait majoritairement preuve d'un sérieux surprenant mais adapté à la dimension épique voulue. Sans délaisser un seul ingrédient de son succès, il innove, surprend et engendre tout un panel d'émotions. Alestorm livre donc ici l'album le plus abouti de sa carrière musicale en proposant une synthèse de sa musique. Même si le soleil se couche sur l'âge d'or, ce 4ème effort laisse espérer que la nuit suivante promet gloire et richesse aux talentueux Ecossais.

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