L'Enfant Sauvage

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Nom du groupe Gojira
Nom de l'album L'Enfant Sauvage
Type Album
Date de parution 25 Juin 2012
Produit par Josh Wilbur
Style MusicalDeath Thrash
Membres possèdant cet album527

Tracklist

1. Explosia 06:40
2. L’Enfant Sauvage 04:18
3. The Axe 04:35
4. Liquid Fire 04:18
5. The Wild Healer 01:49
6. Planned Obsolescence 04:40
7. Mouth of Kala 05:52
8. The Gift of Guilt 05:57
9. Pain Is a Master 05:08
10. Born in Winter 03:51
11. The Fall 05:26
Bonustracks (Special Edition)
12. This Emptiness
13. My Last Creation
BONUS DVD
"Live at Les Eurockéennes, Belfort, France, 2009
1. Oroborus
2. The Heaviest Matter of the Universe
3. Backbone
4. Love
5. A Sight to Behold
6. The Art of Dying
7. Drum Solo
8. Clone
9. Flying Whales
10. Toxic Garbage Island
11. Vacuity
Total playing time 52:34

Chronique @ Eternalis

25 Juin 2012

Le visage autoritaire et dogmatique s’accompagne d’une aura mystique qui sied parfaitement à l’aspect spirituel [...]

L’enfant sauvage. Cette légende contant l’épopée de cet être né dans les bas-fonds de la nature, élevé et éduqué par ses propres moyens et complètement en dehors des codes et des conventions de la société moderne et bourgeoise. Cette histoire racontant comment l’humain élitiste et rationnellement supérieur tenta de modifier le comportement de cet enfant, de le rendre comme eux le désirait puis de l’exhiber comme une créature informe et mystérieuse car l’enfant ne souhaitant pas se soumettre à cette vision réductrice de la vie et de l’éducation.
Une leçon de vie, d’humanité filtrant à travers un récit dur dans lequel l’intolérance n’avait d’égal que l’obstination de l’homme à vouloir constamment calquer ses propres faits et gestes sur les autres, sans chercher à comprendre ce que l’autre pourrait lui apporter.

Après Truffaut, un autre monument français, musical celui-ci, s’attaque à cette histoire dans un angle cette fois-ci considérablement plus spirituel et ritualiste que le film social du réalisateur de la nouvelle vague. Gojira, car c’est bien de lui qu’il s’agit, s’approprie ce récit social non pas dans une veine radicale ou révoltée mais dans l’exemple que pourrait être cet Enfant Sauvage, tout en faisant un vibrant hommage à la langue française, lui préférant cette force linguistique plutôt qu’un banal (selon les mots de Joe Duplantier) "The Wild Child", qui ne saurait véhiculer l’entière force de ces deux mots.
Évoluant sans cesse, le Gojira actuel semble déjà avoir évacué les expériences enrichissantes et grandioses ayant découlé des standards que sont devenu "From Mars to Sirius" et "The Way of All Flesh", pour se focaliser complètement sur ce nouvel album différents à bien des égards. Si le terme « Spirituel » revient très souvent dans la musique et la démarche artistique du groupe landais, il deviendra probablement l’adjectif le plus à même de décrire ce cinquième essai, probablement celui qui terminera de diviser les fans qui avaient commencé à abandonner Gojira à la sortie de "The Way of All Flesh". Laissant loin derrière les considérations d’étiquettes, de barrières stylistiques et de technique ronflante et ostentatoire, "L’Enfant Sauvage" représente Gojira dans sa forme la plus pure et intime, celle d’un artiste complètement à nu et en symbiose avec le cœur même de sa musique. Évidemment, cette opération comporte autant de points positifs que négatifs, et les premières écoutes peuvent s’avérer rude tant le constat pourra s’avérer être celui d’un opus somme toute très traditionnel sans prise de risques.

Fondamentalement, Gojira a épuré sa musique au maximum pour n’en retirer que l’essence la plus pure, s’est éloigné complètement du death metal hybride et technique des débuts pour former son noyau dure dans tout ce qui fit la particularité du groupe depuis plus de dix ans : le chant unique de Joe, les rythme tribaux de Mario et les riffs en tapping que l’on voit surgir désormais de partout, comme des lucioles colorées, tels des esprits écoutant le chant rageur et plus vécu que jamais du charismatique chanteur, se surpassant littéralement sur ce disque.
Le titre éponyme reflète assez fidèlement l’état d’esprit de l’album. Cette mélodie fine, presque précieuse, met en exergue cet aspect spirituel et naturel émanant de la musique. En apposition, l’on retrouve un riff écrasant et incroyablement massif (putain quelle production encore une fois) qui a déjà fait ses preuves en live. Mais surtout, il y a Joe…hurlant comme un damné, vivant son texte, sa vie et son émotion…criant sa rage, ses espoirs et ses craintes. L’émotion y est décuplée puisque l’ensemble sonne justement très live et spontané, loin de l’aspect plus robotique qui pouvait découler de l’album précédent. Mario, fidèle à lui-même, est une véritable machine de guerre derrière sa batterie, et les riffs distillés par Joe et Christian sont autant de marteau-pilon qui, s’ils ne puisent plus leur inspiration dans le death, n’en reste pas moins écrasants et agressifs.

Tout au long de "L’Enfant Sauvage", on reconnait un groupe qui, plus que jamais, suit la voie qu’il a lui-même tracé au prix de plusieurs années de sacrifice et de labeur, aujourd’hui récompensées par le succès et la popularité, sans pour autant jamais sacrifier la musicalité ou le talent intrinsèque de leur musique. A l’écoute de "The Axe" ou "Planned Obsolescence", il est certain que Gojira reste un combo de metal extrême mais ces compositions ne forment plus l’épine dorsale de l’album. Plus mélancolique et atmosphérique, l’opus témoigne également d’un ralentissement général du tempo, Mario ayant lui-même annoncé que cette absence de double pédale sur la majorité des nouvelles compositions, et un jeu majoritairement plus progressif, l’avait rebuté dans son ego de batteur extrême et technique. Pourtant, quelle richesse il développe sur "Mouth of Kala", hypnotique à l’envie et s’ouvrant sur un coup de caisse claire retentissant. C’est lui qui dicte le morceau, suivi de près une fois de plus par le chant sans équivoque au timbre unique de Joe, plus cru que jamais, mais curieusement libéré, semblant atteindre des sphères proche du rituel, du cérémonial et ainsi acquérir une dimension inédite. Le visage autoritaire et dogmatique, toujours présent, s’accompagne d’une aura mystique qui sied parfaitement à l’aspect spirituel de Gojira. "The Gift of Guilt" atteint un sommet dans cette veine, s’ouvrant sur une mélodie au tapping mais bien plus lente et moins virulente qu’habituellement (molle et déjà entendue pense-t-on de prime abord). Mais preuve est d’admettre qu’il s’en dégage énormément d'intensité, et que lorsque le refrain incroyable de Joe se superpose dessus, la composition prend une dimension d’une grandeur insoupçonné ("The Time is Come…The Gift of Guilt" !). Rageur et impérial, le vocaliste réalise une de ses plus grandes performances vocales sur ce morceau.

Il est certain que le manque d’impact global, d’agressivité ou de technique pure rebutera certains, et les premières écoutes sont difficiles pour cela, mais l’album dévoile une âme peu commune sur la longueur. Gojira affirme sa personnalité et laisse de côté les éléments superflus pour ne livrer que des compositions tournant autour des cinq minutes. "Pain is a Master" pourrait évoquer "World to Come" ou "From Mars" pour son intro atmosphérique et acoustique, mais la suite est si intense que l’on pense immédiatement (notamment dans les « sonars » de guitare et la façon de blaster) à "Yama’s Messenger". "Explosia" ouvre le disque comme un rappel de tous les éléments connus du groupe tandis que l’épilogue "The Fall" marque clairement une nouvelle (et prochaine ?) étape. Très sombre, proche de l’industriel (dans son aspect le plus sombre et donc relativement éloigné de l’utilisation cybernétique de "A Sight to Behold"), une nouvelle fois lent et solennel, le titre délivre une haine, une brutalité sourde et contenue qui ne demande qu’à exploser littéralement à la gorge de l’auditeur (ce chant…).

