Les choses se sont accélérées à la vitesse grand V pour le combo allemand depuis ses débuts en 2014... En effet, en seulement quatre années, le voici déjà à la tête de trois albums full length, dont l'encourageant «
Songs of Love and Death » (2015), le sémillant «
Lost in Forever » (2016) et le présent «
Heart of the Hurricane », galette généreuse de ses 15 titres égrainés sur un ruban auditif de quelques 64 minutes. De plantureuses productions auxquelles s'ajoutent trois singles, dont le vibrant «
In the Shadows » (2015), le magnétique « Forget My Name » (2017) et le seyant «
Heart of the Hurricane », ainsi qu'une succession de clips et de prestations scéniques significatives à l'échelle locale et européenne (Wacken Open Air, Z7 Prateln, Full
Metal Cruise...).
Au vu de ce remarquable palmarès, on comprend que le prolifique sextet germanique entend désormais tenir la dragée haute à ses plus redoutables concurrents, dont
Elvellon,
Sleeping Romance,
Metalwings,
Winterstorm,
Walk In Darkness, et surtout se positionner parmi les valeurs confirmées du metal symphonique à chant féminin. Ce nouveau bébé sera-t-il le sésame pour les voir, à terme, se hisser en haut des marches du podium?...
Dans ce dessein, le line up a subi de radicales modifications. Autour de la charismatique frontwoman Jennifer Haben, on y décèle désormais : les guitaristes et vocalistes Christian Hermsdörfer (
Serenity) et Tobi Lodes (
Winterstorm) en lieu et place de Nils Lesser (
Cypecore) et Christopher Hummels (
Lamera, PanicZone) ; le bassiste Stefan Herkenhoff se substituant à Erwin Schmidt ; le batteur Kai Tschierschky (
God's Second Son), remplaçant Tobias Derer ; et le claviériste Michael Hauser, cédant, quant à lui, le poste à
Jonas Roßner. De cette jeune collaboration naît une œuvre pop/rock'n'metal mélodico-symphonique éminemment efficace, empreinte de maturité compositionnelle, dispensant des arrangements instrumentaux de premier ordre et bénéficiant d'une ingénierie du son d'excellente facture.
Fidèle à ses sources, le collectif reste dans la lignée atmosphérique et rythmique de ses précédentes offrandes. C'est dire que les influences de
Within Temptation,
Amberian Dawn (seconde période),
Delain,
Sirenia et consorts ne sauraient être éludées. Ce qui n'exclue nullement la singularité architecturale et scripturale du présent message musical, celui-ci ayant dès lors gagné en épaisseur artistique.
A l'instar de son précédent manifeste, le combo allemand a déployé des trésors d'ingéniosité pour concocter, restituer et enfiler ces cheminements harmoniques qui font mouche et dont on se surprend à se les repasser en boucle. Ainsi, on restera happé par les truculentes séries d'accords des ''delainiens'' «
Hysteria », «
Million Lightyears » et « Parade » ; vivifiantes propositions pop metal symphonique jouissant toutes trois de fines variations rythmiques, d'un flamboyant solo de guitare et de refrains catchy. Mises en exergue par les troublantes volutes de la sirène, dans le sillage de Sharon den Adel, ces entraînantes ritournelles ne mettront que peu de temps à encenser le tympan...
Dans cette énergie aisément communicative, on retiendra encore le cinématique mid tempo progressif «
Beneath a
Blackened Sky » à la fois pour sa sente mélodique immersive à souhait et la sidérante gradation du corps oratoire, une muraille de choeurs faisant écho aux sulfureuses impulsions de la frontwoman. Quant au souriant «
Echo from the
Past », à la manière d'un
Within Temptation à l'époque de « The
Silent Force », il nous invite à entrer dans la danse en douceur, avant de nous immerger dans de grisants couplets relayés par des refrains des plus accrocheurs.
Lorsqu'il intensifie le rythme de ses frappes et que le vrombissement de sa basse s'épaissit, l'inspiré sextet nous invite le plus souvent à un échevelant headbanging. Ce qu'illustre «
Heart of the Hurricane », up tempo metal symphonique dans la lignée d'un
Within Temptation estampé « The Unforgiving ». Octroyant un sillon mélodique d'une précision d'orfèvre coalisé à un riffing crocheté, enjolivé par les claires inflexions d'une princesse bien habitée, le brûlot s'infiltrera sans l'ombre d'une difficulté dans nos pavillons alanguis. Dans cette lignée, on ne passera pas outre le frondeur « Fairytale of Doom » et l'enjoué « Dear Death » pour leurs riffs corrosifs, leur rythmique sanguine et leur éblouissant solo de guitare, le corps orchestral évoluant, par ailleurs, sur un cheminement mélodique des plus sécurisés. On s'orientera encore vers l'offensif et ''sirénien'' «
Freedom » aussi bien pour ses infiltrants gimmicks guitaristiques et ses gammes au piano que pour la puissance dévastatrice de ses frappes de fûts. Dans ce magmatique champ de pression, les claires inflexions de la belle donnent cette fois le change aux growls déchirants d'une bête enragée. Une manière habile d'allier élégance formelle et insolente tonicité...
Parfois, et plus qu'ils ne l'ont consenti jusqu'alors, nos acolytes se plaisent à diversifier les atmosphères, démarche qui leur sied à merveille. Aussi, à l'aune des ondulations d'une troublante cornemuse, « Song for the
Godless » se pose comme une pénétrante offrande folk symphonique, dans la veine de
Midnattsol. Faisant résonner ses tambours et rougeoyer ses fûts, mise en habits de lumière par les enivrantes patines d'une interprète touchée par la grâce, cette plage aux accents celtiques s'imposera d'un battement de cils à l'aficionado du genre.
Dans ses intimistes moments, et comme elle nous y avait déjà sensibilisés par le passé, la troupe délivre avec une déconcertante aisance une charge émotionnelle difficile à contenir. Aussi ne pourra-t-on que malaisément esquiver une petite larme sur «
Through the Mirror » et « Breeze » deux ballades romantiques jusqu'au bout des ongles, que n'auraient reniées ni
Delain ni
Within Temptation. Démarrant sur un délicat piano/voix, toutes deux nous octroient une soudaine montée en puissance, le convoi orchestral peu à peu se densifiant alors, tout en rétractant opportunément ses griffes. Dans cette mouvance, on ne restera pas moins suspendu aux lèvres de la maîtresse de cérémonie sur «
Scream for Me », power ballade dont les accélérations ne sont pas sans rappeler
Ancient Bards, tout comme sur «
Escape from the
Earth », élégante et sensuelle ballade atmosphérique dont la filiation avec Tori
Amos ne saurait être démentie. Et comment résister aux vibes de « My
God Is
Dead », enchanteresse aubade aux airs d'un slow qui emballe, dans la droite lignée d'un
Delain millésimé « Moonbathers » ?
Carton plein donc pour la formation teutonne à la lumière de ce troisième opus, digne héritier de «
Lost in Forever ». Certes, le manifeste témoigne de timides prises de risques, concède une surdose de ballades et le niveau de composition n'a guère dépassé celui du précédent effort. Toutefois, la technicité instrumentale et les prestations vocales se révèlent plus aguerries et les exercices de style plus variés aujourd'hui qu'hier. Et ce, même si l'une ou l'autre fresque et/ou instrumental manque à l'appel. De plus, l'accessibilité de la plupart des plages a pour corollaire des lignes mélodiques travaillées en profondeur, à l'image du niveau d'exigence actuel du combo en la matière.
Bref, on effeuille une œuvre seyante et bien customisée, à la fois headbangante et émouvante, à la logistique rutilante, qui, selon votre humble serviteur, devrait laisser quelques traces dans les mémoires de ceux qui y auront goûté. Que les fans de la première heure se rassurent, si le propos ne s'avère pas des plus novateurs, ils trouveront néanmoins dans cette livraison matière à se sustenter. C'est dire qu'à l'aune de cette offrande, après seulement quatre années d'existence, le collectif allemand peut désormais caresser l'espoir de se hisser parmi les valeurs confirmées de son registre metal d'affiliation. A l'image d'une réaction qui ne s'est pas fait attendre bien longtemps, un message fort est ainsi lancé à ses féroces concurrents...
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire