Innuendo

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Nom du groupe Amberian Dawn
Nom de l'album Innuendo
Type Album
Date de parution 23 Octobre 2015
Style MusicalHeavy Symphonique
Membres possèdant cet album30

Tracklist

1. Fame and Gloria 04:24
2. Ladyhawk 04:34
3. Innuendo 03:38
4. The Court of Mirror Hall 04:14
5. Angelique 05:08
6. Rise of the Evil 03:44
7. Chamber of Dreadful Dreams 03:45
8. Knock Knock Who’s There 03:55
9. Symphony Nr 1, Pt. 1 – The Witchcraft 05:55
10. Your Time – My Time 04:31
Bonustracks
11. Fame and Gloria (Instrumental Version) 04:23
12. Sunrise (Re-Recording) 03:29
Total playing time 51:40

Chronique @ ericb4

16 Octobre 2015

Une nouvelle et magnétique orientation musicale pour le combo finlandais...

Voilà déjà huit ans que le groupe de metal symphonique finlandais poursuit son chemin. Après pas moins de cinq albums full length, une compilation et une démo, le prolifique combo nous octroie son sixième méfait de longue durée. Et ce, une année seulement suite à un « Magic Forest » à l'épaisseur artistique discutable, mais néanmoins plébiscité par la presse spécialisée et favorablement accueilli par le public. Cette machine instrumentale étant pourtant parfaitement huilée, sans pour autant accuser de réelle baisse de régime, pouvait-on toutefois craindre qu'elle allait commencer à se gripper ? Le départ précipité d'Heidi aurait-il généré quelques problèmes d'identification auprès d'un public alors déjà largement acquis à sa cause, qui empêcheraient alors le combo de connaître un franc succès à l'échelle internationale ? Malgré les talents avérés de Päivi 'Capri' Virkkunen, mezzo-soprano expérimentée s'il en est, l'accroche auditive collective, semble-t-il, a eu du mal à s'opérer spontanément, même si cet obstacle a été dépassé depuis. Aussi, le collectif d'Helsinki a ressurgi promptement à l'instar de ce « Innuendo », misant dès lors ses espoirs dans cette nouvelle et généreuse offrande sortie chez Napalm Records. Une question se pose : Ayant connu ses heures de gloire au moment où Heidi agissait en véritable maîtresse de cérémonie, qu'a succédé un sursaut partiel à l'aune de son avant-dernière production, le quintet aurait-il encore des armes suffisamment efficaces pour lutter contre une concurrence de plus en plus sévère dans ce registre metal déjà battu et rebattu et, parallèlement, fort convoité ?

Ayant misé sur des lignes mélodiques à la fois foncièrement épurées et immersives, le groupe a désormais opté pour un message musical plus incitatif à l'adhésion que celui de son précédent opus, pour lequel avait participé Capri pour la première fois sur d'inédites compositions du combo. Ainsi, cet album appelle de ses voeux une nouvelle signature avec, d'une part, des prestations vocales refondues, dorénavant plus enveloppantes, charismatiques et sensibles qu'auparavant. A cela s'ajoute une orchestration bien inspirée, à la prégnante dimension épique, néanmoins sans ostentation blasphématoire, témoignant aussi bien de passages techniques éprouvés que d'un supplément de raffinement harmonique. Cette heureuse mise en scène témoigne de compositions minutieusement élaborées, judicieusement repensées avant d'être accouchées, telles que les a souhaitées Tuomas Seppala (guitariste, claviériste et membre cofondateur du groupe). Pour une mise en valeur optimale de l'oeuvre, le travail de production, dans son ensemble, a été confié aux mains expertes de Mikko Karmilla (Amorphis, Apocalyptica) aux Finnvox Studios, ce qui n'a pas été sans effets sur la qualité d'enregistrement, évacuant de fait toute sonorité parasite du champ auditif. Le mixage n'est pas en reste non plus, autorisant une bonne lisibilité de chaque partie en présence, sans effets de compression ou de superposition susceptibles de gêner une écoute prolongée. En outre, enchaînements inter pistes, arrangements et finitions ont été parfaitement réglés pour nous convier à un parcours auditif éminemment serein. Plongeons dès lors dans les tréfonds de cette mer limpide à la profonde agitation intérieure.

