Rares sont les groupes qui, après avoir foulé la scène de l'Eurovision, parviennent à transformer leur gloire éphémère en une crédibilité durable, et pourtant,
Lord Of The Lost est parvenu à étendre son influence bien au-delà de cet instant fugace grâce à la qualité unique de n’avoir jamais craint d’oser changer de cap !
En effet, qu'ils explorent le chaos Industriel, le spectacle Glam Rock, la grandiloquence Orchestrale ou le désespoir Gothique, ils se sont forgé une réputation en repoussant les limites. Ce faisant, avec ce nouvel album intitulé «
Opvs Noir Vol. 1 », ils n'ont pas simplement franchi une nouvelle étape car ils ont tout simplement tracé une voie entièrement nouvelle.
A l’évidence, il ne s’agit pas non plus d’un pur retour aux sources, puisqu’il s’agit là d’une simple reconnexion avec les ténèbres, mais qui se trouve être néanmoins plus raffinée, plus symphonique et plus intense émotionnellement que tout ce que le groupe a produit jusqu'ici bien que certains passages restent familiers puisque les fans de l’époque «
Thornstar » y trouveront également leur compte (notamment grâce à l'équilibre entre le drame symphonique et l'émotion brute).
En réalité, «
Opvs Noir Vol. 1 » est unique en son genre car il souffre du paradoxe de pouvoir être comparé à n'importe quel autre album de leur discographie, alors que la comparaison ne serait pas toujours pertinente puisqu’il s’agit là d’une œuvre à part entière qui pourrait bien être la plus aboutie depuis «
Judas » en 2021.
Afin d’étayer ce constat, il faut savoir qu’au départ, les membres de LOTL voulaient simplement faire un album normal, mais ce projet s'est rapidement transformé en deux, puis en trois, et voilà pourquoi il était important de préciser que
Lord of the
Lost n'en est pas à son coup d'essai en matière d'extraordinaire, surtout lorsqu'il s'agit d'ambition créative. Le concept, selon le chanteur Chris Harms, est un rêve sombre et agréablement mélancolique, sans fil conducteur évident ; soit une œuvre musicale d'envergure, et non une simple compilation de chansons.
Comme à son habitude, Harms a d'abord composé les parties vocales, et le reste s'est fait naturellement lorsqu’il a commencé à puiser son inspiration dans ses influences actuelles tout en puisant dans son passé pour créer ce premier volume.
Assurément, à son écoute, l’auditeur trouvera un mélange de Pop et de guitares saturées, de ballades sombres et de Rock et
Metal à l'ancienne qui oscille entre récit autobiographique et la fiction pure, où une certaine noirceur demeure perceptible dans cette nouvelle production qui reste somptueuse sans être excessive comme le groupe en a l’habitude.
Indéniablement, les morceaux respirent, s'épanouissent et envelopperont l’auditeur comme un lasso de velours car ce nouveau-né dégage une profondeur, non seulement dans le son, mais aussi dans l'intention qui le sous-tend puisqu’il ne contient pas de remplissage inutile, pas de titres bonus superflus, et pas d'idées à moitié abouties.
Qui plus est, pour cet opus, le combo teuton est désormais rejoint par un sixième membre en la personne de Benjamin « Benji » Mundigler. Pour la petite histoire, Benji a fait partie de l'équipe technique du groupe (sur scène comme en studio) pendant les six dernières années en occupant divers postes en coulisses comme technicien guitare, régisseur et ingénieur du son. Aujourd'hui, son aventure en coulisses s'achève sur un nouveau chapitre passionnant car il rejoint le groupe en tant que guitariste et claviériste additionnel.
Après ce préambule assez long (comme il en est de coutume lorsque votre modeste serviteur chronique un disque de
Lord Of The Lost), il est temps de s’attaquer au contenu de ce nouveau-né qui contient onze morceaux qui frappent comme s'ils étaient faits pour les grandes scènes ou pour résonner dans une cathédrale à minuit comme en témoigne la puissance symphonique de l’ouverture ayant pour nom "Bazaar Bizarre", avec ses notes de piano envoûtantes qui renforcent l'atmosphère tandis que la voix suave et envoûtante de Chris Harms contrastera avec la puissance tonitruante de ce morceau explosif qui se dissipe rapidement pour laisser place à un couplet intimiste et mélancolique.
Dans un registre identique, l'atmosphère de "
Moonstruck" se fera encore plus cinématographique puisque des chœurs gothiques et des changements de tempo en souligneront le sens du drame propre au groupe. À l'inverse, "Damage", avec ses riffs puissants et ses rythmes percutants, rappelle les racines industrielles du combo teuton et compte parmi les morceaux les plus accrocheurs de l'album.
LOTL tente également une approche totalement différente lorsqu’il collabore avec
Within Temptation pour nous offrir le poignant "Light Can Only Shine In
The Darkness", créant un duo saisissant avec Sharon den Adel qui incarne parfaitement ce que l'on attend du terme « Gothic
Metal », notamment lorsque le chanteur retrouve sa voix puissante et saturée. Par la suite, "I
Will Die In It" reste globalement dans cette veine entraînante en étant agrémentée de claviers tantôt sombres, tantôt grandioses ; à l’instar du must de ce disque ayant pour nom "
Ghost". En effet, ce chef d’œuvre porté par le violoncelle de
Tina Guo confère une beauté envoûtante à cette piste en faisant ressortir avec force les passages les plus intenses qui la compose. Bref, il s’agit certainement là d’un titre qui se hisse instantanément dans la catégorie des meilleures chansons de LOTL ; à l’instar de "The Things We Do For Love" qui demeure un véritable pilier émotionnel, poignant, déchirant et envoûtant, qui révèle toute la profondeur du talent de ce groupe.
Du reste, "My Sanctuary" s'appuie trop sur un minimalisme « Synth-Pop » pour se démarquer des compositions plus abouties (même si elle ne peut pas être considérée comme bâclée car ce n’est pas le cas), tandis que le duo avec
Feuerschwanz et ses violons sonne un peu plus brut et plus
Power Metal, ce qui permet de renforcer considérablement le son général de
Lord of the
Lost.
Enfin, "The
Sadness In Everything" flirte un peu trop avec l'univers sonore de
Nightwish, l'empêchant, de facto, d'être sombre ou pesante en lui donnant plutôt des allures de comédie musicale Disney plus énergique ; tandis que la piste de clôture intitulée "Dreams Are
Never Alone" est contrebalancé par des ambiances plus sombres et dramatiques.
En définitive, ce premier volume de la trilogie à venir est l'un des albums le plus fidèle à l'esprit « classique » de
Lord Of The Lost.
En effet, ces morceaux mettent en lumière de nombreux aspects qui en font non seulement un groupe qui transcende les genres, mais aussi un groupe aux multiples facettes car ils peuvent explorer de nombreuses directions sonores sans perdre leur essence puisque leur
ADN musical est solidement ancré par la voix grave et profonde de Chris Harms, le tout emballé dans cette atmosphère ténébreuse si caractéristique.
Bref, «
Opvs Noir Vol. 1 » est un ajout captivant et charismatique à la discographie de
Lord Of The Lost car il célèbre une pléiade de musiciens et d'artistes talentueux en étant un véritable régal, et le meilleur dans toute cette histoire, c'est qu’il s’agit seulement du premier volume.
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