Impact Is Imminent

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16/20
Nom du groupe Anvil
Nom de l'album Impact Is Imminent
Type Album
Date de parution 20 Mai 2022
Labels AFM Records
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album20

Tracklist

1.
 Take a Lesson
 04:21
2.
 Ghost Shadow
 03:07
3.
 Another Gun Fight
 04:03
4.
 Fire Rain
 02:42
5.
 Teabag
 02:38
6.
 Dont Look Back
 03:17
7.
 Someone to Hate
 03:35
8.
 Bad Side of Town
 03:28
9.
 Wizard's Wand
 04:04
10.
 Lockdown
 03:50
11.
 Explosive Energy
 03:20
12.
 The Rabbit Hole
 03:43
13.
 Shockwave
 04:57
14.
 Gomez
 02:38

Durée totale : 49:43


Chronique @ Hibernatus

14 Mai 2022

au sommet de la sinusoïde

Tiens, si je me lançais dans la chronique du nouvel Anvil ? Pas bien compliqué, ils font toujours la même chose. Je vais discrètement faire un copier-coller d'une chro déjà publiée sur SOM, par exemple l'excellent texte de PhuckingPhiphi sur « Legal at Last », et je n'aurai qu'à changer les titres. Hop, ni vu ni connu, vas-y que je t'embrouille et voilà le travail. Au préalable, je vais rester un minimum honnête et écouter cet « Impact Is Imminent ». Voyons voir ça.

Heu, attendez. En fin de compte, je ne vais pas faire ça. D'abord parce que je réalise que nos avatars sont inégaux, j'appréhende un peu de sentir les crocs canins de celui de Phiphi se refermer sur mon croupion de canard. Ensuite, je viens de me prendre dans la tronche une enclume volant à la vitesse hypersonique d'un missile Kinjal de Vlad Poutine (voilà, c'est fait, j'ai placé le mot « poutine » dans la chronique d'un groupe canadien). Ça mérite bien un retour plus personnalisé que prévu.

Je reviens sur les premiers mots de mon intro. Anvil est une institution du Heavy Metal, une de ses pierres fondatrices ayant souvent frôlé le meilleur. Par ailleurs, ses pires albums sont restés loin des naufrages qu'ont parfois connus des noms plus réputés. Créateur d'un style inimitable qui est autant un atout qu'un carcan, Anvil est une formation dont on aime se moquer mais qu'on se repasse toujours, fût-ce en secret, avec un grand plaisir. Je rassure les adorateurs d'Anvil, ils n'auront pas à se cacher pour écouter honteusement « Impact Is Imminent » : sur la courbe ondulante de la qualité, ce 19e album se place au sommet de la sinusoïde. Comme l'affirme un Dave Grohl ému dans son introduction de l'opener Take a Lesson, Anvil est et reste « a great Rock’n’roll band ».

Take a Lesson est l'ouverture parfaite. Un riff exultant, le martellement superbe de Reiner, d'agréables taquineries de guitare ; refrain emballant, couplet obsédant, solo jouissif et chant assuré et expressif, du Anvil tout craché mais lumineux, volontaire et délié. Dans l'esprit sinon la forme, c'est le pendant canadien du défiant Dig me no Grave de Manilla Road : avec fierté, Lips nous invite à prendre exemple sur la chaotique et persévérante carrière d'Anvil. Leçon reçue, professeur, à l'orée de ma 6e décennie, je m'inspirerai de la gouaille narquoise et de l'inébranlable optimisme que tu nous assènes en haut de tes 66 berges (no rest for the wicked, pas de retraite pour un rocker).

D'où vient ce sentiment de fraîcheur alors que tous les vieux invariants restent en place ? Pourquoi « Impact Is Imminent » sort-il du lot des trois précédents efforts quand il a été comme eux produit par Martin Pfeiffer et Jörg Uken dans les studios Soundlodge, en Basse Saxe ? Ont-ils une fois de plus changé de bassiste ? Bah, même pas, Chris Robertson est toujours là et réalise même sa meilleure prestation instrumentale avec Anvil, sans parler de son soutien parfait d'à-propos en backing vocals. Un indice, peut-être : du fait des péripéties covidiennes, Lips est frustré de n'avoir pas fait la tournée promotionnelle de « Legal at Last ». Quand Anvil arrivait souvent en mode « banzai » au studio avec des compositions peu abouties, les titres de « Impact Is Imminent » ont été beaucoup plus travaillés du fait de l'inactivité forcée. Sans attendre de nouveaux confinements pour vérifier l'hypothèse, on y verra un des rares impacts positifs de cette saleté d'épidémie.

