Année après année, album après album, on pensait que le quatuor de
Shadow Of Intent ne pourrait pas faire mieux que ses précédents travaux. Et pourtant, à chaque nouvelle parution, les Américains ont su élever leur niveau de jeu et se surpasser jusqu’à proposer ce qui est encore aujourd’hui un voire le meilleur disque en termes de death(core) à savoir
Melancholy. Les parenthèses autour du suffixe core ne sont pas le fruit du hasard car le groupe n’a cessé d’évoluer dans son style et dans son approche. La formation a même réussi à réconcilier les plus fanatiques de la scène core et à attiser la curiosité de personnes d’horizons bien différents.
Jouant d’abord dans un deathcore symphonique sur
Primordial, les membres se sont ensuite essayés à une tournure un peu plus blackened avec
Reclaimer avant de se tourner vers une musique plus technique sans renier son esprit symphonique. Le fait que nos musiciens soient considérés comme les artistes les plus prometteurs et les plus talentueux est un titre amplement mérité, d’autant qu’il ne faut pas oublier que toutes leurs toiles sont le résultat d’une autoproduction souvent mieux maîtrisée que ses compères qui travaillent avec des studios. De même, le combo peut compter sur un art lyrique fortement influencé par le jeu
Halo.
Le risque de cette folle histoire, c’est bien évidemment qu’elle se termine mal, que la troupe s’essouffle, qu’elle perde son excellente dynamique et qu’elle bascule dans la réalité plus conventionnelle. C’est justement ce que notre quatuor américain aimerait éviter à tout prix. Trois ans après son dernier opus et avec l’arrivée de Bryce Butler (
Contrarian) aux percussions en remplacement d’Anthony Barone (
A Night In Texas,
Aegaeon), nos artistes exposent leur quatrième registre
Elegy.
Pour cette nouvelle aventure, Ben Duerr s’est très bien entouré avec la participation au clavier de Francesco Ferrini de
Fleshgod Apocalypse, de Phil Bozeman, vocaliste de
Whitechapel sur le titre
Where Millions Have Come to Die ainsi que de Chuck Billy, chanteur du groupe de thrash metal
Testament dans la composition
Blood In The
Sand Of Time. La production et la conception du recueil est à nouveau l’œuvre du guitariste Chris Wiseman. L’artwork est quant à lui signé Pär Olofsson, déjà au pinceau sur Melancoly et sur d’autres créations comme le dernier
Exodus ou
Inferi.
Après les chœurs et l’harmonie dans l’intro du morceau d’ouverture
Farewell, le groupe laisse exploser sa technicité et son savoir-faire avec ses blastbeats, son riffing hâtif et accrocheur ainsi que son chant d’outre-tombe. Les artistes prouvent déjà leur intelligence puisque le prélude de
Farewell n’est ni plus ni moins que la continuation de
Malediction, dernier titre du précédent opus.
Comme le laissait transparaitre Melancoly, notre quatuor navigue de plus en plus dans le death et par conséquent bien moins dans le metalcore. Certaines exceptions subsistent comme
Of Fury de par son breakdown et de par la palette vocale de Ben Duerr. Sur ce morceau, bien que le chant soit majoritairement growlé, notre vocaliste nous laisse une fois de plus entrevoir ses nombreuses références, notamment avec son répertoire plus écorché avec
Children Of Bodom et
Dimmu Borgir.
La contribution de Francesco Ferrini et son empreinte sont clairement discernables sur certaines pièces. Parmi elles, Saurian
King est une preuve probante puisque l’exécution au clavier et de manière plus globale la mélodie pourrait parfaitement s’inscrire dans les œuvres de
Fleshgod Apocalypse. Même s’il est plus discret que sur ses prédécesseurs, les chœurs de Chris Wiseman procurent toujours cette sensation obsédante et lancinante et en font l’une des particularités de
Shadow Of Intent. From Ruin … We Rise dessine ce sentiment et nous accorde même une vision plus épique dans la musique des Américains.