Tout d'abord, on retrouve la patte metal symphonique propre au collectif, celle qui en a fait la marque de fabrique. Les schémas archétypaux de l'assise rythmique et du riffing s'observent, avec quelques nouvelles sonorités octroyées par des arrangements effilés. Ainsi, d'obédience heavy symphonique, « Fame and Gloria », titre à l'assise rythmique bien trempée et aux gimmiks à la lead guitare parfaitement identifiables, nous entraîne sur des couplets finement sculptés. Et cela, avant de nous immerger au cœur de refrains imparables, mis en exergue par une déesse bien impliquée par son sujet, usant de fouettantes impulsions rarement perçues jusqu'alors. De subtiles variations de tonalité achèvent de conférer à ce titre toute la majesté à laquelle il peut s'enorgueillir, sans l'ombre d'un soupir. L'atmosphère de ce titre peut rappeler celle de « The Clouds of Northland Thunder » (2009), avec l'empreinte de Capri aux commandes vocales. De son côté, le frétillant « Chamber of Dreadful Dreams » délivre ses riffs corrosifs et sa rythmique plombante pour nous installer au sein d'une pièce metal symphonique pure, où le cheminement harmonique s'avère affriolant, sans être trop aseptisé. Et ce, non sans évoquer l'atmosphère de fond de « End of Eden », troisième opus full length du combo. Quelques coups de théâtre, d'opportunes ruptures de rythme et un picking alerte à la guitare en solo parachèvent de nous offrir un spectacle chatoyant et riche en couleurs acoustiques. En outre, on observe une orientation mélodique qui n'est pas sans rappeler Within Temptation, à leur apogée. Enfin, évoluant habilement au gré de truculentes variations rythmiques, « Symphony Nr 1, Pt. 1 – The Witchcraft » joue le rôle de fresque de l'opus, d'obédience metal symphonique classique. On décèle des choeurs féminins en arrière-fond, assistant la belle dans ses pérégrinations, le long d'une ligne mélodique complexe mais susceptible de capter l'attention de l'auditeur. Impressionnantes rampes au synthé et ravissantes gammes au piano nous étreignent en creux, avant de céder la place à la reine pour une ultime note en voix de tête, au lyrisme mesuré, précédant une fermeture de chapitre au synthé en dégradé.

Dans cette veine, mais sur un tempo plus alerte, le groupe n'a pas failli à ses prérogatives, celles de poursuivre son projet de départ, à l'aune d'une cavalerie rythmique cheveux au vent. A commencer par le titre éponyme de l'album. Ainsi, « Innuendo » se cale sur un tempo véloce, usant d'un tapping en demi teinte, à la manière de Xandria. Et cela, pour nous aspirer dans les méandres d'un parcours rasséréné, où les harmoniques se révèlent fringantes et les lignes de chant parfaitement ajustées, sur une tonalité médiane avec de somptueuses oscillations en voix de gorge. Un flamboyant solo de guitare octroyé par Tuomas ne manquera pas de retenir le pavillon, précédant une déferlante reprise sur le refrain, le tout finissant crescendo. Carton plein sur cette piste, donc. De même, sur un tempo virulent, « Rise of the Evil » n'en demeure pas moins invitant de par ses chemins mélodiques empruntés. Capri fait danser ses vibes à la perfection, jouant avec un tapping martelant à qui mieux-mieux, faisant montre d'un zeste de densité vocale, habillant dès lors le fulminant instant de toutes parts. Saisissants soli au synthé et à la guitare sont au programme d'un titre aussi mélodieusement émoustillant que rythmiquement mordant.

Par moments, nos acolytes ont flirté avec des styles alternatifs, faisant les yeux doux au rock mélodique, voire à la pop symphonique. Ainsi, l'entraînant, « Ladyhawk », d'inspiration rock'n'metal atmosphérique estampée symphonique, dévoile ses atours à l'aune de couplets truculents nous propulsant sur des refrains catchy, sans pour autant céder à la facilité d'accords convenus, loin s'en faut. Par de savoureux médiums, la belle parvient à relever le défi de ne plus nous renvoyer à son illustre consoeur. On ne manquera pas un fuligineux solo de guitare lors d'un petit pont avant une reprise sur le refrain des plus souriantes, amenées au moment opportun. Pas de doutes, nous nous trouvons face à un titre taillé pour les charts. Sur un même modus operandi, « The Court of Mirror Hall » déploie ses ailes avec élégance sur les couplets, usant d'un riffing subreptice, le long d'une section rythmique enjouée, parfois délicieusement frivole. Mais aussi, on ne restera pas de marbre bien longtemps face aux refrains, qu'on entonnerait à tue-tête. L'exercice se révèle efficace, précis dans le tracé mélodique d'ensemble, et séduit tout le long, sans sourciller. Une impression de déjà entendu s'en dégage, mais n'écorne pas notre plaisir à savourer une piste volontairement accessible, sans être simpliste dans son principe d'émission. Enfin, des nappes synthétiques nous accueillent sur l'entraînant « Knock Knock Who’s There », agréable morceau orienté rock'n'metal avec une touche pop, qui peut évoquer l'univers d'Anette Olzon. Il en ressort une oxygénante légèreté rythmique, avec quelques riffs en retenue, sous couvert d'un cheminement mélodique coloré. De sulfureuses lignes de chant nous sont livrées, redoutables de justesse, notamment sur les refrains, très aisément mémorisables.

