Fortitude

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17/20
Nom du groupe Gojira
Nom de l'album Fortitude
Type Album
Date de parution 30 Avril 2021
Enregistré à Silver Cord Studios
Style MusicalDeath Thrash
Membres possèdant cet album87

Tracklist

1.
 Born for One Thing
 04:20
2.
 Amazonia
 05:00
3.
 Another World
 04:24
4.
 Hold On
 05:30
5.
 New Found
 06:36
6.
 Fortitude
 02:07
7.
 The Chant
 05:12
8.
 Sphinx
 04:00
9.
 Into the Storm
 05:02
10.
 The Trails
 04:07
11.
 Grind
 05:34

Durée totale : 51:52


Chronique @ Eternalis

11 Mai 2021

Il est une totale réussite, union absolue des différentes époques du groupe.

« Tant que nous n’aurons pas accepté la finalité de la mort et notre existence de mortel, nous ne serons jamais en paix. Accepter ça, c’est trouver une nouvelle quiétude intérieure ».
Joe Duplantier – 2021

Une quiétude intérieure. Une paix de velours dans un gant de rage. Une puissance plus qu’une violence, autant dans son message véhiculé que dans sa musicalité proposée.
Gojira a toujours été à part, autant musicalement, lyriquement que conceptuellement. Déjà "The Link" dévoilait un groupe différent et expérimentant, avant que "From Mars to Sirius" n’embrase tout sur son passage par sa puissance absolue mais aussi par son message de paix, d’espoir et de communication là où le metal extrême relate plus souvent une certaine idée de guerre, de brutalité humaine et de déchéance sous ses différentes formes.
Le succès aidant, les tournées s’enchainant, les grands noms se côtoyant au quatuor, Gojira continua sur cette voie, en s’ouvrant à de nouvelles influences sans jamais trahir ses origines mais en restant fondamentalement différent. La quête de liberté de "l’Enfant Sauvage" ou l’épreuve du deuil évoquée dans "Magma" en firent des opus à part, notamment ce dernier où l’agressivité laissant la place à une attitude contemplative, plus lente et spirituelle, parfois proche d’un mantra que de simples morceaux de musique (en témoigne le titre "Magma" ou "Low Lands").

"Magma" fut donc une scission, un tranchant dans la discographie des landais et il est évident qu’un avant et un après est indéniable. Joe s’ouvrant à une nouvelle palette de possibilités vocales, Mario ralentissant le jeu pour des parties plus directes et moins techniques. Comme souvent dans ce cas, Gojira embarqua des wagons de nouveaux fans en perdant certains des débuts qui ne se reconnaissaient plus dans cette proposition sonore.
Cinq ans plus tard, notre monstre national revient avec un an de décalage sur le planning établi pour cause d’une pandémie qui n’est plus à présenter. "Fortitude", dans son concept et sa couleur, représente une certaine dichotomie avec son prédécesseur. Il est la force et l’espoir, l’exhortation d’avancer en ayant pris conscience de l’irrévocabilité de notre fin. Un message loin du deuil et de la tristesse et qui incombe un retour à une force plus primaire, plus agressive et guerrière symbolisée autant dans l’artwork que dans les choix très tranchés de production. Avant même de parler composition, les premières impressions sur le son sont surprenantes et démontrent que le groupe ne souhaitent jamais jouer la carte de la facilité. Joe a une fois de plus tout enregistré à Los Angeles mais la volonté de mixer l’album par un Andy Wallace (Sepultura, System of a Down, Slipknot, Nirvana, etc...) sorti spécialement de sa retraite pour l’occasion a offert une vision beaucoup moins moderne et standard qu’un Logan Mader pour ne citer que lui. Le chant est souvent en retrait dans le mix, la basse est parfaitement audible, les guitares sont très organiques tout comme la batterie de Mario (la Ride est tellement audible que parfois, on a la sensation de n’entendre qu’elle), conférant souvent l’impression d’un grand jam, comme si le groupe jouait à côté de nous, avec des imperfections mais surtout beaucoup de chaleur et de présence. Pour autant, la quantité d’arrangements n’a surement jamais été aussi grande et les frères Duplantier se sont vraiment lâchés sur le nombre d’instruments présents sur certains morceaux.

