Trois années envolées déjà depuis son premier album full length, «
Solveig », celui-là même ayant cristallisé la métamorphose du combo étasunien, de quoi nous interpeller, voire nous interroger sur les chances de pérennité de cet ambitieux projet... Déjouant tout pronostic, le quartet bostonnien créé voilà sept ans par le guitariste
Jack Kosto et l'auteure/interprète et claviériste Adrienne Cowan (Light
And Shade,
Winds Of Plague,
Avantasia...) est loin d'être resté dans l'ombre cette longue période durant.
Plus encore, ce dantesque opus marque le point de départ d'une intense activité scénique entre 2017 et 2019, le groupe enchaînant alors concerts et tournées locaux à un rythme effréné. Pour compléter la panoplie, le clip du titre «
The Cabaret of Dreams » a été nominé vidéo de l'année 2018 aux
New England Music Awards.
Fort de ce palmarès et de ce fructueux background scénique, et porté par un vent d'inspiration renouvelé, voilà le collectif nord-américain à nouveau en selle, plus déterminé que jamais à en découdre. En témoigne le second et présent effort de longue durée, «
Emerald Seas », signé, cette fois, chez le puissant label italien Frontiers Records, où se succèdent 13 pistes inédites sur un ruban auditif d'une durée quasi optimale de 49 minutes. Preuve s'il en est que nos acolytes sont loin d'avoir déposé les armes...
Dans la veine du précédent méfait, cet opus nous plonge au coeur d'un rock'n'metal symphonique gothique, théâtral et cinématique, aux relents heavy, power et death mélodique, dans la lignée de
Nightwish,
Xandria,
Amberian Dawn,
Delain,
Epica,
Ancient Bards et
Draconian. Ainsi s'esquisse une œuvre à la fois pulsionnelle, corrosive, enjouée et romanesque, intégralement concoctée par nos deux concepteurs accompagnés du bassiste Peter de Reyna (Aversed, ex-Unflesh...) et du batteur Chris Dovas (ex-FirstBourne, ex-Unflesh...). Avec le concours, pour l'occasion, du fin toucher d'archet de la violoniste Serena Harnack.
A nouveau, le mastering a été laissé aux mains expertes de Miro Rodenberg (claviériste d'
Avantasia, ex-
Aina...), sollicité par
Amberian Dawn,
Beyond The Black,
Diabulus In Musica,
Epica, entre autres. Le mixage, lui, repose toujours sur les solides épaules de Sascha Paeth, pluri-instrumentiste aguerri (
Avantasia, ex-
Aina, ex-
Luca Turilli...), connu pour avoir oeuvré auprès de
Kamelot,
After Forever,
Angra,
Epica,
Rhapsody Of Fire... En émane une qualité d'enregistrement difficile à prendre en défaut, des finitions passées au crible, ainsi qu'une péréquation de l'espace sonore entre lignes de chant et instrumentation. Bref, une ingénierie du son coulée dans le marbre, ne concédant que d'infimes sonorités résiduelles et octroyant surtout une belle profondeur de champ acoustique. Mais levons plutôt l'ancre, en quête de terres d'abondances...
Marchant sur les traces de son illustre devancier, le méfait nous projette volontiers sur des charbons ardents, disséminant dès lors quelques gemmes sur notre route. Ainsi, passé le cinématique, laconique mais poignant instrumental aux orientalisants effluves, « Igne Defendit », les frappes de fûts ne vont pas tarder à s'accélérer et à s'assécher. Ce qu'illustre, tout d'abord, «
Ghost of a
Dream », avenant et vitaminé manifeste à mi-chemin entre
Xandria (première période) et
Amberian Dawn (seconde mouture). Sous-tendu par une frondeuse rythmique, doté d'orientalisants gimmicks guitaristiques et d'un entêtant refrain mis en exergue par les chatoyantes inflexions de la sirène, le tubesque effort ne se quittera qu'à regret. Dans cette mouvance, recelant un infiltrant cheminement d'harmoniques, un bref mais flamboyant solo de guitare et des enchaînements intra piste ultra sécurisés, l'offensif et ''delainien'' « Unmapped
Darkness » demeure d'une efficacité redoutable. Et comment résister à la vague de submersion qui va s'abattre sur nous à l'aune de « Succumb » et « The
Trouble with
Eternal Life » ? Deux véritables torches incendiaires power symphonique dans le sillage d'
Ancient Bards qui, assurément, laisseront quelques traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan.
Lorsqu'ils retiennent un tantinet les chevaux, nos compères n'éprouveront guère plus de difficultés pour nous rallier à leur cause. Ainsi, c'est sans ambages que s'effectue l'accroche sur « No Words Exchanged », entraînant mid tempo aux riffs épais adossés à une rythmique plombante et d'une cadence métronomique. Délivrant de délicats arpèges au piano, voguant sur d'amples et soyeuses nappes synthétiques et un fin legato à la lead guitare, enjolivée par l'enveloppant filet de voix de la déesse, cette élégante offrande jouerait, elle aussi, dans la catégorie des hits en puissance.