Le combo n'a pas omis de nous révéler ses mots bleus, comme il a coutume de le faire. Mais, cette fois, avec un frissonnant supplément d'âme rarement éprouvé jusqu'alors. Ainsi, sur « Angelique », avec beaucoup de nuances, les portées témoignent d'un jeu d'écriture où noires et blanches sont coordonnées de façon à ce que l'émotion soit au rendez-vous de nos attentes. On assiste alors à de magnifiques échanges entre un piano aux arpèges soignés et une interprète alors muée en insoupçonnée et respectable cantatrice. Et, le résultat est à la fois confondant de légèreté atmosphérique, le champ orchestral étant dénué de toute rythmique percussive, et éminemment troublant. Et ce, notamment lorsque les célestes ondulations oratoires de la sirène s'inscrivent dans la trame de ce titre à fleur de peau, un tantinet précieux, apte à nous faire couler une petite larme. Autre ballade, « Your Time – My Time », nous inonde sereinement de ses ronronnantes patines vocales avec d'hypnotiques modulations en voix pleine sur les refrains. De subtiles variations de tonalité, soutenues par des arrangement de bonne facture, nous assignent à résidence sur cette plage où un solo de guitare clôt de bien belle manière ce dernier acte.

Au final, on retrouve les schémas structurels originels du groupe, que ce soit en termes de technicité sur les soli, les blasts, les ponts, les harmonies ou encore sur le riffing ou le tapping. En revanche, les accords ainsi que les lignes mélodiques ont subi quelques modifications de fond, rendant cette œuvre accessible aux nouveaux entrants dans le metal symphonique, tout en n'oubliant pas les fans de la première heure, notamment sur les morceaux les plus typés de ce registre. En outre, les progrès relatifs aux lignes de chant dispensées par Capri sont remarquables, élargissant son spectre vocal pour venir tutoyer quelques notes auxquelles nous n'étions pas accoutumés. Ainsi, elle imprime désormais au nouveau message musical sa signature vocale qui, de fait, contribue à assoir plus confortablement le combo dans ses fondements stylistiques, que d'aucuns pensaient à jamais perdus, en l'absence d'Heidi. Varié dans son offre, dynamique dans ses choix rythmiques, romantique par moments, regorgeant d'effets et d'arrangements bien pensés et parfaitement restitués, ce sixième opus constitue une nouvelle pierre à l'édifice du talentueux cortège. Il est à appréhender comme un regard tourné vers l'avenir pour le groupe sans pour autant que celui-ci tourne le dos à son passé. Heureux trait d'union, synonyme d'authenticité et de modernité pour le projet d'une troupe qui, de fait, a les atouts en main pour pouvoir jouer encore dans la cour des grands, et qui ne compte pas s'arrêter là.

Dans la lignée de son prédécesseur, avec davantage d'emphase orchestrale, de subtilités vocales, de rigueur dans l'écriture des compositions, de maturité dans celle des paroles, cette goûteuse galette témoigne d'une élévation d'un cran du niveau d'exigence du groupe avec lui-même. Ainsi, nos compères ont encore de quoi maintenir les nouveaux venus en respect, tout en signifiant à leurs homologues générationnels qu'ils savent encore engendrer de somptueux arpèges et délivrer quelques gammes que certains pourraient bien leur envier. Au fil des écoutes, cette oeuvre roborative se révèle à nous, nous envoûte, s'imposant de fait, aimantant alors nos âmes de manière à ne plus nous lâcher d'un iota, et cela, sans même avoir à forcer le trait. L'adhésion quasi inconditionnelle au gemme s'opère donc tout naturellement, assurément...