Si nous avons déjà évoqué l’incroyable nuancier de notre vocaliste, ce dernier épate également sur des exercices que nous qualifierons d’endurance. En effet, sur le duo
Intensified Genocide et
Where Millions Have Come to Die, outre un lyrisme absolument ébouriffant, la rapidité d’élocution permet à la musicalité de la formation d’évoluer et de grandir un peu plus. Toujours dans cette même thématique, les Américains nous donne à nouveau le privilège de nombreux solos délicieux et mélodiques.
Néanmoins, tout n’est pas totalement rose sur ce
Elegy, à commencer par la teinte lyrique. Le quatuor a définitivement abandonné son concept jeu vidéoludique d’
Halo pour une lignée plus réaliste, celles des conflits et des guerres de notre histoire. Nos musiciens se sont fortement inspirés de faits, biographies ou témoignages de ceux qui ont eu la malchance d’en être témoins. Bien que l’idée soit louable et respectable, il est néanmoins dommage que les membres aient mis de côté un des aspects qui avait forgé l’identité du groupe.
Certains titres proposent des récitatifs qui manquent quelque peu de mordant, comme c’est le cas par exemple de Reconquest. Composition purement instrumentale, même si la mélodie soumet de beaux solos de guitares et de basses ainsi que quelques connotations orientales, le morceau peine à décoller et sa production sonne comme assagie par rapport au reste de l’album. Ce ressenti est d’autant important que le disque est assez copieux avec ses treize mets et sa bonne heure d’écoute.
Fort heureusement, le quatuor se rattrape très bien sur la trilogie
Elegy composé d’Adapt, de Devise et d’
Overcome. L’écoute suivie des trois morceaux nous donne un certain aperçu de la guerre. D’abord calme avec Adapt, elle commence à se mouvementer avec Devise avant de tirer à plein régime sur
Overcome. Cependant, si la bataille est censée bien se terminer, le final préserve un spectre mélancolique, dramatique comme un hommage pour les millions de personnes qui ont péri pour leur nation.
Les Américains frappent encore fort avec
Elegy même si nous les sentons un peu plus friables qu’à l’accoutumé, faute peut-être à une longueur conséquente. Malgré tout,
Shadow Of Intent continue à avoir l’avantage par rapport à ses concurrents et montre un nouvel arc de sa transformation. Comme à chacune de ses apparitions jusqu’à présent, il faudra compter sur le quatuor dans les meilleures sorties de l’année. Sans conteste l’album le plus accessible de la discographie des musiciens,
Elegy est une parfaite porte d’entrée pour celles et ceux à la recherche d’un death à la fois technique, symphonique et sensible. Avis aux amateurs !
Assez déroutant cet album, malgré 6 écoutes, j'ai vraiment du mal à rentré dedans, je n'arrive pas à l'écouté d'une traite.
Par moment j'ai l'impression de ne pas écouté Shadow of Intent, si sur quelques titres je retrouve leur génie, sur d'autre on dirait que j'écoute un groupe lambda. Comme tu le dis, ya du Flesgod apocalypse par moment, un peu de black sympho, du death mélo, des solos presque prog. Des passages qui tire vers un metalcore à la Architecte dans l'émotion.....
Beaucoup de changement donc. Je retiens The Coming Fire, excellente compo.
Pour le moment je reste sur ma faim. Je trouve que le côté plus ambiant, émotif, colle moins à Shadow of Intent, il n'excelle pas dans ce domaine, voir parfois je m'ennuis. Il me faudra du temps pour cet album.
Après il n'est pas mauvais en soit, le groupe est farci de qualité, seuleument je m'attendais pas à ça, une semi déception en somme. Merci pour la chro qui me permet de voir ce skeud sur un autre angle.
Merci pour cette chronique. J'étais impatient de lire un article sur le nouvel album de Shadow of Intent. Un peu à l'image de Goneo, j'ai été un peu dérouté à la première écoute d'Elegy. Cela reste néanmoins un très bon album que je classerais pour ma part derrière Melancholy. Si j'avais un reproche à faire c'est le côté un peu répétitif des structures et notamment le placement des solos de Chris. Après c''est juste pour chipoter car c'est vraiment un travail de qualité
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