L'aventure continue pour le prolifique sextet allemand mené tambour battant par la frontwoman et guitariste Jennifer Haben... Un an à peine suite à «
Songs of Love and Death », premier album full length révélateur à la fois d'un remarquable potentiel et de la redoutable efficacité de son propos, le groupe teuton revient dans la course. Reprenant une formule metal symphonique mélodique déjà gagnante, toujours influencé par les lignes vocales de
Within Temptation, les harmoniques de
Delain, la mélodicité de
Xandria, les arrangements de
Nightwish et la touche folk de Blackmore's
Night, en tête de peloton, le collectif a accolé à cette nouvelle offrande un zeste de pugnacité, de diversité atmosphérique et d'emphase orchestrale supplémentaire, à la manière d'
Ancient Bards, rien de moins...
Mais si l'on tend à reprend en les revisitant les recettes du passé, cela ne voudrait-il pas dire que l'histoire tendrait à se répéter au moins partiellement ? Entrons dans les arcanes de cette œuvre pour tenter de déceler quelques marques d'évolution qui en fonderaient sa singularité.
Boostés par un élan d'inspiration que certains homologues et compatriotes, à l'image d'
Elvellon ou
Once, pourraient bien leur envier, nos acolytes n'ont pas plaint leur peine pour nous octroyer cette roborative et seconde galette d'une heure via AirForce1 Records où s'enchaînent sereinement treize généreuses pistes. Veillant à une parfaite mise en œuvre de leur production, ici comme sur leur précédent, les Allemands ont soigné tant l'enregistrement que le mixage pour nous convier à un parcours auditif plutôt confortable, où une très appréciable profondeur de champ acoustique pourra nous pousser aux prolongations, voire à l'addiction. Concernant la palette graphique dévolue au packaging, les tons bleu outremer et éminemment intimistes dominent, alors que la finesse du trait et une touche néo-romantique de l'artwork de la pochette rappellent celui de l'effort précédent. Bref, une jolie entrée en matière se dévorant des yeux, préalable à notre immersion dans les entrailles du vaisseau amiral...
Tout d'abord, on ne mettra pas bien longtemps pour observer quelques passages typés metal symphonique parfois doublés d'une touche folk, redoutables d'efficacité. A commencer par l'entame et titre éponyme de l'opus. Aussi, des nappes synthétiques enveloppantes typées
Nightwish laissent voleter des riffs échevelés à la sauce
Sirenia sur «
Lost in Forever », entraînant titre metal symphonique à la rythmique martelante et d'une régularité métronomique. Au sein d'une riche et énergique instrumentation, la belle ne tarde pas à prendre le micro pour encenser nos tympans, à la manière de Sharon den Adel à ses débuts, dans les claires impulsions en voix pleine, avec quelques oscillations dans les médiums proches de
Charlotte Wessels (
Delain). Elle se fait par moments rejoindre par Christopher Hummels aux growls pour des échanges orgasmiques sous haute tension, conférant une touche dark à l'ensemble. On ne restera pas sans esquisser un headbang sur les refrains, immersifs à souhaits, sur un titre éminemment taillé pour les charts. Et là ne fait que commencer la délectable ronde des saveurs. Ainsi, un délicat piano imbriqué au sein d'une soyeuse couverture organique nous accueille sur «
Written in Blood », autre engageante plage metal symphonique couplant une offensive rythmique et un espace percussif rock bien marqué. On entre dans la tourmente avec le sourire, cheveux au vent, la déesse se chargeant de ravir nos pavillons par ses fines oscillations, tutoyant par moments les étoiles, contrastant d'autant avec les truculentes effluves orchestrales. Non sans rappeler
The Murder Of My Sweet, cet instant quasi dansant ne nous laissera pas pour compte, loin s'en faut, à commencer par ses magnétiques refrains. Par ailleurs, d'inspiration folk, dans l'esprit de
Lyriel, «
Beyond the Mirror » est une plage metal sympho gothique vitaminée, libérant les chevaux, pour une traversée mouvementée mais non déconcertante, le cheminement mélodique se révélant plus sécurisant que prévu. Un solo de guitare à l'habile délié sur fond violoneux s'inscrit dans la trame de cet instant vivifiant couplé à une rythmique rock, dans la veine des premiers efforts de
Xandria. Pour sa part, l'empreinte de Jennifer se fait un poil plus graveleuse sans y perdre en luminescence, témoignant encore d'une réelle aisance, dans un exercice ô combien délicat. Enfin, mid tempo engageant, «
Burning in
Flames » livre de séduisants couplets sur une rythmique syncopée étreinte de riffs griffus. D'accrocheuses harmoniques arrivent en contre-point d'un duo mixte en clair/obscur optant pour des effets d'écho sur le refrain. Renforcée par des choeurs, cette assise vocale confère une atmosphère oppressante, voire sanglante à la scène, non sans rappeler
Embassy Of Silence sur l'album « Verisimilitude ».