"Born for One Thing" semble créé le lien thématique avec "Magma", notamment par cette acceptation de notre condition (« We were Born for One Thing, born to face the greatest fear of all ») mais revient à une musique plus technique, avec notamment une partie rythmique de Mario à couper le souffle. C’est aussi le retour de certains phrasés de guitare très typiques du groupe, ces fameux slides qui avaient disparu sur "Magma" (et qui avait amené d’expérimenter avec la pédale whammy sur "Stranded"). Le final du titre est lourd et binaire, comme un retour à une source plus agressive et primitive, qui trouvera toute sa logique sur "Amazonia". Jamais Gojira n’avait sonné aussi ethnique que sur ce titre, entre son intro à la guimbarde, l’incorporation de flutes et de didgeridoo conférant un aspect sud-américain évident au son des français (au cas où parler de Sepultura ne serait pas une évidence). Ce break au vocodeur évoquant des chants traditionnels, comme une prière faite à cette Amazonie enflammée, n'est pas une effluve technique comme du temps de "The Way of All Flesh" mais touche par sa sincérité et prend aux tripes.
Gojira a eu l’ambition évidente de voyager avec ce disque, de sortir de son giron et d’en explorer de nouveaux. J’en veux pour preuve ce fabuleux "New Found", débutant d’un riff sec et d’une ligne vocale massive qui aurait pu sortir sur "From Mars to Sirius". On reconnait le groupe durant ce premier couplet écrasant puis survient ce refrain magistral et magique, comme une lumière dans le ciel (« New Found, Splendor in the Sky ») où durant quelques instants, la voix de Joe se multiplie mélodiquement et des percussions accompagnent la rythmique pour un aspect tribal absolument sublime. Pourtant, à aucun moment le titre ne se veut facile d’accès et le break revient à ce côté typiquement « Gojirien » et écrasant entre une basse pachydermique et des frappes de toms assommante. Lorsque le titre aurait pu trouver sa révérence après quatre minutes, une cassure rythmique rappelant sensiblement la structure de "Vacuity" vient nous cueillir et laisse imaginer du caractère implacable de ce final pour les live à venir. "Hold On" se construit sur une base inversée, c'est-à-dire débutant par des chœurs et un caractère très planant avec de se durcir sur un refrain où Joe appelle à se mobiliser, à y croire et exulte son combat contre la fin (ces « Fight ! » qui n’attendent que nous pour résonner). Le solo au tapping avec ce chant clair par-dessus rappelle inévitablement à un "Global Warming", preuve que le Gojira d’hier et d’aujourd’hui n’ont jamais été aussi proche.

Par son intelligence et sa construction, "Fortitude" est une synthèse entre le groupe des débuts et celui qu’il est devenu, sans pour autant s’arrêter de regarder devant. Qui aurait pu s’attendre que ne déboule un "Sphinx" radical et sauvage qui n’a rien à renier à un certain "The Heaviest Matter of the Universe" ? Surtout après "The Chant" qui trouve toute sa plénitude accompagné de son introduction et bien plus logique que lorsqu’il avait été dévoilé amputé du titre éponyme. Ainsi, les chants tibétains et les nombreuses percussions prennent le temps d’instaurer un climat, durant deux minutes proche de la méditation. Ainsi, ce riff presque stoner rappelant clairement "The Shooting Star" semble plus ancré dans le titre plutôt que lorsqu’il déboule après tout juste 30 secondes. Certes, Gojira n’a jamais été aussi chantant et mélodique, calme et proche d’un groupe de rock atmosphérique à la Queen of the Stone Age mais on dénombre encore un nombre d’arrangements impressionnants (les bâtons de pluie sur le second couplet) et surtout une ambiance proche de la transe shamanique. Même ce solo, improbable chez le groupe, confère à la fois un côté cool et catchy et un aspect prog rock à la Mastodon récent.
Et si "The Chant" semble la figure de proue des déçus et de l’évolution mainstream, cet aspect chantant reste également fort sur des parties hurlées ou le simple phrasé n’est plus qu’une rage déclamée. Il y a ce "Another World" déjà connu de tous mais au refrain taillé pour le show ou encore ce génial "Into the Storm" à la rythmique imprenable mais à la ligne vocale pouvant tout à faire convenir à un chant clair, malgré le fait qu’il ne le soit pas. Cet appel à la désobéissance civile (« Rise ! You’re awake now, Put your fist in the Air ») surmonté d’un riff implacable et monolithique est une nouvelle fois la parfaite image du Gojira d’aujourd’hui, loin d’être si différente de ce qu’on voudrait bien le croire.
Et quoi de mieux que de terminer avec ce "Grind" radical rappelant sans contexte "FMTS" ? Un début agressif, brutal et technique comme nous ne pensions plus jamais l’entendre chez eux. Une intensité de trois minutes pour ensuite laisser place à un final atmosphérique et plein d’harmonies, comme une synthèse de l’album, de l’existence du groupe, de nos propres vies. Entre violence et quiétude, brutalité et solution pacifique.