Difficile de décrire autrement un album que beaucoup rejetteront avec force et vigueur, tandis que d’autres vivront le voyage initiatique et intérieur. Fortement axé sur les ambiances et l’interprétation, "L’Enfant Sauvage" apporte musicalement moins que ses prédécesseurs, mais contribue à former une discographie solide et cohérente à un groupe n’ayant encore jamais renié ses origines ni effectué de changement stylistiques faciles que tant de groupes auraient fait pour se noyer dans une popularité plus grand public. Gojira reste fidèle à sa musique et son âme, et lui offre avec ce cinquième album une grande preuve d’amour. L’amour d’un art et d’une passion pour la création.

64 Commentaires

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CaitiffChoir - 09 Avril 2013: Bon,je reviens de loin (voir les premiers commentaires).
Vu en live ce dimanche à Lyon,méa culpa pour avoir lancé de tels conneries ahah.

Je sais pas ce qui m'a pris de dire que c’était mou.

Album bon,mais pas le meilleur de la discographie.
 
Pomme - 03 Mai 2013: C'est quand je vois une chronique pareille que je sens que ma première chronique sera un commentaire... Mais bref, merci beaucoup !
Je suis en train de l'écouter pour la première fois, mais il s'annonce bien, très bien même, avec un thème qui m'est très cher.

C'est un des albums qui va me redonner de l'inspiration dans mon écriture, je pense. Merci encore !
Eternalis - 07 Juillet 2013: Dites moi que c'est un fake.

Non ?
samolice - 12 Mars 2015: Merci pour la chro. Bien d'accord avec toi concernant "Mouth of Kala". Ce titre est magnifique. J'ai mis du temps à apprécier ce disque, en gros plus de deux ans, mais aujourd'hui je le trouve vraiment réussi.
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Chronique @ LaGringa

29 Mai 2013

Une atmosphère sombre et profonde, alliée à un rythme brutal et passionné. Presque tribal.

Représentant de poids sur la scène métal française, Gojira revient avec un nouvel album studio, L’Enfant sauvage, publié chez Roadrunner Records.
A l'instar des précédents opus, le combo s'attache à recréer des ambiances toutes particulières, à la fois impétueuses et puissantes. Dès le premier titre, « Explosia », on peut ressentir toute la complexité que revêt l'idée de liberté. Une atmosphère sombre et profonde, alliée à un rythme brutal et passionné. Presque tribal. Une véritable rébellion.
Aborder un thème comme celui-ci apparaît à un stade donné de la carrière du groupe, qui peut être qualifié de maturité. Gojira affiche un recul spectaculaire sur ses sujets. Une distance parfaitement illustrée musicalement, avec une grande maîtrise technique.
Les titres « L'Enfant Sauvage » et « The Axe » alternent la frappe lourde et régulière de la batterie et des envolées mélodiques qui ralentissent le tempo. Un processus parfaitement homogène, qui attribue aux morceaux une unité pertinente. « The Wild Healer » introduit et conclu par une partie instrumentale, acoustique et lunaire. On est bien dans le thème, encore une fois...
« Pain is the Master » s'ouvre aussi sur une intro douce, avec une voix de femme qui s'évapore dans le riff entêtant de la guitare, mais la double pédale reprend vite le dessus pour laisser place à une cadence sans cesse brisée par le chant. Une agréable douleur si j'ose dire...
Sur « Born in the Winter » on assiste carrément à une intro en tapping, accompagnée de la voix grave et posée de Joe Duplantier. Un répit d'apaisement parmi la rage exaltante. Ce n'est que pour reprendre de plus belle avec les très sombres « The Fall » et « The Emptiness ». « My Last Creation » clos l'opus. Un titre explicite, des notes lentes et sentencieuses, comme une signature.
Le rapprochement entre la musique de Gojira et les thématiques de l'enfance, balaie les questions de l'éducation, de la civilisation, et de l'humanité. Comment ne pas comprendre la musique au sens large, comme un échappatoire à la société, parfois opprimante. L'enfant symbolise l’innocence et aussi l'impuissance face à destin qu'il ne pourra qu'en partie maîtriser.
Joe Duplantier a expliqué en interview, lors de la sortie de l'album, « Je me demande ce qu’est la liberté, ce qu’elle est pour moi. L’enfant sauvage reflète tout ça. Il n’y a pas de réponses. Juste une vie et des questions. » Il semblerait que L'Enfant Sauvage des bayonnais soit une partie de leur réponse personnelle à certaines questions d'ordre métaphysique. Il y a l'envie déraisonnée, et puis les obligations. D'où la difficulté, parfois, de manier la sagesse sans qu'elle ne devienne de la résignation. Des problématiques qui, finalement, nous atteignent tous à un moment ou à un autre.
Cet album dégage un mysticisme saisissant. Certaines chroniques y voient de la sérénité. Moi je ressens de la rage. Les 13 titres résonnent comme des hymnes spirituels, des odes à la révolte. Parfaitement enchaînés les uns après les autres, la patte Gojira reste fidèle à la personnalité du groupe, tout en proposant un son plus travaillé, des thèmes fouillés.