Le combo a également intensifié ses frappes et fait rougeoyer ses rythmiques à l'aune de pistes plus axées power symphonique. Ainsi, le puissant et volcanique, «
Dies Irae », morceau power sympho dans l'ombre d'
Ancient Bards, avec une touche
Within Temptation dans le tracé harmonique, emboîte le pas pour nous faire frissonner à sa façon, au fil de ses riffs corrosifs, de sa double caisse endiablée et d'une section rythmique enfiévrée. De subtiles variations de tonalité et un sémillant solo de guitare s'invitent à la danse, au sein de ce magmatique et ostentatoire parterre orchestral et choral, où les descentes de toms ont pour corollaire un spectre vocal élargi dispensé par la maîtresse de cérémonie. Le tympan brûle littéralement sous l'impact des flammes de cette magmatique plage. Pour sa part, une imposante chorale suit dans l'ombre la séductrice sur «
Heaven in
Hell », piste d'inspiration power symphonique aux sonorités orientalisantes. D'une régularité pendulaire, la rythmique fend la grève, le long d'une traversée à hauts risques, eu égard aux séries de notes peu convenues mises bout à bout. On craint de se perdre au beau milieu d'un désert, la ligne mélodique s'avérant moins affriolante que celles de ses voisins de bobine. Peut-être le bémol de l'album, encore que...
A d'autres moments, une touche heavy se fait ouïr, dans le sillage de ses sources d'influence. D'inspiration heavy symphonique à la touche folk, dans la lignée de
Within Temptation, avec un zeste de Karnataka, « Nevermore » se montre mordant par ses riffs et saillant par sa rythmique, tout en suivant un tracé mélodique invitatoire. Et l'adhésion ne tarde pas à s'opérer, notamment à l'abord d'un refrain qu'on entonnerait à tue-tête, mis en lumière par les sinueuses et claires impulsions de la talentueuse interprète. Efficacité et rayonnement sont les maîtres-mots de cette pièce bien inspirée. Dans la veine de
Delain, le percutant « Shine and
Shade », fresque de l'opus, impose ses riffs acides étreignant une rythmique plombante, pour une marche en avant ponctuée de blasts puissants, d'obédience heavy symphonique. Sur le plan vocal, les growls de la bête se mêlent au gracile filet de voix de la belle, avec une présence marquée et opportune de choeurs en faction. Quelques moments de douceur tempèrent alors les ardeurs d'une instrumentation qui ne demande qu'à exulter, sur un large pont technique plutôt convaincant, précédant une reprise sur le refrain des plus impactantes. Une symbiose s'opère entre les acteurs en présence et, ici comme ailleurs, la sauce prend.
Pour diversifier son offre, la groupe a également inclus une dimension progressive à son œuvre, à l'instar de morceaux choisis, selon un regard pluriel. Ainsi, tout en douceur, « Forget My Name », autre fresque, en mid tempo progressif d'obédience symphonique mélodique, nous accueille sous l'égide des angéliques vibes de la jeune diva qu'elle cale au sein de couplets ciselés au scalpel, magnifiant d'autant des refrains on ne peut plus catchy. On est à la croisée des chemins entre un
Within Temptation des premiers émois,
Delain sur le plan mélodique et
Leaves' Eyes, dernière phase, sur le développement de l'assise instrumentale. Gagnant en puissance percussive autant qu'à la force de choeurs martiaux, ce morceau force le respect, distillant des séries d'accords d'une précision d'orfèvre et véritablement saisissants, sans omettre deux jolis soli de guitare, dont l'un à la guitare acoustique d'une grande élégance. On toucherait du doigt l'idée-même de quasi-perfection dans le registre metal symphonique. On n'échappera pas non plus au rouleau compresseur de «
Halo of the
Dark », piste metal sympho progressive, dans le sillage de
Delain, offrant d'abord une intimiste lumière octroyée par des arrangements de bonne facture, avant de nous fouetter de ses blasts et de ses riffs acérés. On évolue ainsi dans un bain orchestral houleux mais sous le ciel clément d'harmoniques taillées dans le marbre. L'accroche s'opère quasi spontanément sous la houlette des célestes et dynamiques patines oratoires de la sirène autant que par le travail opéré en profondeur sur la ligne mélodique. Autant dire que ce magmatique instant, sachant délivrer de belles montées en puissance, ne ratera pas son effet et devrait ravir les fans de l'illustre combo néerlandais.