"Fortitude" est l’album que peu de gens pouvaient réellement espérer. Il est une totale réussite, union absolue des différentes époques du groupe sans jamais sonner approximatif, calculé ou opportuniste. L’âme des musiciens ressort à chaque coin de ces onze compositions sans défauts majeures. Certes, difficile d’imaginer "Fortitude" devenir les albums cultes que sont désormais "From Mars to Sirius" et "The Way of All Flesh" mais il est probablement une porte d’entrée pour un nouveau public et ce, sans avoir rogné sur la qualité, l’intransigeance et la richesse des morceaux. Ce qui est en soi, une sacrée réussite.

9 Commentaires

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David_Bordg - 15 Mai 2021:

Excellent ce nouveau GOJIRA, même si ce n'est pas à cet instant T, mon album français de l'année. Il y en a beaucoup de superbes mais le Nature Morte, demande à la poussière et surtout ce VIOLENCE......

fishbelly - 16 Mai 2021:

N’ayant pas accroché aux titres Singles/Videos  proposé par nos landais sur les différents médias , une écoute fast-food et surement un manque de concentration auditive,  je dois avouer que  ce Fortitude prend une nouvelle dimension une fois la galette posé sur la platine . Le groupe évolue dans le bon sens, élargie sa palette musicale (ca  fourmille de détails dans tous les compartiments malgré une structure au premier abord très classique). Lourd , puissant, mélodique, varié (chaque morceau à véritablement son identité propre), et l’expérience d’ AW aux manettes pour la prod’ n’est pas non plus étrangère à ce petit gout fin 90’s. ETERNALIS et GROAW  ont  fait le taf  dans leur Chro ‘ je ne vais pas m’étendre.

Leur meilleur lp à n’en pas douter…leur disco depuis 20ans n’est pas en reste bien évidemment.

PS : j’ai trouvé dans certaines structures des accointances avec les ricains de Mastodon.  (voir quasiment la pochette d’Emperor of the sand).

Thorolf19 - 31 Mai 2021:

Alors fan du groupe je ne peux pas forcément critiquer le travail réalisé cependant  à part" the grind"

Le reste deviens trop mélodique, on est pour ma part à la limite du métal... Ce qui comme tu l'as très bien noté "il est probablement une porte d'entrée pour un nouveau public"... Mais c'est ça le problème où est le groupe que l'on a aimé ? Malheureusement malgrés le travail admirable et qui a biensur sa place dans la collection du groupe, bah le groupe suit la décadence de ce siècle, il devient fragile, sensible, tafiolisé... et sa  manque de violence.. . Certe un nouveau public... Mais les anciens se tireront...

Sinon très belle chronicle mon ami. 

 
ebelectricite - 09 Juin 2021:

Félicitations pour cette chronique, détaillée, construite, avec une conclusion qui se rapproche de ma pensée sur ce groupe et cet album....

Je vais juste rajouter un commentaire basique, peut-être superflu....Cet album est excellent...

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Chronique @ Groaw

11 Mai 2021

Une exploration universelle et progressive à l’essence inébranlable

« Le plus beau voyage, c’est celui qu’on n’a pas encore fait » - Loïck Peyron

L’odyssée est devenu un risque qu’il faut savoir mesurer, surtout lorsque l’on s’appelle Gojira. Il y a cinq ans de cela était né Magma, un album qui avait pris de court la communauté metal et marquait une rupture sans doute définitive avec son death thrash si authentique. Les frères Duplantier portaient à ce moment-là le deuil de leur mère, elle qui les avait encouragés depuis leurs débuts alors même que le groupe s’appelait encore Godzilla et n’avait pas encore adopté son nom définitif.
Le quatuor français nous affichait un tout autre visage, une expression bien plus personnelle, progressive et accessible mais surtout un vibrant hommage à leur génitrice. Nos français n’hésitaient pas à adopter des influences plus rock, voire pop au vu de certaines compositions. Gojira avait clairement joué la carte de l’émotivité, de la sensibilité et de l’apaisement, une palette créative dangereuse, lumineuse mais néanmoins vitale.