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Holydad - 30 Mai 2013: D'accord avec toi, cet album est mystique! Merci pour ta chro, elle complète bien les 2 autres.
leoj - 03 Juin 2013: Entierement d'accord ^^ Tres bonne chronique et remerciements envoyes;)
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Commentaire @ KillTheSergio

15 Septembre 2012

Liberté sauvage et maitrisée

Gojira, de son ancien nom Godzila est-il besoin de le présenter...groupe de Death Français originaire de Bayonne : 4 guerriers dont une fratrie, les frères Duplentier, Joe (chant et guitare) et Mario (batterie), accompagnés de Christian Andreu (guitare) et Jean-Michel Labadie (basse). Sortie du Néant en 1996, telle une bête sauvage, prêt à dévorer et dénoncer tous les travers du monde...

Nos Gojira, 4 ans après, enfin, voilà qu’arrive leur nouvel album studio après leur déjà fameux "The Way Of The Flesh" en 2008 et qui précédait "From Mars to Sirius" en 2005, pierre angulaire du combo !
Un "Enfant Sauvage" vient de surgir de la nuit pour nous réveiller façon Fanfare de Baleines…. Quel album….Du grand art, recherché, travaillé et pour ficeler l’ensemble, magnifiquement produit. Un grand espoir était pressenti dans ce groupe de Death Métal Français et il nous le confirme d'album en album. Ce dernier auréolé d’une grande intelligence musicale.

Loin de s’éloigner de ce style musical, il enfonce le clou en y apportant toute la finesse nécessaire pour réaliser un superbe album de référence.

L’album démarre par "Explosia" et toute la patte des Godj, puissant, profond et en même temps aérien sur la seconde partie. S’en suit le titre éponyme de l’album sur une superbe rythmique, rapide et très harmonieuse. "The Axe" et "Liquide Fire" poursuivent d’une manière divinement technique, on se croirait encore plus loin que Sirius ! Le 5ème titre "The Wild Healer" le plus court de l’album (01:48), se présente comme un trou normand au milieu d’un repas Gargantuesque avec ce style uniquement musical qui peu paraitre déconcertant, mais au final, ça l’fait ! Avec "Planned Obsolescence" on retrouve la virtuosité du combo avec un final qui permettra à votre petit cœur de tenir la route!. "Mouth Of Kala" puis "The Gift Of Guilt" et l’on est reparti sur les montagnes planter le drapeau Bleu, Blanc, Rouge. Une Ode à une légère accalmie avec l’intro de "Pain Is A Matter" pour prendre l’ascendant agressif avec des changements de rythme intéressant. "Born In Winter" laisse Joe s’exprimer de sa voix apaisée. Vient le final avec "The Fall" sombre, d’un aspect magique voire mystique, style Black athmo.

Outre la virtuosité des guitares et la fantastique voix vocodée de Joe, mention particulière à Mario pour son jeu du tonnerre.

Joe Duplantier le chanteur guitariste disait de cet album : « Je me demande ce qu’est la liberté, ce qu’elle est pour moi. L’enfant sauvage reflète tout ça. Il n’y a pas de réponses. Juste une vie et des questions. »

Un disque qui respire talent et maturité à écouter en slip ou tout nu afin d’éviter qu’il te déchire tes fringues !

Messieurs Duplantier (Joe et Mario), Labadie et Andreu nous vous présentons tous nos remerciements. Bravo à vous et ne brulez pas vos ailes dorées. Le Death et Deathers comptent sur vous !!!!


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RedLight87 - 15 Septembre 2012: Petite faute : "The WAY Of All Flesh" et non "The WALL of All Flesh" ;)
Sinon belle chronique :)
KillTheSergio - 19 Septembre 2012: Correction faite
Merci à toi
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