S'il nous aura fait patienter la bagatelle de quatre années depuis son troisième et dantesque album full length, « …of Shades and Colours », les événements tendent à s'accélérer aujourd'hui pour le combo hongrois. Aussi reviendra-t-il dans la course muni de quelque trois EP («
In This Silence » et «
Broken Mind » sortis en 2025, suivis de «
Dissonance », en janvier 2026), qui constitueront douze des treize pistes de leur quatrième et présent opus de longue durée, «
Darkest Light », signé chez H-Music. Ce faisant, les 63 généreuses minutes du ruban auditif de la galette permettront-elles à nos gladiateurs de tenir la dragée haute à leurs challengers, toujours plus nombreux à affluer dans cette arène musicale ? Au-delà de cette perspective, le collectif est-européen pourrait-il, seize ans après sa fondation, rejoindre le cercle tant convoité des valeurs confirmées du si couru environnement metal symphonique à chant mixte ?
Pour cette croisière en hautes eaux, nous embarquent les six membres d'équipage des trois goélettes sus-citées, à savoir : le bassiste/growler Máté Fülöp, le claviériste/vocaliste Atilla Király, la soprano Noémi Holló, le batteur Gábor Kása ainsi que les guitaristes Dani Baranya et Dániel Schreiber. La formation ainsi constituée nous replonge au cœur d'un univers metal mélodico-symphonique gothique mâtiné de touches power et progressif. Souvent greffé sur le schéma de la Belle et la Bête, ce luxuriant mouvement, comme ses modestes aînés, se voit également inséminé d'une ligne de chant masculin en voix claire, non sans quelque réussite à la clé. Afin de conférer davantage de ''symphonicité'' à leur message muscial, nos acolytes ont souhaité densifier leur corps oratoire d'un cran supplémentaire ; aussi ont-ils sollicité le chef de choeur Ádám
Attila Kurucz ainsi que les choristes de l'Opéra National de Hongrie à cet effet. Excusez du peu ! Cela étant, leurs sources d'inspiration seraient, là encore, à chercher dans la veine coalisée de
Tristania,
Epica,
Nightwish,
Sirenia,
Xandria,
Ancient Bards et
Therion, la touche personnelle en prime.
A l'aune de ses devanciers, ce mouvement jouit à son tour d'une production d'ensemble rutilante : à nouveau mixé par Nino Helfrich (guitariste (Inner
Axis, Nino Helfrich, ex-
Neopera, ex-
Entera...), également impliqué dans le mix et le mastering d'albums de
Arkham Circle,
Apocryphal et Traces Of A
Life, entre autres), le manifeste bénéficie d'un mix parfaitement équilibré entre lignes de chant et instrumentation ; co-masterisée par ce dernier et Joel Wanasek (guitariste (
Dark Shift) et producteur/mixeur (Ben Kuzay,
Will The Thrill,
Zephaniah...)), l'opulente galette ne concède pas l'ombre d'une sonorité parasite. Mais embarquons plutôt à bord du vaisseau amiral pour une croisière que l'on espère ponctuée d'îlots enchanteurs...
A la lecture de ses passages les plus bouillonnants, c'est sans ambages que la troupe parvient à nous retenir, un peu malgré nous. Ce que révèle, en premier lieu, «
In This Silence », tortueux up tempo gothico-symphonique au confluent d'
Epica et de
Therion. Pourvu d'un entêtant refrain nourri d'une frissonnante triangulation oratoire – les serpes oratoires du growler, les fluides inflexions d' Atilla Király et les cristallines oscillations de la sirène évoluant à l'unisson – et d'un pont techniciste bien amené, d'où jaillit un crayeux solo de guitare relayé de truculents arpèges pianistiques, l'énigmatique élan ne se quittera que pour mieux y revenir. Dans la veine percussive d'
Ancient Bards et calé sur le schéma oratoire de la Belle et la Bête, le trépidant «
Shadows of Ignorance » égraine à son tour un sémillant refrain tout en ne relâchant pas son étreinte d'un pouce. Difficile également de se soustraire aux vibes échevelantes de «
Elysion », up tempo à la basse vrombissante et au léger tapping, dans la veine commune d'un
Therion première mouture et de
Sonata Arctica ; s'écoulant au fil d'une radieuse rivière mélodique où se cale une empreinte masculine en voix de gorge d'une confondante fluidité, esquissant d'ondoyantes rampes synthétiques relayées de notes pianistiques tout en délicatesse, l'engageant mouvement n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres.
Sur un même modus operandi, et bien que moins volontiers orientés vers les charts, d'autres espaces d'expression sauront tirer leur épingle du jeu. Ce que prouve notamment «
Rebirth », époumonant et ''tristanien'' manifeste aux riffs acérés adossés à une sanguine rythmique. N'ayant de cesse de nous asséner de virulents coups de boutoir, et, en dépit de quelque linéarité mélodique, l'offensif manifeste générera assurément un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Dans une ambiance un poil plus ''gorgonesque'', sous le joug de growls on ne peut plus anxiogènes et sans nous laisser le temps de reprendre nos esprits, le torrentiel «
Dissonance » se plait à nous bousculer, pour mieux nous retenir, in fine. Mais le magicien aurait d'autres tours dans sa manche en réserve...
Se plaisant parfois à varier leurs phases rythmiques à l'envi, nos acolytes happeront non moins le tympan du chaland sans avoir à forcer le trait. Ce que révèle, d'une part, «
Broken Mind », mid/up tempo power gothico-symphonique aux riffs crochetés, au carrefour entre
Tristania et
Ancient Bards ; abreuvé de truculents arpèges d'accords sur lesquels se greffent les fluides ondulations de la princesse, que viennent parfois rejoindre des choeurs aux abois et des growls caverneux, et inoculé d'un pont techniciste surmonté de sémillantes rampes synthétiques, ce trépident et intrigant effort ne se quittera qu'à regret. Dans une ''therionnienne énergie'', cette fois, le polyrythmique «
Morningstar », quant à lui, aimantera le pavillon par son refrain immersif à souhait souligné par les angéliques impulsions de l'interprète comme par la soudaineté des montées en régime de son dispositif instrumental.
Au moment où ils en viennent à flirter avec d'amples pièces symphonico-progressives, nos inspirés créateurs dévoilent là encore de beaux atours. Ce à quoi nous sensibilise déjà la fresque symphonico-progressive « In My Name » qui, au fil des quelque 7:38 minutes d'un parcours chaotique, un brin théâtralisant, se plait à nous bringuebaler comme pour mieux nous aspirer dans la tourmente. Abondant en variations rythmiques tout en sauvegardant une sente mélodique des plus enivrantes, le ''therionien'' mouvement se suit de bout en bout sans encombre ; générant, en prime, une époustouflante triangulation oratoire harmonisant growls ombrageux, chant masculin et féminin en voix claire des plus enveloppants et choeurs en liesse, l'orgiaque effort poussera assurément à un headbang subreptice. On ne saurait davantage esquiver les neuf palpitantes minutes dont nous gratifie l'opératique et tourmenté «
Witch Hunt », eu égard à ses nombreux coups de théâtre, au juste équilibre entre les forces oratoires sus-mentionnées, et à son dernier et cinématique break auquel succède une bondissante et seyante reprise, que relaie un mémorable final en crescendo.
Quand la cadence du convoi instrumental se fait un poil plus mesurée, le combo trouve à nouveau les clés pour nous assigner à résidence. Ce qu'atteste, tout d'abord, «
Free », mid tempo syncopé aux riffs crochetés, à mi-chemin entre
Tristania et
Xandria. Doté d'un refrain catchy mis en habits de lumière par les limpides modulations de la déesse, délivrant une galvanisante montée en régime du corps orchestral et d'insoupçonnés changements de tonalité, le ''tubesque'' méfait poussera assurément à une remise en orbite sitôt l'ultime mesure évanouie. Par ailleurs, succédant à l'aérien et pianistique interlude, «
Lacrimosa », le mid tempo «
Darkest Light » se pose, lui, tel une valse viennoise incitative à un pas de danse chaloupé ; et ce n'est pas son vibrant solo de guitare, signé Nils Courbaron (
Sirenia, Bloodorn), qui nous fera davantage lâcher prise, tant s'en faut.
Lorsque nos compères nous mènent en de plus apaisantes contrées, ils en profitent pour nous adresser leurs mots bleus les plus sensibles. Ce qu'illustre « Ghosts », ballade progressive d'une sensibilité à fleur de peau dans le sillage coalisé de
Nightwish et de
Sirenia. Voguant sur une onde mélodique agréable à défaut de se gorger d'émotion, où se meuvent les enivrantes impulsions de la maîtresse de cérémonie, se drapant parallèlement de gammes pianistiques pétries d'élégance et recelant un frissonnant solo de guitare, la tendre sérénade disposerait d'arguments aptes à aspirer le tympan de l'aficionado de moments intimistes.
A l'issue de cette traversée mouvementée à bord du sécurisant navire, force est d'observer que l'attention rarement ne s'affadit. Ayant judicieusement varié ses phases rythmiques, ses ambiances comme ses joutes oratoires, tout en ayant veillé à diversifier ses exercices de style, sans pour autant accuser un quelconque bémol harmonique, le combo nous livre un album de la démesure, apte à rivaliser avec les pointures du genre. On regrettera cependant des sources d'influence insuffisamment digérées, des gammes peinant à se renouveler comme la timidité des prises de risques consenties. Si elles s'avèrent parfois convenues, les sentes mélodiques relèvent néanmoins d'une écriture des plus exigeantes tout en demeurant des plus efficaces, quand la technicité instrumentale, elle, gagne en maestria. Bénéficiant parallèlement d'une ingénierie du son coulée dans le bronze et d'une prégnante empreinte oratoire, ce quatrième mouvement permet à nos acolytes de se hisser dès lors parmi les valeurs confirmées de cet espace metal. Aussi qui pourrait bien arrêter la colombe hongroise en plein vol ?
Note : 15,5/20
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