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ericb4 - 16 Octobre 2015: Merci pour l'intérêt porté à cette analyse ;). Au passage, j'apprécie les liens de causes à effets tissés entre le renvoi historique et les dimensions artistiques, esthétiques et techniques de cette oeuvre. Effectivement, comme nombre d'opus de groupes concurrents, ces derniers temps, on retrouve ces thématiques relatives à la royauté, et tout ce que cela implique comme romances et chevaleresques moments. A l'écoute attentive des paroles, on le perçoit bien. De là à faire des recoupements avec l'époque de Louis XIV précisément, je ne pourrais pas l'affirmer dans l'absolu. Après une relecture plus approfondie des textes, j'ai le sentiment d'une approche plus généraliste où le destin des uns interfère sur celui d'autrui, à une époque où régnaient rois et seigneurs qui en déterminaient l'issue, parfois fatale.

A un moment où les opéras metal ont le vent en poupe, AD parvient à ne pas se laisser distancer, sans pour autant y mettre les moyens logistiques requis à la mise en oeuvre de telles projections, pour l'instant. Ce serait là une sorte de trait d'union entre passé et futur, ce dernier pouvant effectivement les faire rejoindre les partisans de ce type de création artistique. Nul doute que Capri y jouerait un rôle à la mesure de son talent, même s'il est encore trop tôt pour beaucoup d'estomper la présence vocale au lyrisme indéfectible, déjà quasi théâtrale, d'Heidi.

Aussi, je t'encourage à aller découvrir cet album qui pourrait bien en surprendre quelques uns. Même s'il est difficile de retrouver à l'identique les accords de la première heure, on a néanmoins élevé d'un échelon les performances par rapport au pénultième opus du combo.
Insmomnium - 16 Octobre 2015: Merci Eric d'avoir pris le temps de répondre à mes interrogations. En ce qui me concerne, je n'ai jamais réellement prêté d'oreille attentive à ce que nous avais jusqu'alors proposé Amberian Dawn, donc je ne serais sûrement pas choqué du changement de chanteuse. J'attends maintenant la sortie de l'album avec une certaine curiosité au vue de ce que tu en rapportes et après seulement j'écouterais les plus anciens afin de me faire une idée plus précise de l'évolution du combo. Histoire de voir ce qu'il en est.
TheTenth - 26 Octobre 2015: je n'ai eu le temps d'écouter l'album que deux fois et pas très attentivement. Je suis fan depuis le premier album, et je considère AD plus comme du power metal que du sympho, vu que la présence du synthé est assez limitée par rapport aux autres groupes et les morceaux très énergiques. J'ai donc adoré la présence vocale "musclée" de Capri dès l'album de reprises. Ce qui m'a marque pour le moment c'est (grand hélas) la très forte inspiration Abba avec leur musique pop pour grand public (comme celà se ressentait déjà sur de précédents albums). J'espère qu'une écoute plus attentive me permettra de plus apprécier cet album.
ericb4 - 26 Octobre 2015: Tout comme toi, je suis le groupe depuis ses débuts et, comme pas mal d'autres, j'aurais souhaité qu'Heidi soit aux commandes vocales quelques temps encore. J'avoue avoir eu quelques réticences avec Capri sur leur précédent opus. L'ayant mieux écoutée, mieux assimilée, j'ai finalement adhéré à son inscription dans ce brillantissime groupe de power sympho.

Après quelques écoutes attentives et dans de bonnes conditions stéréophoniques, on peut percevoir les subtilités accolées aux rampes et déliés aux synthés, utilisés en souplesse, sans se substituer aux autres instruments. Aussi, selon moi, on ressent tout de même l'âme sympho du combo finlandais dans ses compositions, même si, on peut le reconnaître, elle se perçoit un peu moins maintenant.

Sinon, concernant les lignes mélodiques, elles sont bien propres au groupe lui-même. Cela dit, Capri ne nie pas apprécier le célèbre groupe suédois, ce qui peut se percevoir dans sa manière de chanter, d'appuyer ses mots et de se mouvoir. Partant de là, le groupe a souhaité se rendre plus accessible qu'avant, et il n'est pas le seul, et pour cause! Pour ma part, je n'ai rien contre l'univers pop/rock lorsqu'il est raffiné, de qualité concernant la richesse des harmonies, avec des mélodies bien sculptées, élégantes et agréables, qui, d'ailleurs auront pu inspirer nombre de groupes de ce registre.

Après, reste à ces formations à s'en démarquer pour assoir leur propre signature. Il me semble qu'AD y parvient, en arrondissant les angles, en assouplissant sa patte metal, ce qui fait que la sauce prend, sans vendre leur âme au diable. Enfin, pour l'instant... Pour l'heure, on pourra se laisser tenter par l'aventure, qui pourrait se révéler plus immersive que prévu...
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