Il serait tenant de comparer l'épopée de
Sulphur Aeon, groupe de deathmetal allemand à celle de ces compatriotes de
Deserted Fear, qui nous concerne ici. Même temporalité, et gros pavé dans la mare du deathmetal avec leurs premiers albums respectifs et assouplissement général qui s'en suit, même si la ligne directrice initiale reste globalement fidèle. Les deux trios (même si du côté des fans de Chtulhu ils sont passé récemment à cinq membres) ont bénéficié d'un following de plus en plus conséquent au fil des sorties d'albums, dans deux genres globalement voisins et hérités de leur pères les plus nobles (
Asphyx/le
Pestilence des 80's pour les natifs de l'ex-Allemagne de l'Est). Aujourd'hui, et depuis le troisième album
Dead Shores Rising dans l'écurie
Century Media, et donc disponible même à Boulogne sur Mer, le quatrième album de la formation présente un chouette dessin au rendu plus propre que les artworks précédents du groupe, mais dans l'esprit.
La comparaison s'arrête là, car s'il est un modèle que le trio tend à suivre ce n'est pas le death sombre et ambiancé de
Sulphur Aeon, mais bien celui, bien plus accessible des Suédois de
Amon Amarth. C'était déjà perceptible sur l'album d'avant (cf : chronique dudit album sur le site), mais sur
Drowned by Humanity, c'est devenu flagrant. Beaucoup plus mélodique que précédemment, le disque fait la part belle aux leads léchés made in Sweden ("
Reflect the Storm", morceau le plus catchy de l'album en écoute ci-dessous), et les substitue aux riffs lancinants et/ou groovy qui avaient été la marque de fabrique du trio. On en retrouve ici quelques résidus (le début de "
The Final Chapter"), mais l'impact censé mettre le feu aux poudres en concert reste bien timoré tout au long de l'album. Le
Deserted Fear du début des 2010's comme "Pestilential", "
The Batallion of Insanities" ou même le plus récent "The
Fall Of Leaden Skies" est donc bien loin. Pour le reste, aucun changement dans l'organe vocal de l'écorché Manuel Glatter toujours aussi Van Drunenisé, ni dans le son dans les standards de qualité de nos jours, bien propre sur lui.
Une fois le deuil fait de l'ancien monde asphyxié de nos est-allemands, est ce que tout ceci permet quand même de considérer ce
Drowned by Humanity comme un bon album ? Les fans de death mélodique qui jusque là n'avaient guère porté attention au groupe pourront retrouver tout ce que les Suédois d'
Amon Amarth font, en au moins aussi bien (le chouette et prenant "Welcome To Reality" et ses leads tristes réussis finalisant le morceau, avec une belle relance rythmique à 2'05" et à 2'45" un break inattendu) depuis quelques albums. A ce titre, et naviguant dans les mid-tempi sans trop de variations (notons l'accélération bienvenue à 2'18" de "
Stench Of
Misery"), cet album divisera sans aucun doute. Le propos reste deathmetal, certes, mais on passe allègrement dans un genre orienté tout public. Les morceaux ne possèdent que peu de riffs marquants réellement (jadis force du trio) et l'album en perd considérablement en impact. Il gagne en accessibilité à contrario grâce à des leads typés heavy metal (celui introduisant "A Breathing Soul", par exemple, mais on en retrouvera tout au long du disque, assez réussis pour la plupart, avec notamment la superbe fin de "Scars Of
Wisdom" toute en touché subtil) et un propos général plus modéré, à la fois lyriquement (finis les cadavres, bonjour les recoins de l'âme humaine) et musicalement. Écoutable largement, mais pas pour le même auditoire.
Ce qui était craint est arrivé. Inexorablement,
Deserted Fear chasse sur les terres d'un death mélodique cher à
Amon Amarth, sans en avoir l'aura (du moins pour l'instant), ni les hits (peu de titres mémorables au final, même si celui présent ci-dessous en vidéo secoue bien) et risque bien de chasser aussi les adeptes des premiers enregistrements pouvant être tentés de ne pas suivre la ligne musicale des Allemands. Un pari. Au vu des notes obtenues dans les différents magazines allemands, le deal s’avérera sans doute payant. Artistiquement, c'était à prévoir,
Deserted Fear marche sur des traces suédoises bien (re)connues et on peut leur souhaiter que les Dieux soient avec eux. Chacun se positionnera, mais si la qualité s'avère de bon niveau, on pouvait s'attendre à mieux quand même, le groupe ne réussissant que trop rarement à combiner art de la mélodie avec son ancienne agressivité lancinante. Dommage.
P.S. : Notons la version limitée en CD-digipack comprenant deux titres, "
Die In Vain" et le punchy "Tear Of My Throne" (tiré de la démo de 2010 et ici nettoyé, dont on peut retrouver l'originale version sur l'édition 2018 en bonus du premier album, montrant bien l'évolution en quelques années).
Je suis triste....j esperai 1 album de tres bonne facture dans le style des 3 premiers....dommage !
Je tourne la page et m en retourne vers rapture!
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