Formé à Montréal au début des années 2000,
Despised Icon s’impose rapidement comme l’un des pionniers du deathcore, bien avant que le terme ne se popularise ou ne se fige dans des formules stéréotypées. À une époque où la frontière entre le death metal, le death technique et l’hardcore était encore poreuse, le groupe québécois va jouer un rôle déterminant dans la structuration du genre en posant les bases de ce qui deviendra sa grammaire principale. L’une des signatures majeures de la formation réside dans son duo vocal, une alternance entre growls profonds et screams suraigus et couplé à une musique à la fois carabinée, tranchante et construite autour de schémas rythmiques implacables. Là où beaucoup de groupes misaient sur la surenchère, le septuor privilégiait déjà un équilibre entre brutalité extrême, groove écrasant et efficacité immédiate.
Contrairement à une partie de la scène deathcore qui émergera plus tard,
Despised Icon a toujours revendiqué des racines death metal très marquées, tout en intégrant des éléments hardcore assumés, caractérisés entre autres par des breakdowns étouffants, des structures immédiates et une énergie instinctive. Cette approche leur permettra de traverser les modes sans jamais perdre leur crédibilité, ni auprès du public extrême, ni auprès des amateurs de metal plus traditionnel.
Après une première période extrêmement prolifique dans les années 2000, notamment par le biais de
The Healing Process (2005) et
The Ills of Modern Man (2007), le groupe annonce sa séparation en 2010 et laisse derrière lui une discographie déjà considérée comme fondatrice. Leur retour au milieu des années 2010, davantage en dents de scie, confirmera tout de même leur statut, celui d’un collectif qui n’est pas qu’un simple vestige du passé mais une formation capable de traverser les âges, d’affiner légèrement son propos et de rester pertinente dans un genre qu’elle a contribué à façonner. Leur dernier disque
Purgatory (2019) en est une preuve irréfutable, une proposition d’un deathcore dense et frontal, fidèle aux fondamentaux de nos artistes mais qui demeure encore un peu trop conservateur dans ses intentions.
Sur sa septième esquisse intitulée
Shadow Work, nos Québécois poursuivent cette trajectoire et affirment une approche toujours aussi impétueuse mais néanmoins plus sombre et nuancée de leur deathcore. Plusieurs compositions révèlent des influences jusqu’à présent peu exploitées, à l’instar d’un The
Apparition et son riffing aux accents blackened deathcore, froid et dissonant. Néanmoins, la patte si reconnaissable du septuor refait rapidement surface de par sa batterie frénétique, de cette dualité vocale entre gutturaux abyssaux et cris perçants ainsi que par sa trempe technique. La seconde partie du titre nous emmène d’abord sur un style hardcore avec un rythme plus languissant et des riffs davantage lisibles avant de conclure sur un breakdown purement death, très classique, de plus en plus pesant mais parfaitement ficelé.
Dans une tentative assez similaire d’élargissement du spectre, In
Memoriam sort clairement du lot grâce à ses teintes blackened symphoniques perceptibles dans son ambiance solennelle et ses claviers certes discrets mais qui contribuent à un climat plus éthéré. Contrairement à d’autres morceaux, celui-ci préserve globalement son souffle orchestral et obscur jusqu’à l’outro où le combo rebascule dans son esthétique du deathcore traditionnel caractérisée par des riffs plus sommaires et des percussions effervescentes. Les dernières secondes de la mélodie nous proposent un court mais séduisant solo mélodique, un instant éphémère de luminosité au milieu de la noirceur.
Bien qu’assez redondante sur le plan instrumental,
Reaper, avec la participation de Tom Barber (
Chelsea Grin) et de Scott
Ian Lewis (
Carnifex), se démarque quant à lui par des prestations vocales caverneuses et oppressantes et flirte avec un registre slam primaire et écrasant.
Ces teintes discrètes sont révélatrices d’une volonté d’explorer de nouveaux territoires, même si ces efforts restent encore ponctuels et parfois sous-exploités. Cependant, cette audace se heurte à une inégalité plus marquée dans l’intensité des morceaux. Si la première moitié frappe par sa rusticité et sa cohésion, certains passages de la seconde se montrent plus prévisibles, reprennent des schémas déjà éprouvés et donnent une impression d’essoufflement qui atténue la force de frappe de l’ensemble. Des titres comme
Omen Of Misfortune cristallisent particulièrement cette faiblesse : malgré une exécution irréprochable, le titre s’enferme dans une écriture trop balisée, sans tension durable ni véritable prise de risque et peine à soutenir la dynamique instaurée par les chansons les plus inspirées de l’ouvrage.
Despised Icon confirme sa capacité à demeurer une entité crédible et respectée au sein d’un deathcore qu’il a lui-même contribué à sculpter.
Plus intimidant, plus varié et parfois plus aventureux que
Purgatory, cette septième toile témoigne d’une volonté d’évolution réelle, même si celle-ci s’enferme parfois dans une écriture trop prudente. Toujours aussi attrayante par sa maîtrise technique, sa férocité intacte et cette dualité vocale toujours aussi redoutable, l’opus laisse encore transparaître quelques signes de relâchement qui l’empêchent de s’ériger en une nouvelle référence absolue.
Shadow Work fait figure de disque solide et largement respectable, reflet d’un groupe conscient de son héritage mais encore dans une zone intermédiaire entre confort et élan créatif, à la croisée des acquis et des possibles.
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