Un album d'Anvil parfait, on soupçonnerait le fake ; il faut pourtant chercher la petite bête pour dénigrer, la sensibilité de chacun saura démêler le meilleur du moins bon. Pour ma part, je trouve un cran au dessous les titres les plus mid-tempo, notamment un trop prévisible Lockdown. Bien torché, pourvu d'un chouette solo, il finit pourtant par trop ressembler à son sujet et devenir un peu pénible et ennuyeux. Idem pour son prédécesseur Wizard's Wand, à la rythmique impeccable mais à la mélodie par trop étouffée (je ne dis rien contre le solo de Lips, par contre). Dans le lourdingue, on a malgré tout de belles réussites : Shockwaves atteint cet équilibre entre rythme implacable et mélodie qui manque à Wizard's Wand ; pesant et heurté, répétitif au bon sens du terme, Another Gun Fight au solo hennissant flirte avec l'excellence.

On se régale tout de même plus avec les titres rapides et pêchus qui nous renvoient direct à l'esprit de « Metal on Metal » et de « Forged in Fire ». Sauvage, dense et inquiétant, l'incisif Ghost Shadow au break trouble est l'un des plus typés Speed Metal du lot. Certes, d'un pur classicisme Anvilien dépourvu de surprise, mais voilà : ça marche et c'est tout ce qui compte. Moins rapide au métronome, Explosive Energy est un titre qui nous balaye comme fétu de paille, il coule de source et galope de bout en bout, armé d'une simplicité native et naturelle qui enthousiasme tellement qu'on en oublie de relever la haute technicité des instrumentistes : un speed sans chichi qu'on ne sait plus faire aujourd'hui avec une telle spontanéité. C'est juste beau. Émouvant.

Bad Side of Town et Someone to Hate sont plus dans le défoulement. Le premier est heurté, syncopé, soutenu par un merveilleux travail de brute de Reiner que vient aérer un refrain fuyant qu'à la première écoute on hurle déjà à plein poumon. Ouh que ça fait du bien ce truc ! Ce n'est pourtant rien à côté d'un Someone to Hate agressif à l'extrême et déboulant sur un rythme appelé à briser bien des cervicales. Encore une chanson à hurler sans vergogne aucune, emporté par son énergie pure et virginale, par sa frénésie plus contagieuse que le variant oméga.

Autre facette de l'art d'Anvil, le Hard Rock est bien illustré sur cet album complet et équilibré qu'est « Impact Is Imminent ». Un poil borderline car bien Heavy et soutenu par une rythmique de malade, la haute mélodicité de Don't Look Back le rattache tout de même au Hard. On se pose moins la question avec un saignant et enjoué Fire Rain qui nous replonge dans la fin des années 70. Et avec The Rabbit Hole, on tient un des nombreux sommets d'un disque qui connaît plus de crêtes que de cols : un pur Rock abrasif et extatique, mélange de punk et de Motörhead. C'est bien simple, assis devant mon clavier je suis en train de me trémousser furieusement comme un cocaïnomane épileptique en manque de pogo. Pfiou, ce titre en live, ça va déménager méchant.

Au Rock se rattachent aussi les curieux instrumentaux jumeaux que sont Teabag et Gomez, développés sur le même thème. Le premier est un pur jam où les instrumentistes s'amusent en nous régalant d'une maestria technique imprégnée de feeling. Le second, ben c'est kif-kif, mais en version jazzy et hispanisante appuyée sur une section de cuivres. Ce genre d'exercice de style n'est souvent amusante que la première fois, avant de laisser place à une certaine lassitude. Pourtant, juré craché, au terme des dizaines d'écoutes qui m'ont permis d'accoucher de ce texte, je n'ai jamais eu la moindre tentation de les sauter. Preuve de la puissante homogénéité d'un album qui réunit harmonieusement des titres d'inspirations très variées.

Le Metal d'antan réjouit toujours autant quand il est déroulé par des vieux de la vieille en veine d'inspiration. C'est bien une sacrée leçon que nous administre Anvil, pour ma part une leçon de foi : je ne croyais plus beaucoup en Anvil, voilà qu'il me remémore Jacques Brel : « on a vu souvent rejaillir le feu de l'ancien volcan qu'on croyait trop vieux ». Oh, ce n'est pas l'éruption cataclysmique du Tambora en 1815, ni même celle du Krakatoa en 1883. N'empêche : si j'avais habité près des studios où a été enregistré « Impact Is Imminent », je me serais senti un peu comme Pompéi au pied du Vésuve.

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