Il est indéniable d’affirmer que l’année 2014 fut marquée par l’actualité de
Arch Enemy…et de
The Agonist. En effet, la formation active depuis 2004 et originaire du Canada, a dû faire face au départ de la très charismatique et figure de proue, Alissa White-Gluz, qui prit la poudre d’escampette pour rejoindre les rangs de
Arch Enemy. Loin de laisser abattre par ce coup du sort,
The Agonist recrute Vicky Psarakis, qui aura la lourde charge d’assumer la succession du poste et d’imposer son style. C’est dans cette situation très inconfortable que les canadiens décidèrent de publier «
Eye of Providence », qui fait suite à «
Prisoners », encensé par les fans et la critique.
«
Eye of Providence » débute par «
Gates Of
Horns And Ivory » sans même que les sommations d’usage ne soient faites, sur une rythmique alambiquée faisant écho à son illustre prédécesseur.
The Agonist n’est pas avare en coup de semonce comme les commencements de « Faceless
Messenger », « My Witness, Your
Victim », «
Perpetual Motion » ou «
Architects Hallucinate », doués d’une grande efficacité, auxquels nous pouvons aisément ajouter les puissants « A Necessary
Evil » et «
Disconnect Me » ainsi que le gros riff principal de « My Witness, Your
Victim ».
Aussi,
The Agonist fait étalage de sa haute technicité au travers d’harmonies guitaristiques (« I Endeavor ») et de l’incorporation de solos pas piqués des vers et de toute beauté qui émaillent la globalité de l’opus, toujours soutenus par une guitare rythmique très puissante. La production a également mis les petits plats dans les grands, car, même si celle de «
Prisoners » tenait parfaitement la route, celle de «
Eye of Providence » l’écrase complètement. Chaque instrument est parfaitement audible et chaque musicien peut exprimer son art, avec une mise en avant de la batterie et notamment de la caisse claire qui a gagné en masse musculaire.
Mais, principale différence entre «
Prisoners » et «
Eye of Providence » reste assurément le changement de frontwoman et, force est de constater que, même si Vicky Psarakis s’en sort avec les honneurs, elle ne possède pas la largesse du spectre vocal d’Alissa. Ce déficit n’est pas flagrant sur les parties de chant clair (le point fort de Vicky) mais, au niveau des éructations, le constat est sans ambiguïté. Là où Alissa alternait les intonations, Vicky vocifère de manière monocorde, conférant une grande linéarité à l’ensemble, les multiples expériences scéniques lui donneront de l’assurance et, certainement, une plus grande personnalité.
L’intégration de Vicky n’est pas aidée par des compositions qui s’avèrent, dans l’ensemble, en demi-teinte (hormis «
Disconnect Me ») et, dont l’inspiration n’arrive pas à la cheville de tous ces prédécesseurs. «
Eye of Providence » s’avère très (trop ?) travaillé mais le disque souffre d’un manque d’énergie, de hargne et certaines parties flirtent avec le métal symphonique comme les couplets de « Faceless
Messenger » ou le refrain de «
Danse Macabre » qui n’aurait pas renié
Within Temptation, pour un combo qui est affilié au « death-métal », c’est un comble.
Aussi, ce nouveau
The Agonist est handicapé par des titres complètement dispensables comme «
Danse Macabre » mais surtout par le quatuor final qui fait preuve d’une grande mollesse (exception faite du couplet de « Follow
The Crossed line ») et d’une mièvrerie inédite. Ajoutez à cela des refrains génériques (pour rester sympathique) ou bancals (« I Endeavor », «
Perpetual Notion », «
Architects Hallucinate ») et vous obtiendrez un nouveau cru mi-figue, mi-raisin.
Certains aficionados le plus férus du groupe crieront haut et fort que «
Eye of Providence » est l’album de la maturité, de par la maîtrise technique et du ralentissement global de la cadence rythmique qui en émanent. Votre serviteur opte plus pour une inspiration en berne et à un choc bien plus rude, dû au départ d’Alissa White-Gluz, que ce que le groupe veut laisser entendre. Ce disque est déficient en matière de hargne, de rage et d’énergie, entaché de morceaux faibles qui cassent le peu de dynamisme engendré par des titres comme «
Disconnect Me » ou «
Gates Of
Horn And Ivory ». « Eye Of Provicence » est cependant sauvé du naufrage par la qualité technique de ses musiciens et par la performance de Vicky Psarakis qui, même si elle ne parvient pas à faire oublier Alissa, se tire de ce pétrin plutôt avec brio, mais le chant clair, beaucoup trop mélodique, vient freiner mes ardeurs.
The Agonist accouche avec d’un «
Eye of Providence » qui sera certainement sujet à de vifs débats et, qui se retrouve l’arrière train coincé entre son côté mélodique, plus mis en avant sur cette galette, et sa facette « death » (forcément en retrait). La formation devra choisir sa voie à l’avenir, espérons qu’elle ne se trompe pas….
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