Le
Spektr frappe à nouveau !
Sorti il y a un peu plus d’un an, le dernier
Haemoth en date "
In Nomine Odium" avait laissé un indice quant à un possible nouveau contact, les deux entités évoluant quasi de concert sous l’impulsion de leur dénominateur commun Hth.
Le
Spektr était attendu ; voilà donc son black ambient surnaturel enfin matérialisé sur substrat organique, nom de code : "
Cypher", le label polonais
Agonia Records endossant cette fois-ci le rôle de vecteur paranormal.
Six ans d'absence depuis 2007 et le mini "Mescalyne", mais qui n'ont en rien signifié le passage sans retour dans l'au-delà pour le duo français Hth / kl.K. Les premières traces de l'élaboration de "
Cypher" remontent à 2008, l'enregistrement s'étant étalé sur trois années, tandis que le mixage en a nécessité deux supplémentaires.
Le
Spektr n'a cessé d'œuvrer dans l'ombre et dès les premières minutes, il est clair que sa forme reste immédiatement identifiable, comme si le black metal des premiers
Darkthrone et du "
Wolf's Lair
Abyss" de
Mayhem se fondait dans un dark ambient oppressant à la Lustmord /
MZ.412 en un maelström expérimental.
Les basses assourdissantes et les triturations du prologue "Hermetism" perturbent les influx nerveux. Le trouble continue à s'insinuer dans le cortex cérébral avec "Teratology" et ses espèces de bandes grésillantes qu'on dirait exhumées d'un coffre poussiéreux, auxquelles se superposent d'intrigants plans jazzy (comme un écho du "Whatever the Case May Be" sur "
Near Death Experience"), avant que des tremolos acérés ne s'abattent soudainement, tranchant net les synapses.
Pas de doute, le
Spektr est bel et bien de retour, ouvrant une porte vers l'étrange à l'image du speech introduisant "The Singularity", qui saura réveiller la fibre paranormale des adeptes de la série The
Twilight Zone.
Après le temps (Et Fugit…), les poltergeists (
Near Death Experience) et les hallucinogènes (Mescalyne), le
Spektr poursuit avec "
Cypher" ses investigations au cœur des mystères auxquels l'humanité s'est trouvée confrontée à travers les âges : malformations (Teratology), physique particulaire (
Antimatter), théories alchimiques (Solve et Coagula, Le
Vitriol du Philosophe), symboles cachés et non-entités (
Cypher),…
De ces recherches aux contours flous, situées à la frontière entre science et superstition, le
Spektr en délivre sa propre interprétation musicale. Mais si l'approche thématique dénote une certaine évolution par rapport à leurs précédents travaux (bien que les notions restent dans le même scope), Hth et kl.K sont loin d'avoir sacrifié leur capacité à glacer le sang. Bien au contraire. Car pour le commun des mortels, l'ensemble de ces formes d'existences alternatives et de réalités altérées recèle une immense part d'inconnu. Et l'inconnu demeure source de craintes et de peurs ; ce que le
Spektr parvient habilement à capter pour jouer avec nos nerfs.
La première écoute s'avère d'ailleurs déstabilisante, même pour les auditeurs aguerris au style si particulier du
Spektr et à sa dimension où tout concourt à bousculer les repères. Entre les fréquentes cassures de rythme, les dissonances, les textures très crues et les bruitages parasites survenant tous azimuts, l'organisme saturé frôle plus d'une fois la crise de syncope face à un tel degré d'apparente déstructuration.
Ce n'est qu'à force persévérance que les détails subliminaux se dévoilent. L'accroche via les séquences façon drum'n'bass de "The Singularity" et les effets flanger du morceau-titre opère alors. En l'absence de constituant vocal (hormis les samples disséminés), la basse se révèle être la voix qui nous guide dans les méandres de l'instrumentation. Tour à tour, ses palpitations font monter le niveau de stress, tandis que ses harmonies offrent quelques respirations. Oscillant entre deux pôles antagonistes, son expression culmine sur un "
Antimatter" dont le positionnement central est le pertinent reflet des significations ambivalentes à la source du concept de "
Cypher".
Au fur et à mesure, l'exploration révèle des arrangements millimétrés sous l'apparent chaos.
De même, les sonorités monstrueusement déformées de "Teratology" retranscrivent tout le déferlement de sensations ambigües, répulsion et fascination mêlées, que l'on peut éprouver à la vision de ces petits êtres d'aspect cireux plongés dans le formol, témoignages mort-nés d'une réalité en marge de la normalité.
Liées comme une seule et même piste, si tarabiscotée soit-elle, les neuf phases de "
Cypher" évoluent sans temps mort. L'Œuvre au Noir transite entre différents états, matériels aussi bien qu'immatériels, traduits par les intermèdes "
Solitude", "Solve et Coagula" et "Decorporation". Puis elle s'achève aux confins du drone avec "Le
Vitriol du Philosophe" qui nous laisse seul en compagnie de nos propres ombres.
Le temps ne semble avoir aucune emprise sur le
Spektr. La notion d'expériences reste au cœur des préoccupations du tandem Hth / kl.K et "
Cypher" en ressort comme un rapport savamment réfléchi, tout en donnant l'impression d'être spontané, quasi-improvisé.
En progressant vers un art entièrement instrumental, les deux rats de laboratoire ont poussé le concept de désincarnation dans ses ultimes retranchements. Néanmoins, leurs méthodes perdurent, au travers d'un son aussi sale et défraîchi qu'une vieille officine où se trament les expérimentations les plus saugrenues. Où l'on entrevoit l'indicible.
Le pouvoir d'évocation du
Spektr demeure intact. Redoutable et profondément dérangeant.
L'absence de voix n'est pas dérangeante, puisqu'elle est bien comblée ( par la basse, comme tu l'as souligné ), même si elle apportait quelque chose à l'atmosphère malsaine du groupe, qu'on retrouve sur les autres disques...
Enfin, l'ambiance est toujours aussi étouffante, et il y a toujours ce côté crade et discordant. C'est un album que j'aime bien, qui est plutôt prenant et intéressant. Une fois de plus.
Merci au passage pour ta super chronique :)
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