Dans un souci de variation atmosphérique, tout comme son aîné, cet opus ouvre largement le champ des possibles. Non sans rappeler l'ambiance cabaret de «
The Cabaret of Dreams », le tonique et sensuel « Every Crest » nous immerge au cœur d'un océan de félicité. Radieux et original paysage de notes où nous parviennent quelques sonorités jazzy doublées de saisissantes montées en régime du corps orchestral et d'un tapping martelant dans la veine d'
Ancient Bards. Dans une atmosphère résolument gorgonesque, renforcés par les growls anxiogènes de la belle, les glaçants et ''draconiens'' mid tempi death mélodique gothique « Drowner of Worlds » et «
Fearless », quant à eux, nous aspirent en d'abyssales contrées sans relâcher la pression d'un iota. Et, dans un cas comme dans l'autre, la sauce prend sans tarder...
Quand il en vient à feutrer ses ambiances, le quartet nord-américain nous livre ses mots bleus les plus sensibles, avec pour effet de générer la petite larme au coin de l'oeil, celle que l'on tenterait bien d'ignorer, en vain. Ce qu'atteste, d'une part, « Silvery
Moon », ballade pop folk, romantique à souhait, à la confluence de
Nightwish et
Lyriel, où de caressantes gammes échappées du maître instrument à touches évoluent de concert avec un violon mélancolique. Mise en habits de soie par les enivrantes volutes de la princesse et glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, la tendre aubade aspirera d'un battement de cils le pavillon de l'aficionado du genre intimiste. On ne saurait davantage éluder « Bury You », power ballade aux insoupçonnées digressions jazzy, révélant un gracieux sweeping à la lead guitare, d'ondulantes rampes au piano, de saisissantes montées en puissance du dispositif instrumental et une interprète au faîte de son art. Bref, un instant privilégié générateur d'une charge émotionnelle difficile à endiguer, que pourraient leur envier
Delain ou
Ancient Bards. Enfin, en dépit de la brièveté du message délivré, mais laissant entrevoir la finesse de ses arrangements instrumentaux et une mélodicité toute de nuances vêtue, l'a-rythmique et cinématique ballade « With Love from the Other Side » n'aura pas tari d'atours pour nous retenir plus que de raison.
Comme pour boucler la boucle, le combo nous livre un frissonnant instrumental symphonico-cinématique et progressif en guise d'étape ultime ; exercice de style déjà éprouvé sur le précédent méfait et qui semble être sa signature artistique. Ainsi, non sans rappeler «
Reflections », l'élégant et altier «
Emerald Seas » se pose, lui aussi, tel un générique de fin d'une grande production hollywoodienne. Dans ce bain orchestral aux doux remous s'unissent un fin picking à la guitare acoustique, de délicats clapotis pianistiques, un violon résolument virevoltant et d'amples et soyeuses nappes synthétiques. Corroborée de choeurs aux abois, la fringante et ''nightwishienne'' pièce nous mène à bon port, sains et saufs, et surtout enchantés par cette traversée dans une mer tantôt limpide, tantôt tumultueuse, mais jamais assassine...
Au final, le quartet nord-américain nous gratifie d'un message musical aussi éclectique et éruptif que romanesque et pétri d'élégance, techniquement éprouvé sans être ostentatoire, fortement chargé en émotions, reposant sur une ingénierie du son et des arrangements instrumentaux coulés dans le bronze, nous poussant irrémédiablement à une remise du couvert sitôt l'ultime mesure envolée. Eminemment diversifié sur les plans atmosphérique et rythmique, on aurait toutefois espéré voir inscrite l'une ou l'autre joute oratoire au cahier des charges, la belle monopolisant le micro sur la totalité de la rondelle ; et si les exercices demeurent variés, la présence d'une fresque symphonico-progressive, souvent requise par le chaland et pourtant octroyée sur la précédente livraison, eût été souhaitable.
Cependant, les sentes mélodiques s'avérant aujourd'hui un poil plus efficaces qu'hier, le propos ne concédant pas l'ombre d'un bémol qui en altérerait la portée, le set de compositions ainsi concocté et structuré témoignant surtout d'une inspiration féconde de ses auteurs, il semble que nos acolytes disposent désormais d'un arsenal défensif suffisant à la fois pour s'imposer parmi les valeurs confirmées et maintenir en respect la féroce concurrence continuant d'agiter ce registre metal. Après un flamboyant «
Solveig », c'est au tour d'un ensorcelant «
Emerald Seas » d'emboîter le pas. Doublé gagnant, donc, pour le quartet étasunien à l'aune de ce palpitant et chavirant mouvement...
Note : 16,5/20
Merci Eric pour cette chronique et cette superbe découverte pour moi.
Première écoute et grosse claque ! Bien sûr du Métal Sympho, mais marié à du Power, du Hollywood, du Death et du Black Metal, ainsi que de la pop ou du classique aussi.
Je crois que je vais me le passer en boucle quelques temps afin de bien le découvrir.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire