Entrer dans une immense machinerie du business, c’est aussi dire adieu à une partie de sa liberté, de son innocence et de son individualité. Sans parler d’authenticité ou d’éthique, il est certain que passer d’un groupe comme
Angra, connu par les spécialistes et une scène plus pointilleuse, à un monstre comme
Megadeth, propulse n’importe qui dans une autre dimension. Une dimension où l’on est regardé, comparé et où beaucoup de gens nous découvriront malgré la vingtaine d’années d’expérience que l’on a au compteur. Épié comme un « kids » alors que pour un plus petit nombre, on était avant un maitre.
Gus G l’a parfaitement raconté lorsqu’il a intégré Ozzy ... son passé dans
Firewind,
Arch Enemy ou
Nightrage n’avait alors plus aucune importance et pour certains, il n’était que le petit jeune recruté à la guitare.
Kiko Loureiro a probablement connu des choses similaires en rejoignant MegaDave et malgré les chefs d’œuvres composés avec le groupe brésilien ou ses essaies en solo, certains l’ont clairement découvert avec "
Dystopia" et ainsi pu découvrir un guitariste qui, en plus d’être pétri de talent, s’est fondu dans le moule avec humilité et classe, s’intégrant parfaitement dans le groupe avec une classe provenant des 80s (le style tout en noir / perfecto / converses qui lui colle à la peau a dû aider pour ne pas paraitre excentrique).
Dans ce contexte, "
Open Source", cinquième album solo du guitariste, va forcément bénéficier d’un éclairage inédit et sera, pour certains, « l’album solo du guitariste de
Megadeth » avant d’être le nouveau
Kiko Loureiro.
Huit ans ont passé depuis "
Sounds of Innocence", plutôt bien accueilli bien que très mal distribué en Europe en comparaison de ses prédécesseurs, notamment son formidable premier opus solo "
No Gravity" sorti en 2005 chez Replica à l’époque.
"
Open Source" se pare d’un concept assez inédit pour un album instrumental et finalement osé dans sa forme. Comme son nom l’indique et en référence aux logiciels informatiques en libre accès, les compositions de "
Open Source" seront progressivement mise à disposition de l’auditeur pour que chacun puisse les réinterpréter, jouer par-dessus, ajouter des parties, se les réapproprier ... La sortie, d’abord numérique, suivra en physique au mois d’octobre au fur et à mesure du processus. Un pari osé et novateur pour le guitariste brésilien qui, comme s’il avait le manque du pays, s’est entouré de ses anciens compagnons d’armes, à savoir le fidèle surdoué Felipe Andreoli (basse) et l’actuel batteur d’
Angra Bruno Valverde, remplaçant ainsi les Mike Teranna ou Virgil Donati des opus précédents.
Kiko, comme à son habitude, ne propose pas un album de shred pour les uniques amoureux de la guitare. Comme à son habitude, les multiples couches de guitares sont habilement mêlées pour que l’absence de chant ne soit jamais préjudiciable à l’harmonie des compositions et surtout, les influences plus modernes que l’on trouvait déjà dans "Secret
Garden" font leur retour chez le brésilien. C’est assez évocateur sur "EDM (E-Dependant Mind)" qui passe de passages typiques du brésilien, ultra mélodiques et latins à des plans extrêmement lourds et atonaux, parfois presque proche du djent, pour apporter une couleur menaçante et suffocante à l’ensemble. Le break est en soi particulièrement évocateur, avec ce riff répété sur des cordes vides, alors que cet instant est entouré de soli bien plus mélodieux. Bruno Valverde, fils spirituel de Virgil Donati, donne une patte très technique à ses parties de batterie, ne suivant jamais une rythmique évidente et surtout dévoilant de multiples plans tous plus surprenants les uns que les autres. Et ne compter par sur Felipe pour ne pas faire la même chose ... quand trois esthètes de leur instrument se mettent au service de la musique pour un rendu pourtant parfaitement accessible !
Forcément, Kiko se fait parfois plaisir avec des compositions de pur metal avec notamment un "Imminent Threat" avec
Marty Friedman (jolie rencontre entre l’ancien
Megadeth et le nouveau) très efficace au riff surpuissant et aux soli qui s’enchainent inlassablement sans pour autant lasser sur la durée. Côté guest, il y aura également Mateus Asato, jeune brésilien qui accompagne Kiko sur un "Liquid Times" dissonant et plein de cassures rythmiques, habile mélange entre des passages hérités des 90s (dont Kiko est un enfant) et d’autres beaucoup plus traditionnels. "
Black Ice" ressort également par son aspect brut et son riff lourd, entrecoupé de mélodies presque malsaines. Ces aspects différencient totalement "
Open Source" de ses prédécesseurs beaucoup plus aériens ou heavy metal dans le riffing.
Evidemment, le style si reconnaissable du brésilien se reconnait sur l’introducteur "Overflow" qui aurait pu être dans "
Fullblast" aux côtés de "
Desperado" ou "Cutting Edge". "Sertão" sonne quant à elle totalement comme le
Angra des dernières années, avec ce mélange de passages acoustiques, de riffs très techniques et de soli à même de faire baver la plupart non seulement par leur technicité mais surtout par leur feeling imparable. "Dreamlike" se fera très mélodique, comme un "Moment of Truth" ou un "Ray of
Life" pendant que "Running with the Bulls" tente une dernière fois d’expérimenter de nouveaux sons, de nouvelles façons de riffer et d’apporter une couleur résolument moderne sans jamais dénaturer le style si particulier du guitariste. "Du Monde" (en français dans le texte, comme "La Force de l’Âme" à l’époque) clôture ce cinquième périple dans une ambiance très brésilienne, avec le retour de toutes ces percussions si chères à l’artiste et de cette aura presque mystique qui le guide depuis plus de vingt cinq ans.
"
Open Source" est une œuvre pleine de promesses et d’ambitions, destinée à être partagée, modifiée, interprétée. Il faudra voir si le projet prend et si des musiciens assez talentueux, anonymes ou connus, se prêtent à l’exercice pour s’approprier ces compositions. Dans l’état, il est un excellent album instrumental avec ce qu’il faut pour ne jamais ennuyer, ne jamais être lassant tout en conservant la signature rythmique et soliste d’un guitariste définitivement pas comme les autres.
Excellent opus, le son et les structures emprunte beaucoup à Tesseract, Periphery, avec Getgood à la production.
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