Le metalcore tente tant bien que mal à continuer d’exister, soutenu par les piliers du genre encore restant et par certaines nouvelles jeunes formations renouvelant le style musical grâce à une approche plus moderne (Elitist,
Volumes,
Structures et j’en passe). Les Chrétiens de
For Today ont quant à eux prouvé qu’ils étaient montés au sommet du genre, se classant parmi les meilleurs grâce à leur identité travaillée (non sans efforts) et leurs albums variant progressivement d’une identité à une autre. Mais après le bulldozer conceptuel
Breaker, il était difficile de deviner ce que le groupe pourrait apporter de neuf à leur style...
Et au final,
Immortal s’avère être une petite déception, un disque tout juste plaisant qui ne pourra pas satisfaire les fans du groupe, eux qui ont suivi une nette évolution depuis le premier album
Ekklesia. À croire que les Américains ont tout donné, ont poussé leur dernier souffle dans leur troisième excellent album,
Immortal étant tout simplement le reflet d’un manque de travail et/ou d’un manque d’inspiration. En effet, après avoir posé ses bases influencées par
August Burns Red dans
Ekklesia, continué vers un côté plus mélodique dans
Portraits et enfin explosé toute sa rage dans
Breaker, le groupe ne propose ici que du réchauffé, comme s’il n’avait plus rien à délivrer.
Pourtant tout s’annonçait bien : une intro annonçant la couleur du premier vrai titre, le single "
Fearless", et on était parti pour du lourd. Dudit morceau émane - tout en restant certes classique - une légère orientation mélodique qui, en s’ajoutant à un chant clair des plus rafraichissants, promettait le meilleur pour ce quatrième opus. Malheureusement pour
For Today, la routine sera le mot d’ordre, les gaillards ne nous balançant au final que des riffs, des parties et des compositions aux airs de déjà-vu, comme si la plupart des morceaux avaient déjà été entendus.
Alors ces neuf titres (sans compter l’intro et un interlude) sont certes agréables et bien foutus et rien ne viendra nous faire dire que l’on s’ennuie clairement, bien au contraire, mais on aurait toutefois préféré un peu plus d’audace, un peu de nouveauté de la part d’une formation qui avait su diversifier de manière qualitative ses précédents disques. Et il faut admettre qu’un peu de variété aurait rendu ce quatrième album intéressant voire passionnant. Où est donc passée l’émotion qui se dégageait de
Portraits ? Où est donc ce hardcore brutal qui émanait constamment de
Breaker ? Envolés et remplacés par une succession de morceaux sans réel fil conducteur.
Ainsi, on croirait entendre dans "My
Confession", "
Immortal" et surtout l’interlude « narré » "The Call" des pistes cachées échappées de
Breaker, tant dans la structure des morceaux que dans le riffing propre au groupe (beaucoup de saccades, beaucoup de breakdowns à infra-basses et quelques mélodies légèrement typées orientales couvertes par un chant tantôt agressif tantôt mélodieux). Pareillement pour les facilement oubliables "Open
Eyes" et "Stand
Defiant", titres sympathiques mais aux breakdowns répétitifs et, dans l’ensemble, bien trop communs pour rester dans les annales du groupe.
Restent heureusement quelques nouveaux morceaux très agréables qui tirent leur épingle du lot, des morceaux comme "Foundation", "Under
God" ou encore le surprenant "The Only Name", plus envolé dans son refrain, notamment grâce à la présence en featuring du chanteur de
POD Sonny Sandoval. Des titres très metalcore dits « classiques » ou « à l’ancienne », avec moins de saccades sobres et plus de mélodies aériennes, de petits solos entraînants ainsi que des refrains mélodiques très poussés. Mais cela ne suffit pas à faire un bon album et
Immortal possède une structure générale inégale, comme incomplète, sans réel concept lyrique innovant (Dieu va tous nous sauver dans cette glorieuse bataille contre le mal) et pas vraiment inoubliable, a contrario des tueries précédentes.
La production du disque, à nouveau signée
Will Putney (
Lamb Of God,
Suicide Silence...) est pourtant impeccable, sans surplus et sans trop d’effets, chose rare de nos jours. On attendait donc peut-être beaucoup trop après deux ans de patience et ce changement de label chez
Razor et Tie (
Adestria,
Chelsea Grin...) n’a apparemment pas joué en leur faveur, bien que je pousse le vice et que ce ne soit qu’une simple coïncidence. Quoiqu’il en soit,
Immortal est un quatrième album sans identité, sans réel panache ni inspiration, juste du rabâchage de ce qui a déjà été proposé. Bien entendu, il reste en soi agréable et les néophytes fans de bon metalcore n’ayant jamais posé l’oreille sur les précédentes productions du groupe seront aux anges et se régaleront sûrement du style imposé par le groupe, style qui est hélas ici simplement ressassé comme une vulgaire rengaine.
Même pas 35 minutes de musique, on peut dire qu'au niveau du travail de composition c'est pas folichon non plus.
Merci pour la chronique.
Toutes les compos ont leur lot de bonnes choses, "Fearless" est un véritable tube, "Stand Defiant " possède un enchainement de très bon riffs, parmi un riff mélodique sur le refrain de toute beauté ou encore "Set apart" et son riff d'intro très hardcore...enfin bref un super album de plus de pour For today pour moi. Merci pour la chro.
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