Aujourd’hui encore, ce sixième opus divise tout autant qu’il questionne. Le succès fut cependant total même en dehors des frontières européennes et nos musiciens ont su préserver leur image à la fois sauvage, mystérieuse et modeste. Une nomination aux Grammy Awards a clôturé une année riche en émotions pour notre quatuor.
A quoi s’attendre désormais du groupe cinq ans après ? Il semblait être certain qu’avec les sorties de Another World, Born for One Thing et de Amazonia, la réponse semblait être une continuité totale avec Magma. Si les trois titres se voulaient être efficaces, leur prévisibilité et leur conformité laissaient planer une crainte ineffaçable, une épée de Damoclès au-dessus de la tête de nos Français.

Pourtant, il n’en est rien et Gojira réussit même un incroyable tour de force. Fortitude, septième opus de la formation, est certes fortement influencé par son prédécesseur mais s’ouvre de nouveaux horizons et se réconcilie même avec l’ancien Gojira de The Way of All Flesh et de From Mars to Sirius. Sphinx montre une ressemblance avec Flying Whales notamment sur le tempo, le riffing et l’énergie sont frappantes. Grind, sans doute le morceau le plus étouffant qui soit nous (ré)invite dans un jeu technique de Mario où le rythme intense et remuant laisse place à des passages plus atmosphériques et mélodiques.

Cette septième toile affiche une pensée plus enjoliveuse et positive, bien loin de la sombre dépression de Magma. Notre troupe a passé l’épisode du chagrin et déclare son envie de passer à autre chose, d’agir pour ce qui est cher à ses yeux. Cette lutte, nous la retrouvons dans Amazonia. Dans un esprit assez propre à Sepultura et dans une ambiance semblable à celle de Roots, le groupe témoigne de son implication envers les tribus autochtones d’Amazonie, Victimes de la déforestation, du travail forcé ou encore de la violence. Le message est bien entendu fort et atteste une nouvelle fois de la volonté de nos Français à œuvrer pour l’écologie.

La formation étonne même dans des registres où on ne l’a quasiment pas vu. Dans un style résolument rock / stoner, les morceaux Fortitude et The Chant peuvent rebuter par un schéma somme toute classique et surtout cyclique. Mais sa vision spirituelle qui se rapproche de la prière et sa sensation d’élèvement en font une mélodie chaude et rassurante, une quiétude bienvenue. Nul doute que le morceau en live sera une intense et grande interaction avec le public. Le chant clair de Joe Duplantier s’est véritablement bonifié au fil des albums et il est saisissant de voir à quel point notre vocaliste montre une aisance totale sur cet exercice.

Fortitude est une franche réussite, une de plus dans la discographie de Gojira. Le quatuor nous offre une esquisse de la vie, un tableau d’une intelligence et d’une clarté rare. Il est vrai que le groupe français devient de plus en plus accessible au fil du temps. Néanmoins, la récompense en vaut clairement la chandelle avec une déclaration retentissante et des facettes multiples. Cette septième offrande est une formidable évolution dans le metal moderne, un art dont les Français sont désormais les pionniers.

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fishbelly - 16 Mai 2021:

N’ayant pas accroché aux titres Singles/Videos  proposé par nos landais sur les différents médias , une écoute fast-food et surement un manque de concentration auditive,  je dois avouer que  ce Fortitude prend une nouvelle dimension une fois la galette posé sur la platine . Le groupe évolue dans le bon sens, élargie sa palette musicale (ca  fourmille de détails dans tous les compartiments malgré une structure au premier abord très classique). Lourd , puissant, mélodique, varié (chaque morceau à véritablement son identité propre), et l’expérience d’ AW aux manettes pour la prod’ n’est pas non plus étrangère à ce petit gout fin 90’s. ETERNALIS et GROAW  ont  fait le taf  dans leur Chro ‘ je ne vais pas m’étendre.

Leur meilleur lp à n’en pas douter…leur disco depuis 20ans n’est pas en reste bien évidemment.

PS : j’ai trouvé dans certaines structures des accointances avec les ricains de Mastodon.  (voir quasiment la pochette d’Emperor of the sand).

tormentor - 16 Mai 2021:

Belle Chro mais ça ne me convaincra pas pour autant. Trop de similitude à sepultura post Roots, style que je n'aime pas. Un peu de Mastodon aussi.

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