Freiheit

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Nom du groupe Dornenreich
Nom de l'album Freiheit
Type Album
Date de parution 02 Mai 2014
Style MusicalBlack Avantgardiste
Membres possèdant cet album13

Tracklist

1. Im Esten aller Spiele 05:21
2. Von Kraft und Wunsch und Jungen Federn 05:49
3. Des Meeres Atmen 06:04
4. Das Licht Vertraut der Nacht 05:10
5. Aus Mut Gewirkt 03:55
6. Im Fluss die Flammen 06:27
7. Traumestraum 06:28
8. Blume Der Stille 08:13
Total playing time 47:27

Chronique @ Icare

07 Juin 2014

8 histoires indépendantes distillant leurs saveurs et leurs fragrances sous l’étendard immuable et fier de la liberté

Dornenreich est décidément un groupe inclassable. Débutant sa carrière avec un black atmosphérique faisant déjà la part belle aux parties acoustiques ainsi qu’aux passages planants et mélancoliques, le groupe a petit à petit évolué vers quelque chose de moins électrique, privilégiant un folk acoustique poétique et habité aux velléités metalliques des débuts.
Alors qu’In Luft Geritzt semblait marquer un pas définitif chez le duo autrichien, nous offrant 10 titres uniquement acoustiques, les deux compères reviennent en 2011 avec In Flammentrieben qui combine à la perfection les différentes périodes musicales du groupe, entre accès black, élans acoustiques et dansants et longues parties plus contemplatives.
Dès lors, les inconditionnels de Dornenreich étaient en droit de se demander à quoi s’attendre avec cette nouvelle réalisation sobrement intitulée Freiheit (liberté), et après laquelle le groupe a annoncé qu'il ferait un break à la durée indéterminée.

Im Ersten Aller Spiele ouvre le bal, faisant la part belle aux guitares acoustiques et au violon, résonnant comme une danse païenne tout en nuances et en contrastes, tantôt sautillante et fière, aux élans sauvages, presque étourdissante, tantôt mélancolique, intimiste et poignante. La voix d’Eviga agit comme un catalyseur d’émotions, s’incarnant en des chuchotements sobres et mystérieux, intimistes, déclamant en des murmures habités son invitation à la cérémonie champêtre qui va se dérouler sur ces 8 pistes quasi intégralement acoustiques, et mettant en avant des paroles très poétiques et métaphoriques qui habillent réellement la musique.
Le début de Von Kraft est plus sombre, imposant des plaintes de violon stridentes presque dissonantes qui résonnent comme des cris angoissants, sur un rythme toujours aussi soutenu et dansant des guitares, filtrant une sorte de rage sourde, de révolte grondante. Ce flot sauvage s’apaise en quelques accalmies de toute beauté, qui viennent expirer en des explosions d’intensité où cordes vocales et instrumentales se mêlent en un magma d’émotions virevoltantes. Un très beau titre, tout en contrastes, où la voix d’Eviga, contenue avec brio, est toujours aussi expressive, tantôt plus colérique, tantôt apaisante, évoluant en fonction des fluctuations de la musique. Toujours pas de trace de black metal dans l’air, il semblerait que la mue de Dornenreich soit définitivement achevée, nous présentant un groupe plus proche de Nucleus Torn que du black atmosphérique de ses débuts.

Le titre suivant, Des Meer Atmes avec ces notes mélancoliques, hachées et poignantes, sonnant presque comme une BO de film, est plutôt réussi, mais manque un peu de profondeur pour nous envoûter pleinement, s’égarant parfois dans des passages longuets et insipides. C’est ce qu’on pourra reprocher d’une manière générale à ce nouvel opus des Autrichiens : quelques longueurs et une musique un peu répétitive qui joue à l’envi sur les mêmes registres, nous égarant parfois au milieu du voyage. Même si le savoir-faire est évident, on n’approchera que trop rarement de l’intensité et de la magie palpable de groupes comme Tenhi ou Neun Welten. La musique manque de variations et d’émotions, et on se laissera guider sans grande surprise le long de ces 47 minutes certes agréables mais pas transcendantes. Etonnamment, c’est sur le quatrième titre, Das Licht Vertraut Der Nacht, alors que l’on ne s’y attendait plus, que Dornenreich va laisser s’exprimer sa facette la plus violente par le prisme d’une batterie organique, de voix hurlées, et de guitares lourdes et saccadées. En soi, l’idée est bonne et nous réveille un peu de notre léthargie après un titre longuet, mais le tout arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, et manque de liant et de cohérence, sonnant parfois comme une superposition malhabile de parties metal et acoustiques dont le fil conducteur est difficile à démêler. On lui préfèrera le titre suivant, Aus Mut Gewirkt, toujours soutenu par la batterie et des parties plus électriques et nerveuses, plus habile, digeste et entraînant, et avec une meilleure cohésion des différentes parties musicales, ou Im Fluss der Flammen, aux relents presque pop, avec une mélodie de guitare entêtante rappelant le fameux Wicked Games de Chris Isaac.

Freiheit se vit donc comme une suite de 8 histoires indépendantes distillant leurs saveurs et leurs fragrances sous l’étendard immuable et fier de la liberté : sauvagerie acoustique, ambiances plus intimistes, joie, contemplation, nostalgie, tristesse, quelques sourdes explosions de colère, toutes ces sensations cohabitent ensemble et viennent composer la toile chromatique de la Vie dans tout ce qu’elle a d’impalpable, d’intemporel et d’unique.
Néanmoins, on pourra regretter que Freiheit semble plus dépeindre l’atmosphère paisible d’une campagne tranquille et ensevelie dans la poussière du Temps que retranscrire le frisson délicieux des grands espaces et de l’aventure…
Une mise en abîme d’un froid cynisme, qui montre que c'est justement lorsque l’on pense toucher la magie du bout des doigts et étreindre la liberté de toute la force de son être insignifiant qu'elle se défile, moqueuse et superbe, et se rie de nos vains efforts de pitoyable être terrestre… En définitive, la liberté est toujours très difficile à appréhender, tout comme la musique de Dornenreich

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Chronique @ AlonewithL

27 Mai 2014

Pas aussi jouissif qu’escompté, un peu comme la soi-disant liberté.

La liberté est un bien grand mot. Personnellement, je ne laisserai à personne le droit de se l’accaparer seul. La liberté de l’un corrompt toujours celle des autres, et vice-versa. Elle fait rêver, elle est la proie de tous les désirs. On est souvent pas loin de penser qu’il s’agit d’une vaste fumisterie, bien que toutes les bouches et les livres révèlent qu’elle porte toutes les vertus de l’univers en elle. Qui n’a pas couru pour décrocher la liberté, tel un jambon au bout d’un mat savonné. La nouvelle œuvre de l’illustre combo autrichien « Dornenreich » s’intitule pas moins que « Liberté »….. « Freiheit », pardon. N’oublions pas qu’ils s’expriment dans leur langue nationale. Rien de bien méchant me direz-vous, que tout cela. Pourtant ce n’est pas faute d’essayer de vous mettre la puce à l’oreille.

Les petits chouchous du label allemand Prophecy Productions, qui édite également « Empyrium » et « Lantlôs », ne sont pas à prendre à la légère. C’est une formation de premier ordre qui s’aventure dans une musique très indocile, s’illustrant parfois dans un black metal âpre et souffrant d’aucun compromis ou dans des méandres folkloriques beaucoup plus apaisants. Ces deux courants sont dosés suivant les humeurs de la formation. Leur précédent opus, l’excellent « Flammentriebe » se remarquait déjà par un certain retour plus prononcé de la part metal. L’alliage opéré sur ce disque était parvenu à un degré d’exception, même si on ne crache pas non plus sur l’agressivité d’un « Her Von Welken Nächten » par exemple. Comme il est désormais coutume, les autrichiens vont se lancer dans un énième revirement, dissolvant presque entièrement toute part de metal cette fois. À l’exclusion de rares exceptions, « Freiheit », enregistré au Klangschmiede Studio, s’inscrit dans le néo folk, un proche cousin de l'album « In Luft Geritz » de 2008, mais un néo folk pas aussi jouissif qu’escompté, un peu comme la soi-disant liberté.

L’ouverture tout en délicatesse d’« Im Ersten aller Spiele » est un véritable effeuillement. On se sentirait à peine éveillé, réchauffé par les premières lueurs solaires. Le doux chant murmuré d’Eviga s’attèle de la sorte. On rêve alors des plus beaux instants lorsque vient le brusque sursaut discordant produit par le duo guitare acoustique et violon. Bref instant inélégant et incompréhensible, qui se répètera malheureusement. De même la douceur et la plénitude des débuts feront vite place à la lassitude. Mais où est donc passé leur verve. On la ressentirait davantage dans le texte, délivré comme un poème que dans la musique. « Dornenreich » est capable de nous dérouter, toujours dans le bon sens. Là, les premiers morceaux ont de quoi nous laisser perplexe, en vérité. En plus de se rendre compte que la musique metal s’est fait la malle, la musique folklorique proposée n’offre pas du tout les richesses escomptées. « Des Meers Atmen » se perd dans des flottements à rallonge et dans la répétitivité. Seul le ballotement de la mer vient nous émerger en toute fin de piste de notre profonde indifférence. Le morceau promettait pourtant d’être sublime, mais rien ne se produit au final.

La mélancolie lancinante, mais sans relief, de « Des Meers Atmen » pourrait presque se rapprocher à celle du morceau « Blume der Stille » en toute fin de disque. Là, le folk éthéré s’illustre en véritable plaidoyer au style et à la tristesse. On ressent bien les frissons en provenance du violon. L’auditeur est cette fois touché en son for intérieur, dans ses émotions. La seconde partie de ce long morceau adopte un ton plus grave et voit l’apparition d’une voix soupirée en renfort. C’est plus convaincant, mais ce n’est pas une grande démonstration non plus. Ça n’a également rien de très original. Dans un genre tout ce qu’il y a de similaire, le projet de l’italien Riccardo Prencipe, « Corde Oblique », fait preuve de plus d’imagination et de prestance. « Blume der Stille » reste, malgré tout, réussi, moins décousu que le tout aussi triste et reposant « Im Fluss die Flammen », dont le tort vient de l’alternance un peu trop rapide des différents passages, des différents changements de rythme. Ça fait son petit effet au début, surtout que les mélodies de guitare sont plutôt attachantes. Mais quand la structure est prévisible l’auditeur émet le souhait de passer à autre chose.

« Von Kraft und Wunsch und Jungen Fedem » souffre de défauts identiques. Il se démarque davantage par son grande inconstance, par sa tension et par des interventions de violon peu plaisantes, irritantes même. Dans ce que le disque a à nous apporter d’intéressant ou de proprement curieux cette fois : Je vous avais mentionné l’existence de rares exceptions au refoulement du metal, à la dominance néo folk du dit engin. « Das Licht Vertraut der Nacht » s’inscrit dans l’apparition, la seule, d’éléments metal. « Dornenreich » impose ici toute sa hargne dans une musique très constante, peut-être un poil trop. La guitare électrique semble aussi accablée que les autres instruments intervenants. Elle agit toutefois automatiquement, comme si son âme était absente. Ce qui n’est pas le cas du chant, plus alerte, sensible et accompagnant efficacement tout mouvement. Ce titre a malgré tout le mérite de produire un changement brut et des sentiments plus intenses sur un album qui se rapproche d’un paysage, que l’on peut dès à présent décrire comme peu pittoresque.

Il y aura de bien meilleures surprises, notamment avec un « Aus Mut Gewirkt » tout en subtilité. Là encore on rencontre la guitare électrique, mais pas pour y produire du metal. C’est à un folk rock insolite que l’on s’attaque cette fois, incorporant une légère part de jazz manouche. Un pur moment de folie, mêler de frénésie, où tout parait s’enchevêtrer, se brouiller. Une recherche élaborée et accomplie dans un univers calme en apparence. En retenant l’indomptable « Aus Mut Gewirkt », nous trouverons un autre terrain à notre satisfaction avec « Traumestraum ». On y remarque aussi la guitare électrique, mais celle-ci passe en arrière-plan, intégralement asservi par la musique folklorique, qui, une fois n’est pas coutume, s’illustre dans un ton étonnement guilleret. Cette douce et enivrante ballade nous renvoie enfin à l’image que l’on se fait de la liberté ; à une délivrance, au bonheur tout simplement. La musique n’a rien de renversante ni de très compliquée, mais on prend notre plaisir. Le chant joue quelque peu les rabat-joie, mais les interventions sont justes et n’altèrent rien. Le batteur en revanche nous laisse interrogateurs par ses battements parfois égarés, provenant de nulle part. Voilà, nous avons notre réponse. La liberté n’est en fait qu’un rêve.

Rien n’est à priori plus idyllique qu’un rêve. Mais, il est difficile de garder dans sa mémoire les rêves que l’on fait la nuit. « Freiheit » a peut-être été conçu pour devenir un rêve, mais il ne laissera aucune trace mémorable dans notre esprit. Liberté, liberté chérie. Liberté à jamais. Jamais nous ne cesserons de courir après. Je devine la masse venant courir après toute sortie de « Dornenreich », croyant tenir là sa liberté, un transport vous ouvrant les cieux, l’horizon et les verts prés. Pour moi, ayant déjà eu meilleurs souvenirs, ce sera vite oublié. On savait que « Dornenreich » changeait souvent son fusil d’épaule. Il n’est pas certain déjà que ce changement convienne à tout le monde. Ceux qui aimaient la formation par sa brutalité devront faire impasse de la chose. Cela conviendra parfaitement tout au plus à quelques amateurs de néo folk, mais aux plus obtus de la matière seulement. Comme la liberté, « Freiheit » était porteur d’espoir. Comme la liberté, Il finit par nous décevoir.

12/20

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Icare - 27 Mai 2014: Pareil, déçu par cet album, qui recèle de bonnes choses mais qui n'est pas assez profond et trop redondant. J'ai bientôt terminé ma chronique, je l'éditerai donc également même si elle rejoint pas mal la tienne (c'est juste que je n'aime pas travailler pour rien, hé hé! :-D). Pour l'instant, je mettrais une note de 13/20 à l'album, et je ne pense pas - trop! - changer d'ici à quelques jours quand j'éditerai le bouzin. Merci pour le papier en tout cas!
Alxys - 27 Mai 2014: Arf! Je l'ai attendu de pied ferme celui ci, j'espère ne pas être déçu comme tu l'as été
AlonewithL - 28 Mai 2014: Dans ce style de folk pur et très éthéré (ce qui est en réalité vrai pour près de 80/100 de l'album), j'ai franchement pu écouter bien mieux. Ce n'est pas trop le fait que l'ensembe soit redondant, c'est plus que les différents morceaux n'ont que rarement quelque chose à nous proposer. On accroche à chaque fois à l'entame, pour ensuite vite se lasser du contenu restant. Bien peu d'émotions véhiculées contrairement à nos espérances. Pourtant quand on joue ce type de folk, on tend principalement sur la sensibilté.
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