Depuis ses débuts en 2008,
Carach Angren s'est vite imposé dans la sphère du black symphonique grâce à une musique théâtrale et cinématographique. Il s'amuse à explorer des thématiques effrayantes et inquiétantes à travers un metal extrême très personnel et très tourné vers l'horror. Mais
Carach Angren fait partie de ces groupes qui ne font pas toujours l'unanimité. Son style est tellement particulier qu'il est impossible de plaire à tout le monde. Un album comme "
Where the Corpses Sink Forever" a mis tout le monde d'accord, et a contrario, un opus comme "There Is No Fairy Tale" a reçu des avis très mitigés. Il faut dire que niveau horreur et théâtralisation, les Néerlandais auront mis le paquet, quitte à tomber dans le piège et devenir carrément caricaturaux. Avec ce retour deux ans plus tard, il est temps de savoir à quelle sauce le trio va nous manger.
"
Dance and Laugh Amongst the Rotten" se concentre sur des récits à propos d'une petite fille, très occupée à invoquer des esprits avec une planche de ouija. Avec l'"Opening", on imagine bien cette fillette prendre ses aises avec cette tablette et se laisser guider sur les différentes lettres et chiffres inscrits. Le piano est persistant, le violon inquiétant et l'atmosphère angoissante. La musique reste très cinématographique et théâtrale mais se dote de plus de couleurs et de mélodies structurant chaque piste comme un récit unique. Sur "Charlie" (l'esprit qui s'est manifesté via le ouija), les couplets/refrains fonctionnent comme un dialogue entre le monde des vivants et celui des morts. Les vocaux black écorchés de Seregor côtoient des chants clairs masculins rappelant étrangement Septic
Flesh sur une ambiance lourde et pesante.
L'intro de "
Blood Queen" nous emmène de façon surprenante sur le terrain du death metal, mais on glisse inéluctablement vers le black metal symphonique cher à
Carach Angren. On a même droit à de l'épique avec une montée en puissance intéressante, un jeu vocal des plus séduisants et un solo au violon par Nikos Mavridis.
Les parties symphoniques font moins dans la surenchère, préférant dévoiler plus de subtilités, et même plus de beauté, comme sur le titre "Charles Francis Coghlan". Sa progression est particulièrement prenante, toujours avec ce dialogue et un Seregor en grande forme avec un phrasé très charismatique. Idem sur la ballade "Song for the
Dead" et son atmosphère lugubre rappelant les Tim Burton / Danny Elfman.
Une chose est sûre, c'est que
Carach Angren semble avoir calmé ses ardeurs niveau clichés. On est beaucoup moins dans la caricature : pas (ou très peu) de samples, moins de piano qui fait peur ou de violons aigus angoissants. L'ensemble se veut même plus aéré, plus entraînant, plus mélodique, moins pesant, comme sur le terrible "In de
Naam van de Duivel". On sent le juste équilibre entre les parties purement guitaristiques, les plans orchestraux et les vocaux, qui n'envahissent pas l'espace. Autre exemple, "The
Procession Process" qui nous en met plein la vue de bout en bout avec ses cassures rythmiques, ses riffs soignés, ses vocaux immersifs et ses orchestrations inquiétantes. On nous entraine tout droit vers un final d'une intensité rare.
Quand on officie dans des concepts d'épouvante, il est difficile de se renouveler.
Carach Angren n'invente ici rien de nouveau avec ce "
Dance and Laugh Amongst the Rotten" mais sa trame narrative et théâtrale est toujours très bien ficelée. On notera moins de violence et de noirceur pour plus de mélodies et d'atmosphères, un côté plus accessible qui en déroutera sans doute plus d'un. Néanmoins, on ne s'ennuie pas et les neuf récits d'épouvante nous immergent sans grande difficulté, notamment grâce au mixage de Peter Tägtgren (
Hypocrisy,
Pain...) et à un côté plus direct, moins caricatural.
donc est-ce que sur ce nouvel album c'est toujours le cas?
@Fonghuet : bah là en fait, les paroles sont moins prédominantes, les guitares s'autorisent souvent de très bons riffs, et les mélodies sont de la partie. Y'a vraiment des points d'accroche, le refrain de "Charlie", l'épique de "Blood Queen", la narration de "Song for the Dead", la progression de "Charles Francis Coghlan", la fraicheur de "In de Naam van de Duivel". T'as aussi de super plans symphoniques sur "Pitch Black Box" avec une mélodie sympa. Et j'aime beaucoup ++ "The Possession Process" avec sa déferlante blastée et mélodique quasi à la fin. Franchement, je le répète, mais cet album est bien plus mélodique et accessible.
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