Enfin, comment pourrait-on esquiver les mots bleus contenus dans cette offrande, chacune des ballades livrées revêtant une autre coloration ? Ainsi, c'est en tapinois que nous parvient la lumière tamisée de « Beautiful
Lies », somptueuse ballade aux harmoniques et à l'atmosphère un poil folk empruntées à Blackmore's
Night. Romantique jusqu'au bout des ongles, cet instant privilégié voit convoler le couple mixte en voix claires, rayonnant littéralement sur le refrain. Mention spéciale pour le solo de guitare d'un picking redoutable de précision sur un break, rapidement relayé par une flamboyante et émouvante reprise sur la crête du refrain pour un voyage en totale apesanteur. Dans une orientation différente, une perle transparaît de l'huitre encore fermée sur « Against the World », troublante ballade aux allures de slow qui emballe, à cheval entre Karnataka et
Delain, A l'image de la guitare/voix introductive, une sensibilité à fleur de peau enveloppe ce gemme, celui-ci livrant une ligne mélodique imparable, témoignant tant d'un rare élan créatif que d'un travail éminemment rigoureux dans l'écriture des portées de la partition. Un émouvant instant où pourrait bien couler une petite larme, la déesse jouant à faire vaciller nos âmes, et ce, avec une facilité déconcertante, se calant, cette fois, dans des graves magistralement tenus autant que dans les notes les plus haut perchées, soufflantes de brio. Enfin, pour les amateurs du genre, on aura gardé le meilleur pour la fin, avec l'outro de l'opus. Un guitare/voix entame la douce marche de « Love's a
Burden », légère et intimiste ballade aux arpèges bien dessinés et aux gammes esquissées avec justesse et sobriété. Tout en nuances, le filet de voix de la déesse s'infiltre sans crier gare et il devient de plus en plus difficile de résister à ses inflexions, oscillant entre une puissance contenue, de vibrantes fêlures et de cristallines envolées, sans céder à la tentation d'un quelconque lyrisme ostentatoire. C'est avec grâce et un timbre velouté qu'elle nous traverse l'épiderme, une larme d'émotion glissant alors peu à peu sur le visage alors pétrifié par tant de délicatesse. L'instrumentation ayant gagné parallèlement en densité, avec un romantique violon à la clé, parachève de nous convaincre de la profondeur d'âme contenue dans une pièce qu'on ne quitte que pour mieux y revenir.
A l'issue de l'écoute de la roborative galette, on comprend que le groupe a élevé d'un cran ses prérogatives, souhaitant dès à présent faire partie de l'élite d'un registre pourtant saturé en formations de tous poils. Tous les voyants seraient donc au vert pour que le valeureux collectif teuton puisse entamer sa marche en avant et qu'il tende à éclipser une concurrence locale qui, toutefois, a toutes ses armes pour lutter efficacement. Si l'originalité n'inonde pas le message musical, sa fondante mélodicité, sa probante technicité, ses habiles arrangements, sa diversité atmosphérique et oratoire, son indéfectible cohésion groupale, la qualité de ses textes et de son artwork sans omettre une très convaincante qualité de production en font un album susceptible de toucher un auditorat élargi, déjà sensibilisé aux travaux des sources d'influence du combo.
Plus énergique, plus assuré dans ses harmoniques, offrant davantage de nuances dans les séries d'accords qu'avant, tout en conservant ce talent de mélodistes qui en fonde leur substantifique moelle, nos acolytes ont frappé un grand coup, ayant fait mouche sur l'ensemble de leur orgasmique propos.
Alors, non, l'histoire ne se reproduit pas à l'identique, le groupe octroyant ici une proposition un poil plus mature, avec un supplément d'âme, relayant alors en la dépassant leur première mouture, aussi brillante et substantielle fut-elle. C'est dire que le collectif allemand signe là sa première œuvre majeure.
Message est lancé à la concurrence...
Qui pourrait donc venir les inquiéter sur ce terrain où ils semblent particulièrement à leur aise? C'est dire que certains de leurs pairs pourraient avoir du souci à se faire en l'absence d'une rapide et convaincante réaction de leur part.
En tout cas, eu égard à leurs sources d'influence, la relève semble assurée...
Jamais deux sans trois, comme on dit. Alors, patientons agréablement avec cet opus avant que le combo teuton ne reprenne la plume et le micro pour son troisième méfait...
Sur les traces des frères Wersterholt, un groupe qui devrait vite sortir de l'ombre à ce rythme.
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